interview

Vincent Van Quickenborne, ministre de la Justice: "La fin des 19 communes est le prix à payer pour une Belgique à quatre"

Après la sortie de la N-VA sur sa volonté d'un grand accord institutionnel avec le PS en 2024, Paul Magnette a ouvert la porte à une Belgique à quatre régions. C'est au tour du vice-Premier ministre (Open Vld), Vincent Van Quickenborne, de se lancer dans le débat. Crise sanitaire et la représentation du culte musulman occupent aussi le ministre de la Justice.

Vincent Van Quickenborne aime aller droit au but et sans traîner si possible. Le vice-Premier ministre (Open Vld) en charge de la Justice et des Cultes nous a consacré 33 minutes de son ton temps pour évoquer l'actualité. Le collège des procureurs venait d'alourdir les sanctions en cas de non-respect des règles sanitaires. "Il faut des contrôles durant les deux dernières semaines de l’année et la police est parfaitement préparée", dit-il.

"A un certain moment, il faudra réévaluer ces critères. Sauf à dire qu'on on veut fermer l’horeca jusqu’en été."

Le gouvernement a développé un baromètre avec des critères à respecter pour éventuellement assouplir le confinement. Et si on ne les atteint pas avant des mois?

Bonne question. C’est vrai que le seuil de 100 contaminations par 100.000 habitants durant 14 jours devient très difficile à atteindre. A un certain moment, il faudra réévaluer ces critères. Sauf à dire qu'on veut fermer l’horeca jusqu’en été. Ce serait trop dur, je pense. Dire qu’on a des paramètres fixes durant toute la période, ça ne va pas. Il faut de la flexibilité, car ce virus est difficile à prédire.

Il y a parfois des expressions divergentes entre partis, entre les experts et le gouvernement. Cette situation nuit à l’adhésion de la population. Faut-il régler ce problème une fois pour toutes?

Les choses vont mieux qu’il y a quelques mois. Les hommes et les femmes politiques sont plus présents dans les médias. Quand la politique refuse de communiquer ou hésite à le faire, il est normal que l’espace médiatique soit rempli par les experts. On voit le Premier, les ministres Vandenbroucke, Verlinden, Clarinval, Dermagne et moi-même monter à la tribune pour expliquer ce qu’on fait. Mais on ne peut pas dire aux experts de se taire. Il y a la liberté d’expression. Aujourd'hui, le débat me semble plus apaisé.

Qu’attendez-vous de la loi "pandémie"?

Certains pensent qu’on va tout résoudre avec cette loi et qu’il n’y aura plus de débat. Ce n’est pas correct. La situation est exceptionnelle. D’un côté il y a notre Constitution avec nos droits fondamentaux et de l'autre, il faut intervenir dans les libertés pour diminuer la circulation du virus. L’avantage d’une loi, c’est qu’elle est votée au Parlement après débat contradictoire. Mais il faudra toujours prendre des mesures rapides. Le principe du couvre-feu peut par exemple figurer dans la loi, mais pas les heures de ce couvre-feu, sinon il faudrait trois semaines pour prendre la décision. L'objectif est de combiner sécurité juridique et flexibilité.

Cette loi doit-elle se transformer en Plan pandémie?

C’est une loi anti-pandémie pour l’avenir avec quelques principes comme le couvre-feu, mais dont les modalités se règleront par arrêtés. Certains pensent que tout sera dedans, comme la stratégie de vaccination ou les interprétations du collège des procureurs, mais pas du tout. Depuis le début de cette gestion de crise, il y a eu plus de 30 avis du Conseil d’Etat, un seul a donné lieu à une rectification directe: celui sur la liberté religieuse. Donc la base juridique actuelle est solide.

Le vice -Président de l’Exécutif des musulmans vient de démissionner suite à vos propos sur l’entrisme du pouvoir marocain dans cet organisme. Réaction?

L’avis négatif de la Sûreté de l’Etat est là. Certaines personnes au sein de l’Exécutif continuent à le nier, je trouve cela bizarre. Cette démission est une étape importante, mais elle ne suffit pas. Les communiqués de l’Exécutif ne sont pas signés par tous les membres, trois des quatre membres s’en sont distanciés. C’est le désordre. Le problème, c’est l’ingérence de deux pays: le Maroc et la Turquie. Les conclusions de la commission d’enquête parlementaire sur les attentats sont très claires: il faut que l’Exécutif soit réellement représentatif des musulmans de notre pays. Cela a été voté unanimement par le Parlement. Ça doit être respecté. Si on constate que d’autres pays instrumentalisent l’islam à des fins politiques et idéologiques, on est en contradiction avec les recommandations de la commission d’enquête. On ferme les yeux depuis 21 ans, ça ne peut pas continuer. Alors oui, je suis le ministre persistant, celui qui dit les choses.

Pas de conséquences sur les relations diplomatiques avec ces deux pays?

