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Faut-il avoir peur du PTB?

Enquête sur le parti d’extrême-gauche qui a fait un "carton" aux dernières élections communales.

Le Parti du travail de Belgique (PTB) est indiscutablement la force politique qui monte dans notre pays. Aux élections, le parti d’extrême gauche a doublé son nombre de mandataires communaux. A ce train-là, il est en bonne voie pour décrocher un ou des sièges parlementaires en 2014. Ce sera un enjeu crucial: à la clé, il y a un financement public pour un parti qui vit, jusqu’à présent, uniquement sur les cotisations de ses membres.

Son ascension est aussi médiatique: les publications de son service d’études – par exemple sur les avantages fiscaux des grandes entreprises — sont largement diffusées, plaçant les firmes visées sur la défensive. Le dernier livre de son président Peter Mertens ("Comment osent-ils?") a trôné quelque temps parmi les meilleures ventes en librairie. Ses campagnes sont bien rodées, servies par une communication habile, professionnalisée, percutante et sympa.

Pourtant, le PTB n’est pas une nouveauté. Il a été fondé en 1979, soit à peu près à la même période qu’Ecolo. Ses scores et son audience ont toujours été confidentiels. Mais les choses changent.

Fiche d’identité

  • Fondé en 1979, le PTB compte environ 5.500 membres (contre un millier en 2004).
  • Aux dernières élections, il a obtenu 31 mandats de conseiller communal (à Liège, Charleroi, Mons, Herstal, Seraing, La Louvière, Anvers, Genk…), contre 15 en 2006.
  • Aux législatives de 2010, il a recueilli un peu plus de 100.000 voix (soit 1,55%) au niveau national.
  • C’est un parti unitaire, dont l’appellation en néerlandais est PVDA (Partij van de Arbeid van België).
  • Son président est Peter Mertens, un sociologue anversois.

Transformation interne

Sa percée actuelle est d’abord le fruit d’une transformation interne, à tout le moins de façade, opérée au milieu des années 2000 et confirmée lors d’un congrès en 2008. Renouvelant une bonne partie de ses cadres, il s’est alors débarrassé de ses oripeaux marxistes-léninistes et de ses rêves de grands soirs révolutionnaires pour privilégier une approche plus concrète et, de son propre aveu, moins dogmatique.

"Historiquement, c’est un parti maoïste, valorisant les figures comme Marx, Engels, Lénine, Staline, Mao, Hodja. Jusqu’en 2005-2006, le parti a été largement incarné par son fondateur Ludo Martens, garant d’une certaine pureté révolutionnaire", indique Pascal Delwit, politologue à l’ULB. "Depuis 2008, il ne présente plus sur le devant de la scène son programme et son projet de société. Il se focalise sur quelques éléments symboliques et attractifs: la lutte pour la baisse de prix des médicaments ou de l’énergie, pour une taxe des millionnaires…

Cela frappe les imaginations et ça peut rencontrer un écho parmi des publics très différents", explique-t-il. Certains y voient du populisme et de la démagogie. La réalité est sans doute plus complexe. D’un côté, il y a effectivement une posture facile, d’opposition radicale, qui peut ne présenter que la vérité qui l’arrange sans se soucier des conséquences. "Presque tous les grands partis sont au pouvoir à un niveau ou l’autre. Cela ouvre un espace pour une formation qui tient un discours clair et concret, d’autant que le PTB n’a aucune prétention et aucune volonté d’exercer les responsabilités", souligne Pascal Delwit. D’un autre côté, le parti ne se contente pas de slogans creux ou flatteurs. Qu’on les aime ou pas, les publications de son service d’études sont étayées… et ne sont pas prises en défaut d’inexactitude.

