chronique

Bart De Wever est tombé de son piédestal

Newsmanager

Le président de la N-VA rempile à la présidence de la N-VA. Il est dans une position inconfortable.

Bart De Wever commence tout doucement à ressembler à Olivier Maingain. On ne parle évidemment pas du physique et encore moins de la ligne politique, mais bien de sa longévité à la tête de son parti. L’actuel bourgmestre de Woluwe-Saint-Lambert est resté un peu plus de 24 ans à la présidence du FDF/DéFI, de 1995 à 2019. Un record. De Wever est le président de la N-VA depuis 2004. Et il vient d’être assuré de le rester jusqu’en 2023 au moins, soit un bail de presque 20 ans.

Une élection interne au parti nationaliste flamand est prévue entre le 26 octobre et le 1er novembre. Les prétendants devaient se manifester avant le 12 octobre. Sans surprise, De Wever est l’unique candidat. Il a obtenu une nouvelle dérogation aux statuts qui limitent en théorie le nombre de mandats du président. Une telle longévité est rare. Le président d’un parti a un pouvoir considérable dans notre pays où la particratie est reine. Mais c’est aussi une fonction usante et exposée.

Que doit faire la N-VA ? Pencher plus à droite pour aller rechercher les électeurs partis au Vlaams Belang ? Ou se recentrer ? Et que fera le parti s’il est en mesure de former une alliance en Flandre avec le VB en 2024 ?

De Wever est la figure dominante de la vie politique flamande depuis une décennie. Aujourd’hui, il reste puissant mais il est tombé de son piédestal. Aux élections de 2019, la N-VA a perdu près de 300.000 voix et huit sièges à la Chambre. Par la suite, le bourgmestre d’Anvers n’a pas réussi à arrimer son parti au pouvoir. Sa tentative de compromis "historique" avec le PS cet été montre que c’était pourtant bien son objectif. Selon le "baromètre" publié il y a quelques jours (Le Soir, RTL, Het Laatste Nieuws…), les personnalités politiques les plus populaires en Flandre sont désormais Alexander De Croo, Frank Vandenbroucke et Conner Rousseau. La "dream team" de la N-VA - Bart De Wever, Theo Francken, Jan Jambon - est débarquée du podium pour la première fois depuis des lustres.

Et si De Wever rempile à la présidence, c’est aussi pour éviter une implosion du parti. Fin connaisseur de l’histoire, il veut éviter un scénario à la Volksunie, du nom de l’ancien porte-étendard politique du mouvement nationaliste flamand qui explosa au début des années 2000. La N-VA est divisée entre un courant proche de l’extrême droite, incarné par Theo Francken, et une aile plus modérée, représentée notamment par la populaire députée Valérie Van Peel.

On est loin des formules ciselées ou des citations latines savamment distillées. Des thèmes porteurs pour lui comme l’immigration ou l’orthodoxie budgétaire ont disparu de l’agenda.

Le positionnement politique de la N-VA est inconfortable. Elle gouverne la Flandre. Vu du Nord, elle s’est ancrée comme un parti de centre-droit, un parti de solutions et de bonne gestion, un peu comme le CVP d’antan. Aujourd’hui, le parti nationaliste est pris en tenaille. Ses partenaires au gouvernement flamand (CD&V et Open Vld) font partie de la coalition Vivaldi au fédéral contre laquelle il doit batailler. L’exercice d’équilibrisme n’est pas évident. C’est une anecdote mais la critique utilisée par De Wever lors de la formation du gouvernement De Croo -  "Les amis bleus devront se mettre à genoux, ouvrir la bouche et avaler tout ce qu'il faudra" - est mal passée. On est loin des formules ciselées ou des citations latines savamment distillées. Des thèmes porteurs pour lui comme l’immigration ou l’orthodoxie budgétaire ont disparu de l’agenda.

Dans l’opposition fédérale, la concurrence avec le Vlaams Belang (VB) est féroce. Il ne sera pas évident, pour la N-VA, de se distinguer alors que le VB se voudra toujours plus radical, plus offensif et plus flamingant. Que doit faire la N-VA ? Pencher plus à droite pour aller rechercher les électeurs partis au Belang ? Ou se recentrer ? Et que fera le parti s’il est en mesure de former une alliance en Flandre avec le VB en 2024 ? Autant de questions stratégiques sur lesquelles De Wever va pouvoir méditer dans les prochains mois.

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