On a eu des contacts avec le Maroc avant que l’avis de la Sûreté soit annoncé, et non, il n’y a pas de discussions, pas de problème. Pour nous il est clair que les personnes qui font de l’ingérence ou de l’espionnage doivent quitter ces organes.

"Notre idée est de faire entrer l'espionnage dans notre droit pénal."

Voire être expulsés?

L’espionnage n’est pas pénalement punissable dans notre pays. Notre idée est d’ailleurs de le faire rentrer dans notre droit pénal. Car pour l’instant ce n’est pas illégal.

Quel est votre projet concernant l’islam de Belgique?

On va renouveler les instances de l’Exécutif et puis on va discuter de l’arrêté royal de 2016 où l’on trouve quelques principes avec les entités fédérées. Bart Somers pour la Flandre, Rudi Vervoort pour Bruxelles, Collignon pour la Wallonie et Oliver Paash pour la communauté germanophone pour voir quels sont les principes auxquels ils adhèrent dans le respect de la liberté de culte. Il y a par exemple des propositions de décret en Flandre pour mettre fin au financement étranger de l’islam et à l’arrivée d’imams qui viennent d’autres pays. Je voudrais bien généraliser cela en concertation.

" Il faut une formation qui délivre chaque année 10 imams de chez nous."

L’idée est d’en finir avec les imams formés à l’étranger?

Absolument. Une formation en Belgique a démarré en 2019. Au début il y avait 11 élèves, puis 4. Aux dernières nouvelles il n’y en a plus qu’un. C’est l'échec. Il faut une formation qui délivre chaque année 10 imams de chez nous.

"Il faut supprimer les communautés car cela rend les choses très compliquées, notamment à Bruxelles."

Bart De Wever est revenu avec l’idée d’un grand accord avec le PS sur le confédéralisme. Paul Magnette réplique en ouvrant le PS à une Belgique à 4 régions. Où se situe l’Open VLD dans ce débat?

On est plutôt partisan du modèle suisse qui est très décentralisé. Je partirais aussi des régions, je suis pour une Belgique à quatre. Aujourd’hui, on a une opposition entre deux grandes communautés. A deux c’est toujours plus compliqué. A trois ou à quatre, il y a plus de stabilité. Ensuite, la simplicité : il faut supprimer les communautés car cela rend les choses très compliquées, notamment à Bruxelles avec la Cocof et la VGC. De plus en plus de compétences vont vers les régions.

Le mouvement flamand a toujours contesté cette formule, de peur que la Flandre soit minorisée…

On y trouve deux tendances. Une qui dit gardons les communautés pour ne pas perdre Bruxelles. Une autre, minoritaire, estime que Bruxelles n’est pas une ville flamande, même pas francophone, que c’est une ville cosmopolite.

On dirait que De Wever renonce à Bruxelles.

Il doute. Il y en a comme Geert Bourgeois qui misent sur la communauté et d’autres plus réalistes. Moi je suis pour une Belgique à quatre avec un Brussels DC. Mais il y a une condition importante pour nous: il faut en finir avec les 19 communes. Si on veut quatre régions et que la Flandre ne soit plus une communauté, je l’accepte, mais le prix à payer c’est faire une ville, Brussels DC, avec un bourgmestre et un collège qui gère l’ensemble de la ville.

On fusionne donc les communes avec la Région…

Evidemment. Parce qu’il faut une unité de discussion et de décision. En cas de crise, on se retrouve avec six zones de police et 19 bourgmestres autour de la table. Il faut une personne qui décide comme à Anvers et d'autres grandes villes.

Il y a des districts à Anvers…

Les décisions de police relèvent du bourgmestre. New York et Paris n’ont qu’un maire principal et ici on discute avec 19 bourgmestres pour un million d’habitants. Il faut simplifier les structures.

"Les régions doivent avoir plus d'autonomie fiscale, tant pour les personnes physiques que pour les entreprises."

Vous avez d’autres conditions?

J'ai parlé de stabilité et de simplicité. Il faut aussi une compétition saine entre les régions et donc plus d’autonomie fiscale tant pour les personnes physiques que pour les entreprises.

Vous voulez régionaliser l’impôt des sociétés?

Il faut une base commune pour la Belgique, et au-delà, un tarif régional. Une compétition saine fait naître la créativité, l’innovation, les changements! Aujourd’hui, on donne des subsides au lieu de diminuer la fiscalité, avec de la bureaucratie.

Que doit-il rester au niveau fédéral selon vous?

Entre autres, le financement de la Sécurité sociale, la police, la justice même si des éléments de justice comme l'accompagnement peuvent être régionalisés, la défense, les pensions...

Et la santé?

C’est un grand débat. Mon parti est plutôt pour la régionalisation des soins de santé mais pour le financement de la Sécu, il faut une base suffisamment large, donc fédérale. Mais avec des éléments de responsabilisation, que les quatre régions soient plus responsables de leurs recettes par exemple.

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