analyse

Wilmès à la barre d'un État à la dérive

©Dieter Telemans

À 44 ans, la libérale Sophie Wilmès devient la première Première ministre du pays. Un symbole certes, mais qui réserve son lot de difficultés.

"Le chemin ne sera pas simple mais ma volonté de travailler au bénéfice de tous reste intacte." C’est par ces mots que Sophie Wilmès a officialisé, dimanche, sa prise de fonction au 16 rue de la Loi, où elle remplace un Charles Michel en partance pour le Conseil européen. Pas simple car, bien que temporaire – l’intéressée coiffe ici la casquette de Première ministre d’un gouvernement minoritaire (depuis le départ de la N-VA en décembre) en affaires courantes (pour plus de 150 jours), vivotant faute d’accord sur une nouvelle coalition fédérale –, la mission recèle quelques ingrédients indigestes.

Ce qui dérange tient plutôt de cette nouvelle victoire des libéraux francophones, déjà bien servis à l’Europe et en Wallonie.

Certes, il y a le symbole. Salué par beaucoup. À 44 ans, la libérale devient la première femme à prendre les rênes de l’État belge. Mais là n’est pas la pierre d’achoppement. Personne n’oserait aujourd’hui remettre en cause cette avancée. Non, ce qui dérange tient plutôt de cette nouvelle victoire des libéraux francophones, déjà bien servis à l’Europe et en Wallonie.

Car, du côté du CD&V, l’on aurait bien vu Koen Geens au "16". Il faudra désormais avancer avec ce nouvel accroc en tête, sachant que les chrétiens-démocrates flamands forment, avec l’Open Vld, le seul partenaire actuel du MR au Fédéral – ce dernier étant fort de sept ministres sur treize.

Rhode-Saint-Genèse

Mais ce n’est pas tout. S’ajoute à cela un deuxième élément au goût amer, non sans conséquence. Francophone, Sophie Wilmès est domiciliée dans la commune à facilité de Rhode-Saint-Genèse. Ce qui a de quoi irriter au Nord. Theo Francken (N-VA) en tête.

"Le chemin ne sera clairement pas simple, mais ma volonté de travailler au bénéfice de tous reste intacte."
Sophie Wilmès
Première ministre

Au micro de VTM, l’ex-secrétaire d’État à l’Asile et la Migration lançait, ce week-end: "en décembre, le gouvernement est tombé. Tous les ministres qui sont restés ont dit qu’ils ne voulaient pas de nouvelles élections dans les 40 jours. Ils ont préféré attendre le mois de mai. Pendant ce temps-là, certains d’entre eux (dont Didier Reynders, futur commissaire européen, et Kris Peeters, député européen depuis juillet, NDLR) ont préféré utiliser ces mois pour préparer leur carrière et se reclasser à des postes importants. On le voit aujourd’hui. Ils ont presque tous (11 des 18 ministres entrés en fonction fin 2014, NDLR) quitté le bateau. Ce qui fait qu’on se retrouve à bord avec quelqu’un d’inconnu comme Premier ministre. En tout cas en Flandre. En plus, Sophie Wilmès a été élue il y a quelques années à la province du Brabant flamand sur une liste Union des francophones. L’Union des francophones, ce sont ceux qui refusent d’apprendre le néerlandais et de s’adapter".

Or, quand on connaît le poids que l’homme est appelé à prendre au sein de son parti – il est pressenti pour succéder à Bart De Wever à la présidence de la N-VA –, plus grande famille politique du nord du pays, tiraillée sur sa droite par le Belang, ça n’augure pas de relations aisées pour celle qui est aussi négociatrice fédérale MR.

Voilà pour la forme. Suit alors le fond. Où les obstacles ne sont pas moins nombreux. Faute d’exécutif de plein exercice, la maison Belgique ronronne, sans réelle capacité à bouger – seul le Parlement y gagne, récupérant une force d’action. Résultat, côté budget, le navire dérive dangereusement. La libérale en est bien consciente, quittant le Budget après quatre ans de bons et loyaux services. D’ici 2024, le trou dans les caisses de l’État s’élèvera à 11,8 milliards d’euros. C’est pourquoi elle s’est attelée à rappeler la nécessaire formation rapide d’un gouvernement. Sa seule option, puisque ce sont le PS et la N-VA qui sont à la manœuvre – sans grande perspective d’aboutissement pour l’heure. Du reste, il lui sera difficile de planifier et d’avancer, faute de visibilité quant à la durée de sa mission.

Se pose alors une question, pourquoi avoir accepté cet intérim, chargé de complexité? Par courage et amour du Fédéral, dit-on dans son entourage; d’autres y voient plutôt un marchepied bienvenu préalable à d’importantes fonctions au sein du prochain exécutif.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés