"Bart De Wever constitue un rempart contre le Vlaams Belang" (Carl Devos, UGent)

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Selon le politologue de l'Université de Gand, Bart De Wever a mis beaucoup de temps pour convaincre, en interne, qu'une alliance avec l'extrême droite n'était pas une option.

Carl Devos est politologue à l’Université de Gand (UGent). Il revient sur l’accord de gouvernement flamand qui, selon lui, ne contient rien qui puisse rendre impossible un rapprochement avec le PS. Le nouveau ministre-président Jan Jambon (N-VA) sera d’ailleurs à Gand le 15 octobre prochain où il donnera une leçon inaugurale en ouverture de l’année académique.

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Même s’il réunit les mêmes partis, le nouveau gouvernement flamand est-il plus à droite que son prédécesseur?

Il faut distinguer entre la présentation de l’accord à la presse lundi dernier et le véritable contenu de l’accord. Devant la presse il a été beaucoup question de symboles, comme le canon flamand, l’écharpe mayorale noire et jaune ou encore le relèvement des critères d’accès aux services sociaux. On a voulu par là marquer une césure par rapport au gouvernement précédent. Il s’agit de montrer que le message de l’électeur a été entendu. C’est une réaction politique normale. Tout comme en Wallonie et à Bruxelles, on a mis en évidence certains thèmes chers aux écologistes.

Lorsqu’il est question de ne plus subsidier Unia, on oublie de préciser que ce ne sera pas possible avant 2023.
Carl Devos
Politologue à l'Ugent

Quand on parle d’accès aux services sociaux, on dépasse le cadre symbolique.

Il faut examiner les choses de plus près. Lorsqu’on évoque une présence de 10 années (dont 5 ininterrompues) sur le territoire d’une commune pour pouvoir bénéficier d’un logement social, on oublie que c’est déjà le cas dans un grand nombre de communes flamandes. De même, lorsqu’il est question de ne plus subsidier Unia, on oublie de préciser que ce ne sera pas possible avant 2023. Car la Flandre vient de renouveler tacitement son soutien à l’institution pour trois années supplémentaires.

Peut-on affirmer que le Vlaams Belang était le quatrième partenaire durant la négociation?

Il a incontestablement pesé sur la négociation, mais on a aussi veillé à ce que tous les points de l’accord gouvernemental figurent dans les programmes respectifs des trois partis autour de la table. Il n’y a pas eu de "copier-coller" d’éléments du programme du Vlaams Belang. Dans son discours devant le Parlement, Jan Jambon a tenu à rappeler à quel point il déteste le racisme et la discrimination.

De Wever veut éviter de faire fuir les électeurs modérés dont beaucoup regrettent d’ailleurs la chute du gouvernement Michel.

Bart De Wever a-t-il vraiment pensé faire alliance avec le Belang?

Non, connaissant la personnalité de Bart De Wever, je ne peux m’imaginer cela. Par contre, il lui a fallu beaucoup de temps pour convaincre en interne qu’une telle alliance n’était pas une option. Car la N-VA est divisée sur cette question. D’un côté, on a un courant radical incarné par Theo Francken et Jean-Marie Dedecker. De l’autre, on a un courant conservateur mais pragmatique auquel Bart De Wever est attaché. Il veut éviter de faire fuir les électeurs modérés dont beaucoup regrettent d’ailleurs la chute du gouvernement Michel. Bart De Wever véhicule une image dure en Belgique francophone, mais en réalité il constitue un rempart contre le Vlaams Belang. Tant qu’il sera là, la ligne Francken ne l’emportera pas. De Wever va travailler cette lame de fond au sein de l’opinion sur des thèmes comme l’asile et la migration pour couper l’herbe sous le pied de l’extrême droite en 2024.

Comment?

En communiquant moins mais en gouvernant davantage. Siegfried Bracke l’a souvent répété: il faut surveiller son langage. En même temps, il faut briser l’image – mortelle – de la grand-mère qui, avec 900 euros de pension, ne parvient pas à se payer un lit en maison de repos, alors que la famille de migrants reçoit tout clé sur porte. C’est une image certes, mais elle mine la légitimité de la solidarité et de la sécurité sociale. Le PS devrait méditer cela…

PS et N-VA pourront-ils un jour travailler ensemble?

Les contacts entre PS et N-VA se poursuivent même si on ne peut pas parler de négociation au sens strict. La N-VA compte sur une certaine réceptivité au PS pour un renforcement du cadre sur l’asile et pour une revalorisation des petites pensions. La N-VA est également consciente que cela n’a pas de sens de parler aujourd’hui de confédéralisme. L’accord flamand n’y fait d’ailleurs pas référence. Tout juste parle-t-il d’utiliser au mieux les compétences existantes. Pour le reste, on a renvoyé le dossier au Parlement flamand. En évitant de formuler des demandes communautaires fortes, l’accord de gouvernement n’a pas, selon moi, rendu plus difficile un rapprochement entre PS et N-VA.

Si la base de travail est une alliance entre PS et N-VA, alors je n’exclus pas un gouvernement fédéral avant la fin de l’année.

La balle est dans lequel des deux camps?

Le PS a toujours dit: jamais avec la N-VA. La N-VA, elle, affirme qu’elle est prête à étudier la possibilité d’un tel scénario. La grande différence, c’est que le PS est incontournable alors que la N-VA ne l’est pas. Le PS peut s’appuyer sur une position de négociation beaucoup plus solide. Ceci étant, si la N-VA ne monte pas au fédéral, elle pourra toujours, depuis les bancs de l’opposition, préparer pendant cinq ans le terrain pour le confédéralisme.

Aurons-nous un gouvernement fédéral avant la fin de l’année?

Si la base de travail est une alliance entre PS et N-VA, alors je n’exclus pas un gouvernement fédéral avant la fin de l’année. Si par contre, ça ne marche pas, il faudra voir comment rapprocher l’Open Vld et Ecolo. Et ça aussi, ça risque de prendre du temps…

parlement flamand
le gouvernement obtient la confiance pendant que jambon joue à angry birds

Les parlementaires de la N-VA, du CD&V et de l’Open Vld ont accordé vendredi, comme prévu, leur confiance au nouveau gouvernement flamand. Sauf que les partis d’opposition (Groen, sp.a, Pvda et Vlaams Belang) avaient précédemment quitté l’hémicycle pour protester contre l’absence de données budgétaires concernant l’accord de majorité.

"Nous avons les tableaux budgétaires. Ils se trouvent dans un dossier dans mon bureau. Mais si l’opposition les demande, j’ai tendance à ne pas les donner", avait déclaré la veille le ministre-président Jambon (N-VA) lors d’un dîner organisé par le site d’opinions Doorbraak.be. Cette déclaration, publiée par la presse, a courroucé les partis d’opposition, qui exigeaient depuis mercredi déjà de pouvoir disposer de chiffres.

Pour ne rien arranger, Jan Jambon a été surpris par les caméras de la VRT, pendant le débat, en train de jouer à Angry Birds sur son téléphone portable. L’opposition voit dans cette attitude une preuve du "dédain" du nationaliste pour l’assemblée parlementaire.

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