Des propriétaires s'estiment lésés par Lippens et saisissent le Conseil d'État

©Dieter Telemans

Suite à la décision de Knokke-Heist de requalifier des terrains à bâtir en zone agricole, plusieurs familles ont décidé de s’adresser au Conseil d’État.

Le développement du domaine Tolpaertpolder à Knokke continue à faire des vagues. La commune compte en effet construire un nouveau quartier résidentiel dans la grande zone verte située au cœur de Knokke-Heist. Ce projet devrait à terme accueillir 450 logements. Mais plusieurs questions se posent sur le processus visant à transformer le domaine – aujourd’hui encore classé comme terrain agricole – en zone d’habitation, avec comme personnage central le bourgmestre de Knokke, Leopold Lippens.

La famille de Lippens – bourgmestre de Knokke-Heist depuis 40 ans – possède la majeure partie des terrains à bâtir.

La famille de Lippens – bourgmestre de Knokke-Heist depuis 40 ans – possède la majeure partie des terrains à bâtir. La semaine dernière, le parquet de Bruges a annoncé qu’il avait ouvert une enquête sur de possibles conflits d’intérêts dans le chef de Leopold Lippens. Un audit de l’agence publique flamande Audit Vlaanderen a mis en lumière la présence du bourgmestre lors de débats au conseil communal sur les changements d’affectation du quartier Tolpaertpolder.

Une requête introduite auprès du Conseil d’État apporte une dimension supplémentaire au dossier. Elle vient de deux familles qui agissent conjointement dans l’intérêt d’une dizaine de propriétaires de 20 hectares de terrains dans le village de Westkapelle, qui fait partie du territoire de Knokke. Ce terrain est classé depuis des décennies comme zone d’extension d’habitat – c’est-à-dire que lorsque la demande d’habitations augmente, elle est la première à être lotie, conformément à la législation flamande. Mais dans un récent plan d’aménagement de la commune, ces terrains ont été reclassifiés en zone agricole, ce qui se traduit par une perte financière considérable pour les propriétaires.

"La législation flamande ne permet pas de créer comme on veut de nouvelles zones d’habitation."
Erika Rentmeesters
Avocate des plaignants

D’après les familles concernées, ce changement d’affectation a été décidé pour permettre le développement du projet Tolpaertpolder. "La législation flamande ne permet pas de créer comme on veut de nouvelles zones d’habitation, explique Erika Rentmeesters, avocate des plaignants. "Pour changer l’affectation du domaine agricole du Tolpaertpolder, il faut le compenser par un changement d’affectation d’autres terrains." D’après les propriétaires concernés, leur terrain à bâtir potentiel a donc été sacrifié au profit des projets de construction sur des terrains de la famille Lippens. Les projets seront – soit dit en passant – réalisés par la Compagnie Le Zoute, dont la famille Lippens est actionnaire.

Dans une réaction, l’échevin de l’aménagement du territoire Kris Demeyere dément que la décision de supprimer la zone d’extension d’habitat de Westkapelle ait été prise pour permettre le développement du projet immobilier dans le domaine Tolpaertpolder. "Il n’y a aucun lien entre ces deux dossiers", peut-on entendre. "La décision a été prise d’un point de vue urbanistique. La zone de Westkapelle est trop éloignée de certains services comme les transports en commun et les installations sportives. S’y ajoute le fait qu’une entreprise agricole est aujourd’hui active sur ces terrains, et qu’il faut lui donner toutes les chances de se développer. De plus, le domaine est inondable. Il y a donc de meilleures options à Knokke-Heist."

©Mediafin

Pour les propriétaires des terrains de Westkapelle, ces arguments sont spécieux. "La zone Tolpaertpolder est peut-être plus proche de la gare, mais l’extension de la zone d’habitat à Westkapelle est notamment plus proche de l’hôpital et de la déchetterie", expliquent-ils. "L’entreprise agricole dont il est question est en réalité un homme de 72 ans sans héritiers et membre de la famille de trois propriétaires des terrains concernés. Il n’y a donc aucun problème de ce côté-là. Et, le seul terrain inondable est une petite bande de terre autour d’un ruisseau."

D’après les propriétaires de ces terrains, tout montre dans ce dossier que les décisions ont été prises au bénéfice du développement du Tolpaertpolder. Ils demandent donc l’annulation du plan d’aménagement du territoire ayant requalifié leurs terrains en zone agricole.

Perte de valeur des terrains

La différence de prix entre le m² de terrain à bâtir et le m² de terrain agricole est abyssale.

Pour les parties concernées, les enjeux financiers sont importants. Elles n’ont pas encore calculé avec précision la perte de valeur potentielle de leurs terrains, mais la différence de prix entre un mètre carré de terrain à bâtir et un mètre carré de terrain agricole est abyssale, en particulier dans la très chère ville de Knokke. Et les propriétaires voient surtout le potentiel de leurs terrains leur passer sous le nez. Si la zone d’extension d’habitat était un jour lotie – le scénario le plus probable pendant plusieurs décennies – ce terrain aurait représenté une mine d’or pour ses propriétaires. À titre d’exemple: à Knokke, le prix moyen par mètre carré d’un terrain à bâtir se monte aujourd’hui à 460 euros. Pour les terres agricoles, il ne dépasse pas 6,5 euros par mètre carré.

Étant donné que leur requête n’est pas suspensive, la commune peut entre-temps poursuivre le projet de développement du Tolpaertpolder. "L’objectif de mes clients n’est pas de bloquer ce projet", explique Erika Rentmeesters, "mais ils ne veulent pas être les dindons de la farce."

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