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Comment la Flandre se prépare à la montée de la mer

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Pour faire face à la montée du niveau de la mer, la Flandre devra investir des centaines de millions d’euros pour protéger sa côte. "Nous pouvons imaginer des scénarios dans lesquels nous devrons rehausser tellement les digues que les appartements inférieurs perdront leur vue sur la mer."

Les glaces polaires du Groenland et de l’Antarctique fondent plus vite qu’attendu par les experts et nous devons nous préparer à une hausse sensible du niveau de la mer. Dans un rapport retentissant, le groupe d’experts sur le climat de l’ONU, le Giec, a mis en garde la semaine dernière contre une hausse probable du niveau de la mer de plus d’un mètre d’ici la fin du siècle. Si nous ne réussissons pas à réduire les émissions de gaz à effet de serre, le niveau de la mer pourrait même monter de 5 mètres au cours des 300 prochaines années. Des villes seraient balayées et la progression de l’eau pousserait des millions de personnes à l’exode.

Si certains peuvent penser que ce sera un problème pour les générations futures, la rapidité des changements se fait déjà sentir, y compris en Flandre. Le risque de tempêtes augmente et, à cause de la montée du niveau de la mer, elles devraient provoquer davantage de dégâts auprès des habitants de la côte belge.

300 millions
Aujourd’hui, la Flandre investit 300 millions d’euros pour armer nos côtes jusqu’en 2050 contre une élévation du niveau de la mer de 30 centimètres.


Un quart des habitations menacé

Si l’on examine la carte de Flandre-Occidentale et que l’on se base sur une hausse du niveau de la mer de 80 cm d’ici la fin du siècle, on peut s’attendre à ce qu’en cas de tempête extrêmement violente, l’eau de mer envahisse Dixmude et l’intérieur de la ville de Bruges (cf. carte). Un quart de toutes les habitations des communes de la côte et des Polders risqueraient de se retrouver sous eau, avec des cas exceptionnels comme Bredene, où pratiquement tous les bâtiments seraient touchés par des inondations de 2,5m de haut.

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Ces projections – réalisées par la Vlaamse Milieumaatschappij (VMM ou société environnementale flamande) et la Vlaams Agentschap Maritieme Dienstverlening en Kust (MDK ou agence maritime et côtière flamande) – montrent ce qu’il adviendra si rien n’est fait. C’est pourquoi la Flandre investit déjà 300 millions d’euros pour protéger sa côte. Le Master Plan Kustveiligheid (Master plan de sécurité côtière) doit permettre aux communes de la côte de résister jusqu’en 2050 à la hausse attendue du niveau de la mer, soit 30 cm.

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Risque de tempêtes millénaires

Des tronçons de plages sont rehaussés pour jouer le rôle de brise-lames, les dunes sont renforcées, et des murs anti-tempêtes sont construits sur la digue de mer. À Nieuport, un barrage anti-tempêtes est en train d’être installé. Il s’agit d’un mur amovible en acier de 38m de large qui, en cas de montée des eaux, peut fermer le port et le protéger contre la violence des vagues.

Si le niveau de la mer monte de 50 cm, ces tempêtes "millénaires" se produiront peut-être tous les siècles.
Peter Van Besien
directeur de l’infrastructure côtière au MDK

Tous les travaux devraient être terminés d’ici cinq à six ans afin que la Belgique soit protégée jusqu’en 2050 contre une éventuelle tempête extrêmement violente qui, selon les statistiques, ne se produit qu’une fois tous les mille ans. Ces tempêtes sont le produit de marées d’équinoxe accompagnées d’un fort vent de nord-ouest, qui pousse l’eau en direction de notre côte. Les vagues frappent alors à une hauteur de 7m au-dessus du niveau de référence de la mer du Nord.

Lors de la tempête destructrice de 1953, l’eau avait atteint une hauteur de 6,66m au-dessus de son niveau de référence. Il ne faut pas en dire plus pour comprendre que l’on parle d’une tempête "millénaire".

Suite à la hausse du niveau de la mer, il semble de plus en plus probable que nous serons confrontés à de telles tempêtes au cours des prochaines décennies. "Si le niveau de la mer monte de 50 cm, ces tempêtes ‘millénaires’ se produiront peut-être tous les siècles, explique Peter Van Besien, directeur de l’infrastructure côtière au MDK. Cela exigera d’importants investissements supplémentaires pour adapter nos protections."

Rehausser la digue de mer?

Des chercheurs de différentes universités flamandes ont présenté cette semaine les conclusions finales d’une étude de quatre ans sur la résistance de notre côte aux changements climatiques. Ils ont conclu que les injections de sable sur les plages avaient atteint leur objectif et que notre côte était suffisamment protégée pour les 30 prochaines années.

