analyse

Emploi, identité, environnement, mamelles du gouvernement flamand

©Photo News

La coalition suédoise "bis" dirigée par Jan Jambon mise principalement sur l’emploi, l’intégration et l’enseignement.

Ce fut un accouchement difficile, mais il est là finalement, cet accord de gouvernement flamand. Après un dernier effort dans la nuit de dimanche à lundi, le bientôt ministre-président Jan Jambon (N-VA) a présenté lundi midi à l’hôtel Errera, à Bruxelles, l’accord qui liera pour les cinq prochaines années N-VA, CD&V et Open Vld et dont voici les principales lignes de force.

  • Emploi

Pour porter le taux d’emploi de 75% aujourd’hui à 80% en 2024, 120.000 emplois devraient être créés. Après trois mois de chômage, il faudra suivre un parcours d’accompagnement auprès du VDAB. Il est question aussi d’un service communautaire pour les chômeurs de longue durée (plus de deux ans). Il y aura un bonus à l’emploi ("jobbonus") pour les salaires jusqu’à 2.350 euros brut. Pour le travailleur gagnant le salaire minimum, le gain sera de 600 euros par an (50 euros par mois). "Nous voulons absolument éviter d’avoir en Flandre le phénomène des 'working poor'", a justifié la présidente de l’Open Vld Gwendolyn Rutten.

  • Logement

L’actuel bonus logement sera supprimé le 1er janvier (pour les nouveaux acquéreurs) et sera remplacé par une réduction des droits d’enregistrement de 7% à 6% pour l’achat de l’habitation principale. L’avantage sera sans doute moins intéressant. Les droits d’enregistrement pourront descendre à 5% pour les projets de rénovation "durable".

  • Climat

Les émissions de gaz à effet doivent diminuer de 80% d’ici 2050. Pour ce faire, on va doubler la production d’énergie solaire et éolienne d’ici 2030. Les espaces boisés vont s’étendre de 10.000 hectares d’ici 2030 et les espaces verts de 20.000 hectares.

  • Enseignement
Vous avez devant vous un homme fatigué mais heureux.
Jan Jambon
négociateur N-VA

D’une manière générale, l’argent public devra aller davantage aux écoles et aux élèves et moins aux structures et aux coupoles (le réseau catholique est ici surtout visé). Pour combler le manque de profs, des formules seront proposées pour attirer des travailleurs du privé. Ils conserveront ainsi leur ancienneté.

Confirmation de ce que l’on pressentait déjà: l’idée d’un tronc commun, comme en Belgique francophone, est abandonnée. Enfin, pour réduire le redoublement dans l’enseignement supérieur, un test d’orientation obligatoire mais non contraignant verra le jour.

  • Titres-services

Les titres-services reviendront plus cher. Actuellement, après déduction, les chèques de 9 euros coûtent 6,3 euros. Ils devraient revenir à 7,20 euros.

  • Communes et provinces

Les provinces sont maintenues, alors que la N-VA voulait les supprimer. Il n’y aura pas de fusion de communes imposée. Les bourgmestres pourront opter pour une écharpe aux couleurs de la Flandre, le jaune et le noir, plutôt que pour les couleurs belges, noir-jaune-rouge. La fin du vote obligatoire aux élections communales et provinciales est actée.

  • Mobilité
Une majorité de 70 sièges sur 124

L’idée d’une taxe kilométrique, qui avait alimenté les débats de campagne, est abandonnée. Quelque 300 millions d’euros seront investis dans les pistes cyclables. Objectif: doubler la taille du réseau.

Une offre supplémentaire de transports publics est promise. De plus, un service minimum sera garanti. En ce qui concerne les travaux d’infrastructures, Jan Jambon a promis d’être plus sévère à l’égard des recours introduits par des particuliers.

  • Télécoms

 L’implémentation de la 5G est une "priorité".

  • Immigration et identité

Les nouveaux arrivants devront payer 180 euros pour des cours d’intégration et encore 180 euros pour l’examen organisé en fin de parcours. Ceux qui ne présenteront pas le test devront payer une amende. Les demandeurs d’asile ne recevront pas d’allocations familiales tant que leur procédure d’admission est en cours. Pour l’accès au logement social, priorité sera donnée aux personnes qui habitent depuis 10 ans dans la commune (dont 5 années consécutives). "Les nouveaux arrivants qui s’intègrent avec succès recevront toutes les chances", a assuré Jan Jambon.

Le port de signes confessionnels sera proscrit dans l’enseignement officiel. De même, les critères de reconnaissance des cultes seront renforcés.

  • Egalité des chances

La Flandre va cesser de financer Unia, le centre pour l’égalité des chances (800.000 euros par an). Unia sera remplacé par un organisme flamand spécifique chargé d’aider à résoudre les problèmes de discrimination. Quant au Minderhedenforum, qui rassemble des associations représentatives des minorités, il ne sera plus financé. Les associations turques et marocaines ne recevront plus de subsides. Motif: il faut "éviter d’encourager la ségrégation".

Tout était déjà joué le 12 août

L’accord de majorité conclu ce lundi en Flandre s’appuie sur la note de départ déposée le 12 août dernier par l’informateur Bart De Wever. La plus grande partie de cette note, surtout ce qui a trait à l’intégration des personnes immigrées, se retrouve dans l’accord final. À quelques exceptions près toutefois. Mais elles sont importantes.

Ainsi, l’abandon du vote obligatoire n’était pas dans la note mais se retrouve dans l’accord. C’est un point que la N-VA a obtenu en échange de l’abandon de la suppression des provinces en 2024. Une idée de De Wever qui faisait très peur au CD&V, toujours bien implanté dans les structures provinciales.

Le CD&V n’était pas favorable non plus à l’abandon du vote obligatoire mais c’était un moindre mal à ses yeux. D’autant qu’au dernier scrutin, un million d’électeurs ne se sont pas présentés et n’ont pourtant encouru aucune sanction.

Le CD&V a échappé aussi à une fusion des réseaux d’enseignement. L’école catholique peut respirer, même si son pouvoir organisateur devra se satisfaire d’une enveloppe financière diminuée.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect