Egbert Lachaert: "Le PS ne peut à la fois exclure la N-VA et refuser tout concession à l'Open VLD et au CD&V"

©Jonas Lampens

Egbert Lachaert, chef de groupe Open Vld à la Chambre, est candidat à la présidence de son parti. Il se donne pour mission de renforcer les racines idéologiques des libéraux flamands et de renouveler la direction du parti.

"Barack Obama", répond d’emblée Egbert Lachaert à la question de savoir quelle est la personnalité dont il s’inspire dans sa course à la présidence de l’Open Vld. "Le parti a besoin d’un Obama qui puisse lui faire retrouver ses racines et redonner de l’espoir. Je souhaite être cette personne." Âgé de 42 ans, il s’est lancé dans la course à la succession de Gwendolyn Rutten. Il a pour adversaires le bourgmestre d’Ostende Bart Tommelein et la députée Els Ampe.

CV express

- Né à Gand en 1977.

- Juriste (UGent).

- Conseiller communal à Merelbeke depuis 2006 et premier échevin depuis 2019.

- En 2012, il perd l’élection présidentielle face à Gwendolyn Rutten.

- Élu à la Chambre en 2014.

- Réélu à la Chambre en 2019 où il devient chef de groupe.

- Se présente à nouveau pour la présidence de l’Open Vld.

Lachaert, chef de groupe Open Vld à la Chambre, est considéré comme le candidat de l’aile bleu foncé de son parti, une qualification que ce juriste de formation n’aime pas trop. Il s’est clairement opposé à Rutten lors de ses discussions avec l’ancien informateur royal Paul Magnette (PS) sur un gouvernement arc-en-ciel. "Si nous avions accepté de gouverner avec Magnette, nous aurions mis en danger l’existence même du parti", estime-t-il. Tommelein est considéré comme le candidat arc-en-ciel et Ampe se présente comme une candidate anti-establishment.

En 2012, lorsque Lachaert – alors un parfait inconnu – s’est lancé dans la course à la présidence, il a conçu sa campagne avec quelques amis autour d’un verre. Cette fois, il adopte une approche plus professionnelle: au cours des prochains jours et semaines, des libéraux connus et moins connus rejoindront la "Team Egbert" Mais son mantra reste malgré tout très proche de celui de 2012: le parti doit revenir à ses racines, le discours libéral doit être mieux mis en avant et la direction du parti doit se renouveler.

Suite au flirt entre les rouges, les bleus et les verts, une guerre a éclaté au sein de votre parti. Comment comptez-vous ramener le calme si vous êtes élu président?

Une partie des membres du parti souhaitait donner une chance aux négociations arc-en-ciel, estimant que nous devions nous profiler contre la N-VA. Je n’y ai pas cru, car je pense que c’est une erreur de définir la ligne d’un parti en fonction de ce que dit ou fait un autre parti. De plus, nous avons constaté que ce que proposait Magnette dans sa note d’information était contraire à la politique menée par le gouvernement Michel au cours des cinq dernières années. Sa note était imbuvable, tant pour moi-même que pour les parlementaires de mon parti, ainsi qu’une grande partie de nos bourgmestres et de nos militants. Nous craignions aussi de perdre notre crédibilité en nous lançant dans ce type de coalition. Je ne nie pas que les discussions aient été vives au sein du parti, mais les divergences de vue ont été aplanies et en ce qui me concerne, le chapitre est clos.

Mais cet épisode m’a renforcé dans l’idée que le parti avait besoin de clarté. Nombreux sont ceux qui ne savent plus ce que nous défendons. Je souhaite redonner confiance en retournant à nos racines et expliquer en langage clair ce que le libéralisme signifie. C’est pourquoi nous devons mettre davantage l’accent sur le socio-économique. Le marché de l’emploi et la politique fiscale doivent revenir au centre des discussions. Nous sommes là pour ceux qui travaillent et entreprennent. Ce sont eux qui créent de la richesse dans notre société. C’est la seule manière de garantir des pensions décentes et la pérennité de notre sécurité sociale.

Le PS devra finir par comprendre qu’il ne peut pas à la fois exclure la N-VA et refuser toute concession au niveau du programme à mon parti et au CD&V.

Vu le recul de votre parti au cours des vingt dernières années, la N-VA a repris ce thème à son compte.

Au niveau socio-économique, nous sommes sur la même longueur d’onde, mais nous devons redevenir leaders de cette thématique. La N-VA est et reste un parti dont le premier article des statuts a comme objectif l’indépendance de la Flandre. Cela signifie que le socio-économique n’est pas sa priorité. Nous l’avons encore constaté lors de la chute du gouvernement Michel, lorsque la N-VA a préféré s’opposer à l’accord sur la migration – un texte non contraignant – au lieu de mettre en œuvre les réformes socio-économiques prévues.

