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Voici la note des informateurs, plus N-VA compatible

Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens ont rendez-vous chez le Roi lundi 13 janvier. ©Photo News

Dans leur note provisoire, les informateurs royaux renvoient aux recettes du gouvernement Michel. Les accents sociaux ayant coloré la note Magnette disparaissent.

Les informateurs Georges-Louis Bouchez (MR) et Joachim Coens (CD&V) se réunissent ces jours-ci avec les délégations de dix partis éligibles à la formation d’un gouvernement fédéral. Quatre à cinq rencontres ont déjà eu lieu. Au programme? Leur note, qui contient plus d’accents de centre droit que celle de leur prédécesseur Paul Magnette, ayant tenté en vain de former un gouvernement arc-en-ciel, apprend-on. Par exemple, l’accent est mis dans le document sur la poursuite des réformes du marché du travail et des retraites du gouvernement Michel, de même que sur l’idée d’un cadre budgétaire strict.

Contrairement à la note de Magnette qui visait clairement à chasser la N-VA, cette mouture essaye ici de garder les nationalistes à la table des négociations. Ainsi, la politique migratoire est davantage orientée dans leur direction, quand est demandée la mise en place d’une commission devant préparer une réforme de l’État dans les années à venir pour rendre le pays plus efficace d’ici la prochaine législature. Dans le même temps, il ne reste pas grand-chose du projet éthico-progressiste que le président du PS voulait mettre en œuvre.

Rien n’est moins sûr, à ce stade, que verts et socialistes puissent avaler ce texte en l’état.

Le texte stipule que les sensibilités de tous les partenaires gouvernementaux doivent être prises en compte. En clair: dans cette mouture, point question d’un assouplissement des règles sur l’avortement ou l’euthanasie. En sus, les mesures climatiques ont été édulcorées. De quoi laisser planer le doute, à ce stade, que socialistes et verts puissent savourer la note, voire l’avaler en l’état. Et donc réduire les chances de voir naître une coalition "Vivaldi", alliant libéraux, démocrates-chrétiens, socialistes et écologistes, par rapport à initialement imaginé.

1/ Budget

 Contrairement à la note Magnette, où rien n’avait été dit sur le budget, c’est ici le premier chapitre. Les informateurs plaident en faveur de la réduction du déficit budgétaire – à 2,3% du produit intérieur brut (PIB) cette année selon la Commission européenne – à moins de 1% du PIB d’ici la fin de la législature. Les efforts seraient concentrés en début de législature. Notamment en limitant les dépenses autour de la sécurité sociale.

- de 1%
du PIB
Les informateurs plaident en faveur de la réduction du déficit budgétaire à moins de 1% du PIB d’ici la fin de la législature.

Par exemple, les dépenses de santé, tout comme sous le gouvernement Michel, ne pouvaient augmenter que de 1,5% au-dessus de l’inflation, tandis que Magnette tablait lui encore sur plus de 2%. En sus, des économies pourraient être réalisées sur le fonctionnement du gouvernement et des revenus supplémentaires réalisés du fait que davantage de personnes sont mises au travail. De nouveaux impôts ne peuvent être introduits que dans le cadre d’un transfert fiscal et ne peuvent pas entraîner une augmentation de la charge fiscale.

2/ Travail

Le principal objectif de Bouchez et Coens est d’augmenter le taux d’emploi. 71% des Belges entre 20 et 64 ans travaillent. Ce pourcentage doit être augmenté. Ce qui passera par la compétitivité de nos entreprises. Contrairement à Magnette, le duo ne veut pas toucher à la norme salariale – imposée par le gouvernement Michel, elle fixe le salaire maximum dans notre pays –, à l’exception de quelques "raffinements". Ils entendent même réduire davantage les coûts de main-d’œuvre.

La réduction des allocations de chômage dans le temps est à l’étude.

En parallèle, afin d’activer les chômeurs, la réduction des allocations de chômage dans le temps, comme le gouvernement Michel voulait l’introduire avant de baisser pavillon, est à l’étude. En outre, les informateurs souhaitent se concentrer sur l’activation des immigrés et inactifs.

Et pour cause, le travail est la pierre angulaire de la politique de lutte contre la pauvreté, ressort-il de la note. Cependant, une augmentation des plus bas salaires, de même qu’une politique spécifique visant à sortir les familles monoparentales de la pauvreté, sont évoqués. Du reste, peu des propositions de Magnette pour permettre aux salariés de concilier plus facilement travail et vie privée ont survécu.

3/ Pensions

Le projet d’introduire une pension minimum de 1.500 euros, dans la note Magnette, est abandonné. Car seuls ceux qui ont une carrière de 45 ans au compteur y auraient droit. C’est pourquoi Bouchez et Coens ont une approche différente. Ils souhaitent améliorer la pension minimum de ceux qui ont une carrière de 20 à 30 ans et qui sont aujourd’hui sans emploi. Dans le même temps, le duo veut éliminer les différences entre pensions des salariés et des indépendants.

4/ Climat, énergie et mobilité

Ils plaident également pour des voitures de société électriques, mais sans parler de timing.

Alors que Paul Magnette a, lui, fait une priorité d’une politique climatique plus ambitieuse et voulait réduire les émissions de CO2 de 55% d’ici 2030, Bouchez et Coens maintiennent l’ambition à 35%. Les 55% ne sont possibles que si les centrales nucléaires restent ouvertes, selon eux. Les alternatives, comme la construction de centrales à gaz, seront toutefois étudiées.

Du reste, pour rendre la mobilité plus verte, les informateurs souhaitent s’appuyer sur le budget mobilité introduit par le gouvernement Michel. Ils plaident également pour des voitures de société électriques, mais sans parler de timing. Quand les investissements massifs dans le rail – jusqu’à 3 milliards d’euros en plus, selon Magnette –, passent à la trappe.

5/ Migration

Bouchez et Coens plaident pour des classiques tels que le traitement plus rapide des demandes d’asile, la conclusion d’accords de réadmission avec les pays pour rapatrier les illégaux et un retour – volontairement et, si nécessaire, forcé – beaucoup plus efficace pour qui ne peut rester.

Par ailleurs, contrairement à Magnette, qui a fait valoir qu’il devrait toujours y avoir suffisamment de centres d’accueil ouverts aux demandeurs d’asile, le duo s’efforce de mettre en place un système flexible avec suffisamment d’espaces tampons pouvant être ouverts en cas de hausse du besoin en accueil. En outre, il devra y avoir plus de places dans les centres fermés, où les personnes en résidence illégale sont enfermées jusqu’à leur rapatriement.

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