Idéologie

Derrière cette vitrine, l’idéologie du parti est-elle dangereuse?  "Aucun document ne revient sur leur profil marxiste-léniniste. Ils en gardent de nombreuses références. Mais il y a eu une évolution vers une approche plus réformiste. Aujourd’hui, c’est difficile de dire quelle ligne idéologique ils adoptent", répond Pascal Delwit. Peut-on les qualifier d’antidémocratique? "Toute la question est de savoir si une démocratie représentative peut tolérer un parti qui critique le régime lui-même. De mon point de vue, oui. Le PTB plaide toujours formellement pour l’avènement d’une révolution socialiste et conteste la démocratie représentative telle qu’elle fonctionne aujourd’hui", estime le politologue.

"Le terme qui nous définit le mieux, c’est marxiste du 21e siècle", défend pour sa part Raoul Hedebouw, le porte-parole du PTB. "Nous avons une grille de lecture idéologique forte. Il faut revenir à un débat sur le type de société que nous voulons. Le PTB s’inscrit dans cette tradition marxiste qui dit que les grands moyens de production doivent être sous contrôle démocratique. Ce n’est pas un secret: nous voulons que le secteur bancaire soit sous statut public par exemple. Mais nous sommes un parti d’avenir: nous ne voulons pas reproduire toutes les expériences du passé réalisées dans d’autres pays", insiste Raoul Hedebouw.

Contexte favorable

Le PTB profite aussi d’un contexte favorable. "Il peut y avoir un électorat de gauche perturbé par la participation du PS aux réformes des pensions et des allocations de chômage et, plus globalement, par un contexte de rigueur économique et social difficile", souligne Pascal Delwit. Dans les prochaines années, le terrain restera propice à des votes de sanction ou de protestation. "Mais le succès du PTB aux élections va amener à ce qu’on s’y intéresse davantage. Les autres partis, notamment le PS et Ecolo, vont aussi chercher à montrer ce qu’il y a derrière. Le PTB devra donc présenter plus clairement son projet alors qu’il est pour l’instant dans un registre de communication", tempère Pascal Delwit. S’il veut grandir, le PTB "devra aussi se positionner par rapport à sa participation au pouvoir. Est-il prêt à y être associé, ce qui signifie en Belgique accepter des compromis? Actuellement, il épingle tout ce qu’il faudrait faire mais seulement dans un contexte où il serait seul au pouvoir", ajoute le politologue.

Pour 2014, le PTB devra aussi composer avec la concurrence d’autres formations, notamment le dernier né qu’est le Mouvement de gauche de l’ex-Ecolo Bernard Wesphael. L’éparpillement des voix, à la gauche du PS, rend plus difficile d’atteindre le seuil électoral de 5%.

Militants syndicaux

Le service d’études du PTB, un sérieux poil à gratter

Le service d’études du PTB est, sans conteste, un acteur clé du regain de notoriété du Parti des travailleurs de Belgique (PTB). Après avoir évolué dans une certaine discrétion durant des années, il a commencé à secouer le landerneau économico-politique depuis près de 5 ans avec des analyses critiques notamment sur le système de santé, les intérêts notionnels dont bénéficient certaines grandes entreprises (qui enregistrent de plantureux bénéfices, mais paient peu d’impôts comme ArcelorMittal, Electrabel, etc.) ou encore des propositions comme l’abaissement de la TVA sur l’électricité et le gaz de 21 à 6% et la problématique des pensions.

«On s’est jamais caché qu’on s’inspire du marxisme, mais on ne fait pas de l’idéologie pour de l’idéologie. Nos études se basent sur des faits et des données irréfutables et sont réalisées par des collaborateurs spécialisés chacun dans un domaine bien précis», dit David Pestieau, directeur du service d’études du parti d’extrême gauche. Contrairement aux officines des partis traditionnels (Institut Emile Vandervelde/IEV du PS, Etopia pour Ecolo, Centre Jean Gol pour le MR, le CEPESS pour le cdH), le service d’études du PTB a des moyens limités.

