analyse

Vincent Laborderie: "C'est très maladroit de la part de Paul Magnette"

©BELGA

Pour le politologue Vincent Laborderie (UCLouvain), l'informateur a brûlé les étapes en jouant le rôle de formateur, "ce qui n'est pas sa mission". Son confrère de la VUB Dave Sinardet estime, lui, qu'il ne faut pas exagérer l'importance de cette réunion.

Ce dimanche, nos collègues de De Tijd divulguaient l'existence d'une réunion secrète entre les partis d'une possible coalition arc-en-cielPS, sp.a, MR, Open Vld, Groen et Ecolo se sont rencontrés samedi à l'initiative de l'informateur royal Paul Magnette. La N-VA et le CD&V n'étaient pas conviés.

Cette information a fait réagir les pontes des deux partis concernés, qui ont qualifié cette réunion tantôt d'"irrespectueuse", dans le cas du candidat à la présidence du CD&V Sammy Mahdi, tantôt de "normale et bienvenue", selon les termes du coprésident d'Ecolo Jean-Marc Nollet. "Paul Magnette s'est autoproclamé formateur et les partis de l'arc-en-ciel l'ont suivi", a déclaré, de son côté, Bart De Wever. Et le président de la N-VA d'ajouter: "Étant donné les propositions exécrables du PS dans les matières socio-économiques et en termes de migration, il me paraît étrange que les libéraux aient embrayé aussi rapidement". 

La N-VA rend les choses plus difficiles pour l'Open Vld.
Dave Sinardet

"C'est très maladroit de la part de Paul Magnette" estime Vincent Laborderie, politologue à Université Catholique de Louvain. "Il a un mandat d'informateur. Là, il passe déjà au rôle de formateur, ce qui n'est pas sa missionC'est d'autant plus maladroit, que le CD&V ne peut pas réellement s’engager car il est en pleine campagne présidentielle interne. Faire quelque chose sans eux à ce moment-là ne pouvait que vexer le parti."

Pour le politologue flamand Dave Sinardet, il ne faut pas exagérer l'importance de cette réunion. "Il y a des tentatives d'au moins se parler et de se coordonner avec 6 partis qui pourraient former la base d'un gouvernement. Ils peuvent se retrouver sur certains points, mais surtout, ils sont d'accord pour se voir sans la N-VA et le CD&V. Mais cela ne veut pas dire qu'une vraie formation a déjà commencé.

Un arc-en-ciel toujours réalisable?

Une coalition arc-en-ciel PS, sp.a, MR, Open Vld, Groen et Ecolo pourrait-elle dès lors aboutir? Difficile à dire tant les facteurs entrant en compte sont nombreux et volatils. Vincent Laborderie pointe tout de même plusieurs points noirs. "La divulgation de la tenue de cette réunion pourrait avoir pour effet de mettre un coup de frein aux négociations. La N-VA va maintenant mettre la pression sur l'Open Vld en les faisant passer pour des gens qui acceptent tout. Cela peut mener à réactiver la piste d'une coalition PS/N-VA, avant, peut-être, de réexplorer la possibilité d'un arc-en-ciel."

Un arc-en-ciel minoritaire du côté flamand offrirait le poste de Premier ministre à un ou une Open Vld à coup sûr.
Vincent Laborderie

Pour Dave Sinardet, la faisabilité d'une telle coalition va se jouer dans une guerre de perception "La N-VA rend les choses plus difficiles pour l'Open Vld, par exemple en faisant fuiter la note de Paul Magnette, qui ressemble plus a une note du PS qu'à une note de consensus."

Selon lui, une telle coalition pourrait également comporter de nombreux risques avec une majorité serrée. "76 sièges pour les 6 partis, ce n'est pas suffisant", estime-t-il. "Chaque élu peut mettre en danger la coalition. Il faudrait idéalement un autre parti, peut-être DéFI ou le cdH. Ou peut-être le CD&V, ce qui pourrait diminuer la minorité du côté flamand. Car si l'on reste avec ces partis flamands, cela ferait 30 sièges sur 89. Cet élément va être, et a déjà été, utilisé par la N-VA et le Vlaams Belang, et il est certain que le gouvernement sera attaqué sur ce point-là."

