Des entreprises également grugées dans l'affaire El Kaouakibi

La députée Sihame El Kaouakibi était l'étoile montante de l'Open Vld. ©Photo News

L'Open Vld a entamé une procédure d'exclusion à l'encontre de la députée soupçonnée d'avoir détourné des subsides. Des grandes entreprises auraient également été abusées.

C’est une affaire embarrassante pour les libéraux flamands. Au point que leur président Egbert Lachaert a demandé mercredi à la commission statutaire de l’Open Vld d’entamer une procédure d’exclusion à l’encontre de la députée Sihame El Kaouakibi. En résumé, il s’agit d’une affaire de détournement de subsides destinés au départ à la réinsertion de la jeunesse d’origine allochtone.

Reprenons les choses dans l'ordre. D’origine belgo-marocaine, Sihame El Kaouakibi, 34 ans, s’est fait connaître par le biais de Let’s Go Urban, une asbl visant à favoriser l’insertion des jeunes du Kiel, le quartier portuaire anversois. Se profilant en tant qu’activiste antiraciste, excellente communicatrice, elle a su séduire un large public de donateurs publics et privés. Des subsides ont été accordés par la Région flamande, le Fédéral et la Ville d’Anvers. Le tout pour près d’un million d’euros.

Entre-temps El Kaouakibi s’est lancée en politique et tous les partis lui ont fait les yeux doux pour la placer sur leur liste aux élections de 2019. Au final, ce sont Bart Somers et Gwendolyn Rutten, deux figures incarnant l’aile gauche de l’Open Vld, qui sont partis avec le trophée.

Opacité

C'est en février qu’éclate l’affaire des détournements de subsides au sein des nombreuses asbl constituées par El Kaouakibi et son associée, Erika Xuan Nguyen. Ces asbl d’aide à la jeunesse opèrent dans les quartiers difficiles d’Anvers mais aussi à Molenbeek dans le cadre du Plan Canal élaboré au lendemain des attentats du 22 mars 2016. L’objectif était de détourner la jeunesse de la tentation de la radicalisation. Ce sont trois administrateurs des asbl qui ont donné l’alerte en commandant un rapport d’audit qui a mis en évidence l’opacité des comptes des asbl en question.

Il est question de fausses factures visant à maquiller l’achat de mobilier destiné au domicile privé d’El Kaouakibi.

À la suite de cela, l’Open Vld a décidé de mettre la députée en retrait, le temps de laisser l’enquête suivre son cours. Let’s Go Urban a été placée sous la responsabilité d’une administratrice provisoire qui vient de livrer un rapport accablant auprès du tribunal de l’entreprise sur la gestion des asbl. Il y est notamment question de fausses factures visant à maquiller l’achat de mobilier destiné au domicile privé d’El Kaouakibi. Des photos circulent d’une cuisine et d’une chambre à coucher.

La Région flamande enquête sur ce qu’il est advenu des fonds alloués, tandis que la ministre fédérale de l’Intérieur Annelies Verlinden (CD&V) a demandé à l’Inspection spéciale des impôts de faire de même pour les subsides du Plan Canal.

Des entreprises grugées

Le scandale déborde d’ailleurs du monde politique puisque des entreprises réputées ont délié les cordons de la bourse pour soutenir financièrement les projets d’El Kaouakibi. Ainsi, Luc Bertrand (Ackermans & van Haaren), Françoise Chombar (Melexis), Thomas Leysen (KBC) et Paul Parein (ProNails) ont accordé un demi-million d’euros comme capital de départ pour le projet Wannawork, un projet visant à faciliter l’insertion des jeunes sur le marché du travail.

475.000
euros
Un montant de 475.000 euros alloué par quelques grandes entreprises à El Kaouakibi s'est volatilisé.

D’après le rapport de l’administratrice provisoire, Wannawork a tranféré 475.000 euros sur le compte d’une société d’El Kaouakibi, Point Urban, qui organise des événements dans la Jordaens Huis, un immeuble de prestige dans le cœur historique d’Anvers. Point Urban a été déclarée en faillite au mois de mars.

"Nous voulions par le biais de ce projet aider les jeunes à trouver un emploi."
Luc Bertrand
Ackermans & van Haaren

Interrogé par nos confrères du Tijd, Luc Bertrand ne cache pas sa déception face à la tournure prise par les événements. "Nous voulions en effet par le biais de ce projet aider les jeunes à trouver un emploi et il est très regrettable qu’une figure charismatique comme Sihame El Kaouakibi se retrouve ainsi dans les médias. Ça fait mal."

Pour l’instant, on ne sait pas ce qu’il est advenu des 475.000 euros. Le curateur de Point Urban a demandé à pouvoir rencontrer El Kaouakibi pour faire la lumière sur cette question. Cette rencontre a été reportée à trois reprises jusqu’ici.

Le résumé

  • L'Open Vld a entamé une procédure d'exclusion à l'encontre de la députée Sihame El Kaouakibi, soupçonnée de malversations.
  • La députée gérait une myriade d'asbl actives dans l'insertion professionnelle des jeunes défavorisés d'Anvers.
  • Les révélations embarrassantes se succèdent et laissent apparaître un vaste système de détournement de subsides.
  • Des grandes entreprises comme AvH, Melexis et KBC lui avaient également accordé leur confiance en effectuant des dons.

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