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Bruxelles ressentira les coupes budgétaires réalisées en Flandre

©KVS

Les réductions budgétaires opérées en Flandre auront un impact en Région bruxelloise, dans les secteurs culturel et médiatique mais également sur le tissu associatif.

Les coupes budgétaires annoncées par le gouvernement de Jan Jambon (N-VA) ont suscité de vives protestations dans les secteurs culturel et médiatique flamands. "Pas de panique. Heureusement, nous aurons bientôt un canon flamand, comme cela on pourra se souvenir dans le futur de ce qu’était la culture", a ainsi déclaré sur Twitter, dans la langue de Vondel, Michael De Cock.

Le directeur artistique du Théâtre Royal Flamand KVS souligne avec ironie une situation paradoxale: le gouvernement N-VA/CD&V/Open Vld souhaite renforcer l’identité flamande, mais rabote l’enveloppe accordée à des secteurs potentiellement vecteurs de son rayonnement. Dès l’année prochaine, les subsides dédiés aux projets culturels passeront, en effet, de 8,47 à 3,39 millions d’euros, soit une diminution de 60%.

"Pourquoi ne pas avoir opté pour une solution raisonnable pour tout le monde? Entre 3% et 6% d’économie, la différence est énorme. Je ne comprends pas que l’on vise les plus faibles et que l’on épargne les plus forts."
Tom Bonte
Directeur général du Beursschouwburg.

Toutes les structures culturelles bénéficiant de subsides de fonctionnement perdront 6% de leurs moyens à l’exception de sept institutions majeures parmi lesquelles l’Opéra flamand, le Vooruit de Gand et le Singel à Anvers qui ne devront économiser que 3%. En Région bruxelloise, seule l’Ancienne Belgique échappe ainsi au régime le plus drastique. "Pourquoi ne pas avoir opté pour une solution raisonnable pour tout le monde? Entre 3% et 6% d’économie, la différence est énorme. Je ne comprends pas que l’on vise les plus faibles et que l’on épargne les plus forts", réagit Tom Bonte, directeur général du Beursschouwburg.

Réputé pour servir de tremplin à de jeunes artistes novateurs, ce centre artistique multidisciplinaire situé en plein cœur de Bruxelles risque la double peine: une baisse de 6% de ses subsides structurels, d’une part, et une programmation déforcée par la chute des subsides accordés aux projets, de l’autre. "Quand les jeunes artistes sortis des écoles d’art ne recevront plus assez d’argent du gouvernement flamand pour réaliser leurs projets, ils viendront frapper à notre porte, mais on devra leur répondre que nous faisons nous-mêmes des économies… Notre plus grande inquiétude concerne donc l’économie de 60% sur les projets car on touche à la catégorie la plus fragile du secteur culturel, et ce sans aucune concertation."

Selon Tom Bonte, c’est d’ailleurs en partie ce qui explique l’état actuel de consternation dans un secteur pourtant rôdé aux cures d’amaigrissement. "Le monde culturel flamand a déjà économisé 2% en 2010, puis 7,5% en 2014 et 6% maintenant. À l’époque, cela avait aussi suscité beaucoup d’indignation, mais on arrive à un moment où il n’y a plus aucune marge de manœuvre et où les jeunes artistes ne pourront plus émerger. On a vu tout cela venir sous la forme de rumeur, mais il n’y a eu aucun dialogue entre le gouvernement flamand et le secteur culturel."

Le fonds flamand pour Bruxelles réduit de moitié

Dans la capitale, les économies décidées par la Flandre ne concernent pas uniquement la culture. D’autres institutions bruxelloises dont les budgets dépendent du ministre flamand Benjamin Dalle (CD&V) en charge de Bruxelles, de la jeunesse et des médias seront également mis à la diète. Même s’il s’agit d’autres lignes budgétaires, les conséquences sont identiques avec un rabais de 6% sur les moyens financiers accordés à Bruzz, Brik, Muntpunt, Huis van Gezondheid, Subsidie Brede School, Huis Van het Nederlands ou encore Kenniscentrum WWZ.

"Je suis scandalisée. D’un côté, le gouvernement flamand dit dans son accord de majorité qu’il va investir dans son partenariat avec Bruxelles et de l’autre, ils font des économies sur le dos d’organisations qui font du bon travail. C’est hypocrite."
Hannelore Goeman
Députée s.pa au parlement flamand

Quant au Vlaams Brusselfonds qui s’élevait encore à plus de 5 millions d’euros en 2019, il sera quasiment réduit de moitié. Durant la mandature passée, ce fonds destiné à soutenir des projets liés au bien-être, à la culture et à l’enseignement avait notamment permis à la salle de concert molenbeekoise VK de sortir la tête de l’eau.

"Je suis scandalisée. D’un côté, le gouvernement flamand dit dans son accord de majorité qu’il va investir dans son partenariat avec Bruxelles et de l’autre, ils font des économies sur le dos d’organisations qui font du bon travail. C’est hypocrite", s’exclame la Schaerbeekoise Hannelore Goeman, députée s.pa au parlement flamand, qui a calculé les coupes prévues dans chaque structure: — 111.480€ pour la plateforme en charge de la vie étudiante Brik; — 152.000€ pour la bibliothèque Muntpunt et — 24.400€ pour la Maison du Néerlandais, pour n’en citer que quelques-unes. "Toutes les organisations sont touchées de la même façon sans tenir compte du travail effectué. C’est un exercice comptable froid qui illustre l’absence de vision!"

"Ils sont allés trop vite en retirant 6% partout, sans prendre le temps d’écouter les acteurs du secteur."
Roel Leemans
Patron de la bibliothèque Muntpunt

Même son de cloche du côté de la plus grande bibliothèque néerlandophone de la capitale qui fait aussi office de centre d’information pour la vie néerlandophone à Bruxelles. "Qu’un gouvernement doive aller chercher de l’argent, c’est le monde dans lequel on vit. Mais ils sont allés trop vite en retirant 6% partout sans écouter les acteurs du secteur", regrette Roel Leemans, patron du Muntpunt qui enregistre une hausse de participants à ses tables de conversations et autres formations ludiques pour apprendre le néerlandais.

Autre victime de l’austérité à venir: la coupole médiatique Bruzz et ses 63 employés qui recevront également 6% de subsides en moins, ce qui représente tout de même 336.000€. Le directeur général Jo Mariens a indiqué qu’il s’attendait à devoir faire des économies mais pas de cet ordre de grandeur. La direction a fait savoir qu’elle souhaite préserver l’emploi au maximum ainsi que ses cinq médias: site web, radio, télévision, magazine et médias sociaux. "Notre rôle est de faire connaître Bruxelles en Flandre. Et avec moins de moyens, il va falloir être très créatif pour viser le même résultat. Mais c’est déjà évident qu’on ne pourra pas avoir tout à fait le même", commente Jo Mariens.

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