chronique

Vices et vertus du fédéralisme

Les gouvernements wallon, bruxellois et flamand ont choisi des programmes très différents. Rien de plus normal. C'est l'essence même du fédéralisme. Mais ce n'est pas sans inconvénients...

Trois Régions, trois politiques différentes. Alors que les nouveaux gouvernements sont désormais en place, un constat s’impose: les orientations choisies par la Flandre, la Wallonie et Bruxelles pour les cinq prochaines années divergent nettement. La comparaison des programmes que nous avons effectuée pour vous le démontre.

Que les Régions mettent le cap sur des destinations différentes n’a rien de nouveau. Mais jamais elles n’ont paru si éloignées les unes des autres. L’impression d’une Belgique à trois vitesses prédomine. Elle est encore renforcée par l’absence de gouvernement fédéral de plein exercice. Plus personne ne tient vraiment le gouvernail belge. En outre, depuis la dernière réforme de l’État, les compétences des entités fédérées sont encore plus importantes que par le passé. Les partis n’hésitent d’ailleurs plus à placer leurs leaders dans les Régions. Il est loin le temps où ces exécutifs étaient des ministères "de seconde zone" pour nos édiles.

Fin du vote obligatoire, création d’un ministre de la Justice, fin de la coopération avec Unia, abandon du quota d’étudiants en médecine…: l’exécutif Jambon, au nord, n’hésite pas à utiliser son autonomie au maximum.

Même entre la Wallonie et Bruxelles, les choix s’opèrent de façon de plus en plus distincte. L’exemple le plus frappant concerne la taxe kilométrique, voulue dans la capitale mais rejetée à Namur, alors même que certains partis (PS, Ecolo) participent aux deux gouvernements.

S’il s’agissait de faire peu ou prou la même chose partout, le fédéralisme n’aurait aucun sens.

Faut-il s’émouvoir de ces disparités entre Régions? La réponse est non. C’est le principe même du fédéralisme. Autrement, à quoi bon? S’il s’agissait de faire peu ou prou la même chose partout, le fédéralisme n’aurait aucun sens. L’intérêt de mener des politiques différentes est de pouvoir coller au mieux aux besoins et aux souhaits d’une région. En principe, c’est positif. Pour une politique de l’emploi efficace, par exemple, les nécessités ne sont pas les mêmes en Flandre occidentale que dans le Borinage. Les réalités de terrain varient nettement d’un endroit à l’autre du pays. Les opinions publiques ont des aspirations différentes. Dans ce contexte, il est logique que chacun défende ses intérêts.

Ces orientations régionales différentes ont toutefois deux grands inconvénients.

Tout d’abord, elles induisent une concurrence entre les Régions, avec son lot d’effets pervers. La proximité géographique amplifie ce phénomène. L’exemple classique est l’immobilier. Acheter une maison d’un côté ou l’autre de la frontière linguistique a d’importantes conséquences en termes de droits d’enregistrement, d’avantages fiscaux, de taxes, etc. Mais cette concurrence, présente dans de nombreux domaines, peut se cacher aussi là où on s’y attend moins. Exemple: l’asile. Le nouveau gouvernement flamand veut durcir les conditions d’intégration et rendre plus onéreuses les démarches des demandeurs d’asile. Ceux-ci pourraient donc plus volontiers tenter leur chance en Wallonie et à Bruxelles.

Ensuite, la gestion de certains dossiers devient problématique voire impossible. L’éclatement des compétences entre les niveaux de pouvoir et l’absence de hiérarchie des normes entre eux contribuent à ces inefficacités. L’exemple le plus parlant est la mobilité dans la capitale. Pour mener une politique intelligente, il faudrait au moins mettre au diapason Flandre et Bruxelles. Las! Pour schématiser un brin: le gouvernement de Jan Jambon veut élargir le Ring, là où celui de Rudi Vervoort veut diminuer la pression automobile en ville.

Lire également

Echo Connect