Souhaitez-vous faire de l’Open Vld un parti dont l’accent sera mis exclusivement sur le socio-économique?

Non, j’ai deux autres priorités, à savoir la sécurité et la migration. La sécurité est une des missions essentielles des pouvoirs publics, mais beaucoup de citoyens ordinaires se sentent abandonnés. Dans le gouvernement Michel, les ministères de l’Intérieur et de la Justice ont été respectivement confiés à la N-VA et au CD&V, ce qui nous a forcés à mettre ces thèmes de côté. C’est problématique, car si nous ne réussissons pas à mettre fin au sentiment d’impunité, les gens ne reprendront pas confiance dans le monde politique. Quant au débat sur l’immigration, nous l’avons trop longtemps laissé à l’extrême-droite – qui discrimine – et à l’extrême gauche – qui souhaite offrir un logement social à chaque réfugié. Nous devons proposer un récit libéral entre ces deux extrêmes.

Vous vous profilez sur les thèmes de la sécurité et de la migration, qui sont des thèmes favoris de l’extrême droite…

(il interrompt) Je déteste ces étiquettes. Je suis tout d’un coup étiqueté libéral de droite, alors que quand j’étais président du CPAS de Merelbeke, j’étais considéré comme un libéral très sensible aux matières sociales. Je trouve que je suis un libéral cohérent.

La sécurité est une des missions essentielles des pouvoirs publics mais beaucoup de citoyens ordinaires se sentent abandonnés.

Revenons à la formation du gouvernement. Êtes-vous prêt à envisager d’entrer au gouvernement, y compris si c’est la fameuse Coalition 77 – arc-en-ciel + DéFI – ou la Coalition 80 – arc-en-ciel + cdH?

Depuis l’éviction d’Emir Kir du PS, une coalition arc-en-ciel n’est mathématiquement plus possible. La Coalition 77 n’est pas davantage une option. L’arc-en-ciel ne dispose pas d’une majorité en Flandre, mais d’une large majorité en Belgique francophone. Si nous acceptons une coalition avec Défi – un parti de gauche qui n’a jamais cessé de critiquer la Flandre – nous augmentons le poids déjà prépondérant des francophones, ce qui n’est pas acceptable. Si la N-VA refuse de faire partie de la coalition, il faudra un gouvernement avec le CD&V. Un gouvernement sans les trois plus grands partis n’est pas envisageable. Le PS devra finir par comprendre qu’il ne peut pas à la fois exclure la N-VA et refuser toute concession programmatique face à mon parti et au CD&V.

Donc, ce sera "Vivaldi" ou de nouvelles élections?

Voyons d’abord si la N-VA et le PS peuvent former ensemble un gouvernement. Ensuite, nous verrons.

Si nous nous étions lancés dans la coalition arc-en-ciel de Paul Magnette, nous aurions mis en danger l’existence même du parti.

Le pays est bloqué. Comment éviter que cela ne se reproduise à l’avenir?

Je ne suis pas entré en politique pour revivre une année comme l’an dernier. Je souhaite pouvoir réformer, et cela ne sera possible que si nous disposons d’un État et d’un système électoral qui fonctionnent. Nous ne pouvons pas rester indéfiniment en affaires courantes. Nous devons trouver un mécanisme de déblocage et l’inscrire dans la Constitution. Il existe plusieurs options: on pourrait envisager que s’il n’y a toujours pas de gouvernement six mois après les élections, on forme automatiquement un gouvernement fédéral composé des partis au pouvoir dans les Régions et Communautés. Par ailleurs, nous devons aussi oser envisager une réforme de l’État.

Une réforme de l’État? Votre parti estime pourtant que ce n’est pas une priorité?

Parce que lors des réformes précédentes, il a toujours été question de "symboles". Résultat: nous disposons des pouvoirs publics les plus chers au monde. Nous n’avons pas envie de discussions sans fin sur davantage de fédéralisme ou sur le confédéralisme. La question que nous devons nous poser, c’est comment réduire de 5% les coûts des pouvoirs publics. Le marché du travail en est peut-être le meilleur exemple. Pour travailler plus efficacement, il vaut parfois mieux scinder. Par contre, la politique climatique devrait être ramenée au niveau fédéral, car la problématique du climat ne s’arrête pas aux frontières.

Comment pensez-vous convaincre les francophones, qui continuent à se dire "demandeurs de rien"?

En 2024, les francophones mettront sur la table une réforme de la loi de financement parce qu’ils ont des problèmes financiers. Par ailleurs, tout le monde peut voir que la situation de la Région bruxelloise n’est pas tenable. Idem avec le gouvernement fédéral, qui étouffe de plus en plus et qui ne dispose pas des moyens pour s’acquitter de ses missions principales. Nous devons oser repenser le système en dehors de tout symbole.

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