Il fonctionne avec deux permanents rémunérés: Herwig Lerouge et David Pestieau. Les collaborateurs (une vingtaine) sont des bénévoles dont plusieurs sont engagés au sein du parti ou en partagent les options politiques. À titre d’exemple, l’expert fiscal, Marco Van Hees travaille à mi-temps au ministère des Finances à Mons, Tom De Meester, l’expert «Énergie» est un local du PTB à Gand. Les analyses se basent sur des données officielles, notamment celles de la BNB, du Bureau du plan ou encore du Conseil supérieur de l’économie. Le service s’inspire aussi des analyses publiées à l’étranger. Il a des contacts avec des membres du Groupe de recherche pour une stratégie économique (Gresea) ou du réseau Attac. Il bénéficie des réflexions d’universitaires ou d’avocats. «Notre ambition est d’élargir nos analyses à tous les sujets de société et d’avoir plus de permanents qui travaillent pour le service», conclut David Pestieau.

Le parti est dirigé principalement par son bureau politique, un petit groupe d’une dizaine de personnes. Il est structuré géographiquement mais aussi socialement. "Nous avons des sections d’entreprise, par exemple chez Arcelor, TNT, dans le service public… C’est important car une bonne partie du rapport de forces dans le combat politique et social émane du rapport de forces syndical dans les entreprises", indique Raoul Hedebouw. Le PTB recrute parmi des délégués syndicaux, notamment (mais pas seulement) à la FGTB. Son principal expert fiscal est Marco Van Hees, un inspecteur des impôts syndiqué à la CGSP.

Le PTB s’appuie aussi sur un militantisme actif. En son sein, les professionnels de la politique sont une poignée. Et le salaire des plus hauts dirigeants est très modeste. "Mon salaire, c’est 1.400 euros par mois. C’est un choix et un principe", s’enorgueillit Raoul Hedebouw. Pour le reste, c’est du bénévolat. Et beaucoup de travail de terrain. On retrouve les "pétébistes" dans les petits et grands conflits sociaux, dans les piquets de grève, dans les comités de quartier, dans les comités contre la "chasse aux chômeurs", pour le maintien des bureaux de poste, etc.… "Nous partons de la rue, de l’écoute des gens. À partir de là, on suscite une approche dynamique et collective. On ose sortir des cadres feutrés, par exemple d’un conseil communal, pour revenir mener le débat avec la population", vante Raoul Hedebouw.

Dans les universités, c’est son mouvement de jeunes, Comac, qui tente de séduire les étudiants. Il est très présent à l’ULB en particulier. Mais le PTB a peu de relais, en tout cas à découvert, parmi le personnel académique. Le réseau du parti passe aussi par un cabinet d’avocats "Progress Lawyers Network", implanté à Anvers et Bruxelles.

Médecine pour le peuple

Il faut encore épingler l’importance de "Médecine pour le peuple", un réseau de maisons médicales situées dans des quartiers défavorisés où les soins de santé de première ligne (généralistes, infirmiers, kinés…) sont gratuits (selon le principe du forfait). Environ 25.000 patients y sont inscrits. "Médecine pour le peuple" est implantée dans dix villes ou communes. Dans chacune d’entre elles, le PTB a un élu et y réalise ses meilleurs scores électoraux… Le parti n’a d’élu que dans trois communes où de telles maisons médicales ne sont pas présentes. Exemple à Bruxelles: le PTB a deux élus, à Molenbeek et à Schaerbeek, précisément les deux communes où se trouve "Médecine pour le peuple"… Son président, Dirk Van Duppen, est conseiller PTB à Anvers. Il est aussi le grand promoteur en Belgique du "modèle kiwi", qui consiste à lancer des appels d’offres auprès des firmes pharmaceutiques pour le remboursement des médicaments. Il est évident qu’une partie de la patientèle de ces maisons médicales vote PTB.

Pour populariser ses idées, notamment auprès des jeunes, le parti organise aussi en septembre chaque année, via "Médecine pour le peuple" et son hebdomadaire "Solidaire", une "manifiesta", une "fête de la solidarité" inspirée de la "Fête de l’Huma" en France.

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