Ce qui change dans l'enseignement flamand

Le ministre flamand de l'éducation Pascal Smet (sp.a) et son collègue Geert Bourgeois (N-VA). ©BELGA

La Flandre apaise sa crise politique. Le gouvernement flamand a enfin abouti à un accord pour réformer l'enseignement secondaire.

Après plus de 20 heures de négociations, le gouvernement flamand est parvenu à un accord sur un "masterplan" dans l'épineux dossier de la réforme de l'enseignement secondaire. Le premier degré de l'enseignement sera très large et proposera une option dès la première année. L'offre dans les deuxième et troisième degrés sera elle réorganisée. Des adaptations à la fin de l'enseignement primaire auront en outre pour but d'améliorer la transition vers le secondaire.
   
Le premier degré sera donc "élargi". Tous les élèves suivront un vaste tronc commun de matières, auquel s'ajouteront des matières que les écoles pourront organiser elles-mêmes afin notamment de soutenir les élèves en difficulté. Il sera possible d'opter pour une option supplémentaire (en Latin, techniques, mathématiques/sciences, arts, économie, Néerlandais, Français ou Anglais) dès la première année.
    
A partir du second degré, l'enseignement se répartira selon cinq domaines d'études (sciences et techniques, langue et culture, économie et organisation, bien-être et société, et arts et création). Pour chacun de ces domaines, l'élève pourra choisir son option selon qu'à l'issue de ses secondaires, il souhaite encore étudier ou qu'il choisisse plutôt de faire directement son entrée sur le marché du travail. D'autres options permettront de rendre ces deux finalités possibles.
    
Dans l'enseignement primaire, une attention supplémentaire sera par ailleurs accordée à certains domaines d'étude. Les élèves performants seront stimulés tandis que ceux qui rencontrent des difficultés seront davantage soutenus.
    
Les trois partenaires de la coalition (CD&V, sp.a et N-VA) ont réagi positivement à la conclusion de cet accord. "Ce gouvernement flamand a abouti à un accord sur un débat que l'on mène déjà depuis vingt ans", a notamment déclaré le ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V).

RAPPEL DES ENJEUX

La réforme de l’enseignement secondaire est assurément la crise la plus grave qu'a traversée le gouvernement Peeters II. Pendant toute la journée de mardi, le ministre-président avait enchaîné les rencontres bilatérales afin de tenter de rapprocher les points de vue. Le projet de réforme rédigé par le ministre de l’enseignement Pascal Smet (sp.a) butait toujours sur l’opposition catégorique de la N-VA.

Rappelons que la réforme proposée s’articulait autour de deux lignes de force, stipulées dans l’accord de gouvernement de 2009. D’une part, les élèves passeraient les deux premières années du cycle secondaire au sein d’un tronc commun. D’autre part, les filières générales, techniques et professionnelles seraient décloisonnées afin de remédier à l’image d’écoles "poubelles" qui colle à l’enseignement professionnel.

Pour la N-VA, qui avait souscrit à ces principes en 2009, ceux-ci équivalaient désormais à un nivellement vers le bas inacceptable.

Lettre ouverte

Au fur et à mesure que la discussion s’est envenimée, on a senti le dossier se déplacer du terrain pédagogique vers le terrain de la politique partisane. À un an des élections, l’enjeu est de taille. Pour le sp.a, une percée dans un dossier en rade depuis de nombreuses années signifie un acquis majeur pour bâtir sa campagne électorale.

La N-VA, elle, affirmait vouloir exprimer le sentiment qui prévaut sur le terrain. "Nous ferions mieux d’écouter les professeurs et les parents", a justifié le président de la N-VA, Bart De Wever. Les nationalistes ont en effet reçu le concours d’une série de collèges jésuites, de certaines associations de parents et — plus surprenant — du syndicat chrétien des enseignants. Fort de ses 41.000 membres, celui-ci s’est fendu d’une lettre ouverte où il dénonce en bloc les intentions de Pascal Smet.

Kris Peeters n’a pas apprécié. "Ils auraient pu au moins prendre leur téléphone, je les aurais invités pour une réunion de concertation", a lâché le ministre-président. "C’est au politique et au gouvernement flamand de prendre les décisions de principe, mais il faut aussi que les enseignants soient associés à la mise en application de la réforme. Faute de quoi elle sera vouée à l’échec", a-t-il encore fait savoir.

Pour Dave Sinardet, politologue à la VUB, le jeu de la N-VA consiste également à écorner l’image de Kris Peeters sur sa capacité à forger des compromis. Les récents sondages de popularité placent le ministre-président à la même hauteur et parfois devant l’homme fort de la N-VA. Mais rien ne dit pour l’instant que la N-VA, en jouant sa partition désormais connue de "un contre tous", ait misé juste.

Selon un autre sondage, réalisé par VTM, 60% des Flamands approuvent l’idée de reporter à 14 ans le choix de l’orientation d’étude. De plus, estime Dave Sinardet, si elle claque la porte du gouvernement en vue des élections, comme elle l’avait déjà fait en 2008, la N-VA prend le risque de se profiler comme un parti instable, incapable de prendre ses responsabilités.

En tout état de cause, une mise en œuvre de la réforme avant les élections relève désormais de l’impossible. Car il appartient au prochain exécutif d’en assurer la mise en œuvre. Et libre à lui d’amender le texte de fond en comble, s’il le souhaite.

Ce qui est bien la preuve que la discussion actuelle était purement politique.

Majorité alternative?

Devant le blocage de la N-VA, l’idée d’une majorité alternative avait été évoquée, puisqu’une chute du gouvernement est exclue au niveau des entités fédérées. Chez Groen, on appuiait sans réserve le projet de Pascal Smet. Les libéraux de l’Open Vld se montraient par contre plus nuancés. Hier après-midi, ils faisaient savoir qu’ils n’étaient pas opposés à l’idée d’un rapprochement entre enseignement général et enseignement technique et professionnel, mais à condition de préserver la possibilité pour ceux qui le souhaitent de se lancer très tôt sur le marché de l’emploi. L’Open Vld exigeait par ailleurs que la discussion ait lieu au parlement flamand et non plus à huis clos.

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