Unifs: un minerval plus élevé, ce n'est pas pour demain

Itinera Institute suggère de refinancer les universités en augmentant le minerval et en reportant son paiement à la fin des études, après l'obtention d'un emploi. Un système à l'anglo-saxonne qui suscite le scepticisme, voire l'opposition radicale.

Itinera Institute a lancé un pavé dans la mare lundi soir en publiant une étude sur le refinancement des universités. Selon les économistes Jean Hindriks et Laurent Hanseeuw, les pouvoirs publics n'auront pas, dans les années à venir, la capacité d'augmenter le financement des universités. Or, les besoins ne cessent de grandir, notamment en raison de la hausse du nombre d'étudiants, de l'intensification de la concurrence universitaire internationale, du coût de l'accueil des étudiants étrangers.

Pour Itinera, le privé devra davantage intervenir. Ce qui signifie, en clair, une hausse du minerval... La proposition d'Itinera Institute ne s'arrête évidemment pas là. Pour le think thank, il n'est pas question de réduire l'accès aux études universitaires, au contraire. Jean Hindriks suggère donc de coupler la hausse du minerval au report de son paiement après l'obtention d'un emploi. Parallèlement, ce refinancement obtenu via la hausse du minerval permettrait aussi d'augmenter les bourses pour les étudiants moins favorisés.

Régression, dit Marcourt

Cette idée, basée sur le système anglo-saxon, a été accueillie très froidement par le ministre de l'enseignement supérieur en Communauté française, Jean-Claude Marcourt. L'idée d'une forme de privatisation de l'enseignement supérieur ne plait pas au ministre socialiste. "C'est une vieille idée anglo-saxonne qui n'est pas dans notre culture, mais elle mérite comme toute idée un examen", répond-on au cabinet du ministre de l'Enseignement supérieur, Jean-Claude Marcourt (PS).

Le ministre Marcourt rappelle les efforts déjà entrepris (gel du minerval, réduction ou suppression pour les étudiants "modestes" ou boursiers). En outre, une réflexion est en cours avec les services sociaux des universités et hautes écoles pour réformer le système des bourses d'études.

Enfin, pointe-t-on au cabinet du ministre, sur le principe, la Fédération Wallonie-Bruxelles est signataire du Pacte de New York (ONU), qui incite les États à tendre vers la gratuité de l'enseignement, fait-on remarquer.

Pour Itinera au contraire, une hausse du minerval pourrait, paradoxalement, aider à lutter contre les inégalités. "En Grande-Bretagne, l'introduction simultanée d'un minerval plus élevé et des bourses à destination des étudiants défavorisés a fait substantiellement augmenter la participation des jeunes provenant de familles pauvres, sans pour autant affecter le taux de participation global", font remarquer les économistes d'Itinera.

Le groupe de réflexion suggère aussi de conditionner le remboursement du minerval à l'obtention d'un emploi ou d'un salaire suffisant. "On supprime ainsi également la peur chez l'étudiant de se retrouver avec une dette qu'on ne pourra pas payer". Le prêt, dont les modalités seraient à baliser avec les pouvoirs publics, se ferait auprès d'une institution privée. 

Au cabinet de Jean-Claude Marcourt, on s'interroge sur l'accessibilité. "On sait que les banques ne prêtent qu'aux riches, y dit-on, ce système risque donc au contraire d'avoir le résultat inverse de l'objectif ". Jean Hindriks répond qu'il suffit alors de prévoir une garantie déposée par les pouvoirs publics. "L'Etat donne bien des garanties pour le secteur bancaire, pourquoi pas pour valoriser le capital humain..."

Et l'économiste d'estimer que parallèlement, le système permettrait aussi de responsabiliser davantage l'étudiant, mais aussi de lutter contre l'effet pervers de l'affluence des étudiants étrangers. "Le gel du minerval ne permet pas de répondre à ce problème, souligne Jean Hindriks, qui fait remarquer que la plus grosse partie du financement des universités en Belgique provient du secteur public, et donc des contribuables eux-mêmes, et ce, sans qu'il y ait de retour sur investissement. Les étudiants étrangers retournant ensuite dans leur pays ne paient en effet pas d'impôt en Belgique, et ne contribuent donc pas au financement du système.  "Le prêt, lui, est nominal, signale Jean Hindriks. Si l'étudiant repart ensuite travailler dans un autre pays, il restera redevable..."

A l'Université catholique de Louvain (UCL), le vice-recteur à l'enseignement Vincent Wertz ne balaye pas d'un revers de la main le système défendu par Itinera, sans pour autant y adhérer. "Il faut voir comment on peut améliorer le financement des universités compte tenu des contraintes budgétaires actuelles", dit-il. Dans ce cadre, il estime donc que le principe d'Itinera d'être examiné. "Il faut vérifier si cela contribue véritablement au refinancement de l'université et à sa démocratisation, dit-il. Mais pour cela, il faudrait vérifier dans tous les pays où ce système a été mis en place, et pas seulement en Grande-Bretagne."

Le vice-recteur partage par contre l'analyse d'Itinera selon laquelle les universités sous de plus en plus sous pression en terme de financement. "En 10 ans, notre financement a baissé de 10% alors que l'enseignement obligatoire a été refinancé à hauteur de 15%. Parallèlement, la population étudiante ne cesse de croître. Sur la même période (2000-2010), nous sommes passés à l'UCL de 20.000 à 27.000 étudiants..." "La dépense publique moyenne par étudiant est aujourd'hui en deçà de la moyenne de l'OCDE", précise encore Itinera.

Le niveau du minerval universitaire est actuellement de 837 euros par an. Un montant qui, constate Vincent Wertz, n'est pas rédhibitoire pour les classes moyennes et plus élevées. Pour les plus défavorisés, il peut par contre représenter un véritable problème que l'octroi de bourses ne résout que partiellement. "Elles sont insuffisantes, un grand nombre d'étudiants sont encore obligés de travailler, et les plafonds fixés sont très bas, ce qui en rend l'accès impossible pour toute une partie de la classe moyenne la plus basse."

Le système, actuellement, n'est pas suffisamment démocratique, conclut Vincent Wertz. Un constat qui se voit dans les chiffres de fréquentation des populations les moins favorisées, encore trop peu présentes dans les auditoires.  "Pour l'instant, la collectivité finance un dispositif qui ne profite qu'aux classes sociales les plus élevées".

 

 

 

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