L’aspect de notre côte changera drastiquement. Il est possible que nous devions rehausser la digue, construire de nouveaux murs anti-tempêtes et aménager des dunes devant la digue comme matelas de protection supplémentaire.
Peter Van Besien

"Mais si le niveau de la mer monte plus vite que prévu, comme le rapport du Giec l’annonce, nous devrons en faire davantage, explique le chef de projet Jaak Monbaliu, professeur d’ingénierie hydraulique à la KU Leuven. Si la côte n’est pas rehaussée en même temps que le niveau de la mer, ce sera catastrophique. Car en cas de tempête, l’eau passera au-dessus de la digue et inondera l’arrière-pays. Dans le scénario climatique du pire, il ne suffira plus de rehausser les plages avec du sable. Nous devrons utiliser les grands moyens."

Personne ne semble vouloir le dire clairement aujourd’hui, mais il semble inévitable que la digue de mer devra être rehaussée. "Nous devrons de toute façon la rehausser pour suivre la montée du niveau de l’eau, poursuit Van Besien. L’aspect de notre côte changera drastiquement. Il est possible que nous devions rehausser la digue, construire de nouveaux murs anti-tempêtes et aménager des dunes devant la digue comme matelas de protection supplémentaire. D’autres options comprennent la construction de talus sous-marins ou d’un chapelet d’îles artificielles pour protéger la côte. Nous ne pourrons plus nous contenter d’un petit mur de la hauteur d’un banc. Nous devrons prendre des mesures drastiques après 2050."

Les autorités publiques flamandes étudient actuellement les mesures supplémentaires éventuellement nécessaires. Le fait que les calottes polaires fondent plus vite qu’attendu constitue un problème majeur. "Si nous construisons aujourd’hui avec une vision à long terme, nous devons nous baser sur une hausse du niveau de la mer de 80 cm d’ici la fin du siècle, poursuit Van Besien. Mais cette montée s’accentue et nous devrons donc aussi accélérer nos efforts. Les petits murs anti-tempêtes actuels devraient théoriquement nous protéger jusqu’en 2070, mais peut-être devrons-nous les rehausser bien plus tôt."

Scénario catastrophe

Dans leurs études, les chercheurs flamands tiennent déjà compte d’un scénario catastrophe où les changements climatiques s’auto-renforceraient et où le niveau de la mer pourrait se situer à la fin du siècle 3m au-dessus de celui de 1990.

"En cas de hausse importante, il se peut que nous devions rehausser les digues au point que les appartements inférieurs perdront leur vue sur la mer et verront leur valeur s’effondrer, explique Jan Mees du Vlaams Instituut voor de Zee (VLIZ ou Institut flamand de la mer). Si nous arrivons à un point de rupture dans la fonte des pôles, cela aura des répercussions sur notre côte et la Flandre devra prendre des mesures drastiques."

Pas encore d'inquiétudes pour l'immobilier 

Personne ne peut pour l’instant avancer des chiffres précis, mais les investissements nécessaires pourraient se monter à plusieurs fois le budget actuel de 300 millions d’euros. "Jusqu’à présent, la hausse du niveau de la mer n’est que de 15 cm, et nous avons déjà dû déjà consentir beaucoup d’efforts au cours des dernières années, explique le professeur Monbaliu. Si vous imaginez que cette hausse pourrait être vingt fois plus importante, vous comprenez sans peine que les coûts augmenteront de manière astronomique."

Vu que nous ne savons pas à l’heure actuelle dans quelle mesure les humains réussiront à freiner le réchauffement de la planète, il est impossible d’évaluer avec précision le niveau de la mer au cours des 80 prochaines années. La Flandre essaie d’ailleurs de prévoir des investissements adaptatifs laissant une marge de manœuvre suffisante pour être modifiés en fonction de l’évolution de la situation. "Si nous rénovons aujourd’hui une partie de digue, nous étudions par exemple si nous ne pouvons pas dès à présent renforcer les fondations afin de pouvoir plus facilement rehausser ou élargir la digue ultérieurement si nécessaire", explique Van Besien.

Les habitants de la côte ne semblent pas s’inquiéter pour le moment de la montée des eaux. Les prix de l’immobilier sur la digue continuent à battre des records comme si de rien n’était. "La plupart des gens n’ont pas encore compris que le niveau de la mer montait, explique Mees. C’est une évolution à peine visible, car l’eau ne monte que de quelques millimètres par an et le danger n’est pas perceptible immédiatement. Mais je pars du principe que la Flandre – heureusement prospère – est en mesure de s’armer contre cette menace. Nous devons surtout bien contrôler la situation afin de pouvoir agir au bon moment."

La Flandre n’a pas d’autre option. "Même dans les scénarios les plus modérés, nous devons nous attendre à une montée du niveau de la mer de 2m, prévient Van Besien. Avec notre arrière-pays de faible altitude, nous n’avons pas d’autre choix que de protéger notre côte. Ce sera surtout une question de moyens. Au niveau politique, il a été décidé qu’il n’était pas question de renoncer à une partie de notre territoire."


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