L'Open Vld a le pouvoir

Les deux politologues se rejoignent sur un point crucial pour faire marcher une coalition arc-en-ciel: l'importance de l'attitude de l'Open Vld. Un parti qui a laissé entendre des dissonances en son sein récemment, et sans qui la coalition ne pourrait se former. "Il faudra qu'ils aient des points symboliques importants pour y aller, car c'est difficile à vendre pour le parti d'aller dans un gouvernement plutôt à gauche" analyse Dave Sinardet. "Ironiquement, le groupe au parlement flamand avec Bart Somers et Mathias de Clercq est plus progressiste et pousse plutôt pour une coalition arc-en-ciel, alors que le groupe au fédéral est plutôt pour une coalition avec la N-VA."

Il n'est pas trop tard pour le CD&V.
Dave Sinardet

Selon les deux politologues, il faudra également être attentif à l'impact des ambitions personnelles de chacune et chacun dans le bon déroulement des négociations. "Un arc-en-ciel minoritaire du côté flamand offrirait probablement le poste de Premier ministre à un ou une Open Vld", avance Vincent Laborderie. "On sait que Gwendolyn Rutten pousse dans ce sens pour avoir le poste." 

Dave Sinardet pointe, lui, le rôle que pourrait jouer Alexander De Croo dans la décision finale du parti de rejoindre, ou pas, un arc-en-ciel. "Il n'est ni spécialement pour une alliance avec la N-VA, ni spécialement pour un arc-en-ciel. C'est aussi l'autre négociateur désigné par le parti, et je pense qu'il se verrait bien Premier ministre..."

Quid du CD&V?

Ils veulent des garanties sur le plan éthique, ils voudraient un peu de communautaire, une réforme de l'État... Mais cela va à contre-courant de ce que veulent les six autres partis.
Dave Sinardet

En qualifiant la note de Magnette "d'imbuvable" et en appelant la N-VA à "prendre ses responsabilités", le CD&V a envoyé des signaux forts quant à son inappétence à rejoindre une coalition arc-en-ciel. Un choix qui peut étonner au vu du positionnement idéologique du parti, ancré moins à droite que l'Open Vld. Quelle est donc la stratégie du parti?

"Ils ont certainement peur d'y aller sans la N-VA", avance Dave Sinardet. "Peut-être aussi que la course à la présidence entre Joachim Coens et Sammy Mahdi incite les candidats à ne pas donner l'impression de vouloir aller dans des coalitions alternatives. C'est aussi le symptôme d'une dynamique qui se renforce. Le parti sent que les autres ont tendance à évoluer ensemble, et ils se sont fâchés avec les autres sur l'éthique avec la question de l'euthanasie notamment."

Le train vers l'arc-en-ciel pourrait-il dès lors repasser pour le CD&V? "Il n'est pas trop tard", selon Dave Sinardet, "mais sur le fond ils prennent des positions plus dures. Ils veulent des garanties sur le plan éthique, ils voudraient un peu de communautaire, une réforme de l'État... Mais cela va à contre-courant de ce que veulent les six autres partis."

L'hypothétique venue du CD&V dans la coalition pourrait aussi avoir des répercussions qui pourraient dès lors tuer dans l'œuf l'arc-en-ciel. "Si eux viennent, il y a différents partis qui ne sont alors plus nécessaires, comme le sp.a, qui, lui, a accepté de venir uniquement s'il est nécessaire. On devrait alors se tourner vers le cdH ou DéFI, mais on resterait toujours sur une majorité fragile et peu cohérente", conclut Dave Sinardet. 

coalition fédérale

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect