portrait

Carl Decaluwé, la grande gueule du CD&V

Le gouverneur de Flandre occidentale pratique rarement la langue de bois. L’évacuation de Calais le place aujourd’hui en première ligne pour canaliser le flot de réfugiés sur la Côte belge.

En demandant aux habitants de la Côte belge de ne pas donner à manger aux réfugiés, le gouverneur de Flandre occidentale Carl Decaluwé se doutait forcément qu’il allait provoquer un tollé médiatique. Non seulement, il fut pendant des années le spécialiste des médias lorsqu’il siégeait au Parlement flamand, mais en outre, l’homme n’a jamais fui la confrontation, voire parfois la provocation.

 

Sur les bancs du Parlement flamand, il s’est maintes fois illustré par sa ténacité. Surtout dans les dossiers relatifs aux médias.

Combatif

Carl Decaluwé est connu pour ne pas avoir sa langue en poche. Il l’a prouvé dès sa première année au Parlement flamand, en 1995, lorsqu’il s’agissait de voter le crédit pour l’aménagement des berges de la Lys à Courtrai. Voyant que le budget ne comportait pas l’enveloppe promise, il refusa de voter le texte. Alors que la majorité ne tenait qu’à une seule voix. On imagine qu’à la tête du CVP, la combativité du néophyte fut diversement appréciée.

Il se voyait marin au long cours

Carl Decaluwé ne se prédestinait pourtant pas à la politique. Gamin, il se voyait devenir capitaine au long cours. Car le gouverneur est un grand passionné d’histoire maritime et de batailles navales. Le résultat, c’est une collection de 1.200 à 1.300 livres, des centaines de photos et cartes postales, ainsi qu’une cinquantaine de maquettes. Actuellement, Decaluwé travaille avec l’archéologue maritime Tomas Termote à un livre sur l’attaque anglaise sur le port de Zeebruges le 23 avril 1918. L’objectif était de rendre le port inutilisable pour les sous-marins allemands, les fameux U-Boote.

À la VRT, on en sait quelque chose… Ses flèches acérées ont particulièrement visé le patron de la chaîne publique flamande, Tony Mary, qu’il avait rebaptisé Tony "Merrie" (Tony, la jument) avant de finalement le contraindre à la démission. Dans son livre "Live or let die", Decaluwé s’en prend à la mauvaise gestion et au manque de transparence de la VRT avec le franc-parler qui caractérise les ouest-flandriens.

"Lorsque Decaluwé prend la parole, même sans micro, les décibels augmentent", se souvient Eric Van Rompuy, qui était alors le ministre en charge des médias et qui signe l’introduction du livre. Et il ajoute: "Dans son livre, Carl me considère comme son coach, mais moi je dis qu’il n’y a tout simplement pas moyen de le coacher."

À la place de Vanackere

Decaluwé a bien failli ne jamais devenir gouverneur, poste qu’il convoitait pourtant ardemment, vu son attachement à son terroir. "Ce fut juste en effet", se souvient-il. Le poste était initialement destiné à Steven Vanackere, originaire de Wevelgem. Mais l’ACW (Mouvement ouvrier chrétien) tenait à conserver Vanackere au Fédéral après le départ d’Inge Vervotte (ACW, elle aussi).

Decaluwé, lui, pouvait faire l’affaire, puisqu’il est un pur produit de l’ACW où il a travaillé pendant huit ans avant d’être élu au Parlement flamand.

  • Né à Courtrai, en 1960
  • Marié, père de deux fils
  • Licencié en géographie économique (université de Gand)
  • Assistant au Parlement européen (1985-1987)
  • Attaché au service d’études de l’ACW (1987-1995)
  • Député au Parlement flamand (1995-2011)
  • Gouverneur de Flandre occidentale depuis 2012

Dans la polémique sur les réfugiés, Decaluwé a reçu un soutien inespéré de l’Ostendais John Crombez, par ailleurs président du sp.a. Ce dernier avait dans un premier temps souscrit au plan du Premier ministre néerlandais de faire venir par avion 160.000 réfugiés syriens et de renvoyer tous les autres sans autre forme de procès. Cette affirmation a provoqué une mini-crise chez les socialistes flamands, obligeant leur président à se rétracter.

De rétractation, Decaluwé ne veut pas entendre parler. Dans les colonnes du journal De Morgen, il se dit indigné par le procès que lui intentent les associations de défense des réfugiés. "Vous me prenez vraiment pour un fasciste? Vous vous rendez compte de l’image que vous renvoyez de moi, godverdomme?" Voilà qui est dit… Hier encore, Decaluwé a tenu à mettre les points sur les i: "Je demande de ne pas offrir d’assistance structurelle aux réfugiés, question de ne pas créer un appel d’air. Mais je n’interdis à personne de leur donner à manger."

Carl Decaluwe à côté de Johan Vande Lanotte. ©BELGA

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés