analyse

Jan Jambon déjà sous le feu de l'opposition et des fonctionnaires

©BELGA

La déclaration gouvernementale du nouveau ministre-président a donné lieu à un incident au sujet de l’absence de données budgétaires. La fonction publique, elle, prépare des actions.

Ce devait être une "déclaration de septembre". Ce fut finalement une "déclaration d’octobre" que le nouveau ministre-président Jan Jambon (N-VA) a prononcée mercredi devant le Parlement flamand. Il l’a fait après avoir prêté préalablement serment entre les mains du roi Philippe, tandis que les huit ministres qui composent son équipe (voir infographie) ont prêté serment devant les députés flamands.

Les noms des ministres N-VA (Ben Weyts, Zuhal Demir et Mathias Diependaele) étaient pressentis depuis un certain temps déjà. Le CD&V, lui, est venu avec du "lourd": Hilde Crevits et Wouter Beke. Le "petit nouveau" Benjamin Dalle aux Affaires bruxelloises est en revanche une surprise. Côté Open Vld, il a fallu attendre mercredi midi pour connaître le second ministre qui accompagnera Bart Somers. Le poste est revenu à Lydia Peeters, déjà ministre dans le gouvernement sortant.

©MEDIAFIN

Une main tendue aux jeunes

Dans son discours, Jan Jambon a tenu à répondre à certaines critiques entendues dès l’annonce, lundi, du nouvel accord. La première a trait au climat, qui fait figure de parent pauvre dans le programme. Jan Jambon s’est adressé aux jeunes en particulier, les invitant à "ne pas céder au catastrophisme". "Je lance un appel à nos jeunes", a-t-il dit. "N’abandonnez pas l’espoir. Nous aurons besoin plus que jamais de vous pour réaliser le passage à une économie circulaire. C’est avec votre engagement, aujourd’hui, sur les bancs de l’école, que nous gagnerons la bataille contre le changement climatique."

Pour rappel, la Flandre ambitionne de réduire de 80% ses émissions de CO2 d’ici 2050, alors que la Wallonie a promis une économie décarbonnée à 100% pour la même date.

Jambon a également voulu répondre aux accusations de dérive identitaire en matière de politique migratoire et d’intégration. "Nous apporterons chaleur et sécurité à tout qui est né, grandit, habite, travaille et vit ici. Mais aussi à ceux qui veulent construire une nouvelle vie ici et s'inscrivent complètement dans notre communauté. Celui qui veut faire partie de notre communauté mérite une chance. Mais nous attendons de chacun qu’il contribue."

Jan Jambon s’est défendu face aux accusations de dérive identitaire.

Le nouveau ministre-président a aussi dit son horreur du racisme. "J’en fais une affaire d’honneur que ce gouvernement s’attaque à toute forme de discrimination. Et cela ne sera possible que si nous sommes capables de nous défendre en tant que communauté et individus. La neutralité dans les pouvoirs publics, dans l’enseignement public, les normes de reconnaissance plus strictes des communautés religieuses et des écoles, le ministre flamand de la Justice, la politique d’exécution des peines… Tout cela vise à maintenir la liberté dans notre société."

Jan Jambon n’a par contre pas pu éviter la pression de l’opposition concernant le budget. Vlaams Belang, Groen, sp.a et PVdA ont exigé du nouveau chef du gouvernement les tableaux des estimations budgétaires. Jambon a promis d’aborder ces chiffres en commission la semaine prochaine. Ce qui n’a nullement satisfait l’opposition. L’incident a provoqué une suspension de séance.

L’opposition a fait valoir que l’ordre du jour mentionnait la présentation du budget 2020. Mais Jambon, déjà surnommé "sterke Jan", n’a pas cédé et a réitéré son rendez-vous avec l’opposition la semaine prochaine pour les détails du budget. On sait déjà que l’équilibre ne sera pas atteint en 2020 mais seulement à partir de 2021.

Wouter Beke quitte de Fédéral

Wouter Beke quitte le gouvernement fédéral d’affaires courantes, où il occupait depuis juin dernier le poste de ministre de l’Économie et de l’Emploi à la place de Kris Peeters, parti à l’Europe. Beke fait désormais partie du gouvernement flamand, en charge du Bien-être. Il sera remplacé par Nathalie Muylle, 50 ans, jusqu’ici députée fédérale, spécialisée dans les matières liées à la santé. Elle a ainsi poussé à l’interdiction de fumer dans l’horeca.

Beke quitte également son poste de négociateur fédéral. "Si vous faites des choix, il faut être conséquent", a-t-il justifié. Pour le remplacer, Beke pense à Koen Geens, l’actuel ministre de la Justice, "mais aussi à un certain nombre d’autres personnes qui ont été étroitement associées au processus". Les chrétiens-démocrates ont promis de fournir le nom de son/sa remplaçant(e) au plus tard au moment de la remise par les deux informateurs Johan Vande Lanotte (sp.a) et Didier Reynders (MR), de leur rapport final au Roi, soit officiellement début octobre.

Tout juste le ministre-président a-t-il accepté de lâcher le chiffre des nouveaux investissements pour les cinq prochaines années, à savoir 1,65 milliard d’euros qui iront notamment aux bâtiments scolaires, aux logements sociaux, aux travaux d’infrastructures et à la culture.

Fonctionnaires ulcérés

Plutôt que de cette première salve de critiques de l’opposition, le nouveau gouvernement devra sans doute davantage se méfier de la grogne qui menace déjà au sein de la fonction publique. L’accord de majorité prévoit en effet de mettre un terme à la nomination des fonctionnaires. Une annonce perçue comme une déclaration de guerre par le SLFP-VSOA, le syndicat libéral de la fonction publique. Il déplore un "manque total de respect pour son propre personnel" dans le chef du gouvernement. Il regrette également le peu de concertation encore possible. "Cela nous oblige à envisager dès maintenant un préavis de grève générale."

La coupole du syndicat libéral, la CGSLB, s’inquiète pour sa part de l’extinction du bonus logement, de l’accès à l’enseignement qu’il juge fragile et, enfin, du peu de mesures pour le climat. Il déplore en outre certaines mesures "particulièrement populistes", comme le service communautaire obligatoire pour les chômeurs de longue durée.

La discussion parlementaire suivie du vote de confiance est prévue ce vendredi.

Valse de sièges présidentiels au CD&V et à l’Open Vld
  • Compte tenu du mauvais résultat réalisé par son parti le 26 mai, le président du CD&V Wouter Beke (44 ans) ne se représente plus. Il aura passé neuf années à la tête du parti. Les élections présidentielles doivent se tenir en décembre.
  • Depuis que Hilde Crevits a renoncé au poste, plusieurs noms circulent pour succéder à Wouter Beke, à commencer par celui de Hendrik Bogaert (51 ans). Plus à droite que Beke, il a toujours affirmé qu’il était hors de question de monter dans un gouvernement fédéral sans la N-VA.
    Issu également de l’aile droite du parti, Pieter De Crem (57 ans) serait un autre candidat potentiel. Un nouveau nom circule depuis peu, celui de Vincent Van Peteghem (38 ans). Député à la Chambre depuis deux ans et demi seulement, il s’est fait connaître ces dernières semaines en tant que porte-parole du fameux groupe des "douze apôtres", chargé d’analyser les causes de la débâcle électorale. Enfin, il y a le président des jeunes CD&V Sammy Mahdi (31 ans), à l’aise sur les médias sociaux.
  • Chez les libéraux, le scrutin présidentiel aura lieu plus tard encore, en mars 2020. La présidente Gwendolyn Rutten n’a pas encore fait connaître ses intentions. Elle est contestée par l’ancien ministre et actuel bourgmestre de Courtrai Vincent Van Quickenborne mais qui n’est pas candidat. Il appuie le député Egbert Lachaert, favorable à une coalition "bourguignonne" (libéraux, socialistes et N-VA) au Fédéral. Le jeune bourgmestre de Staden Francesco Vanderjeugd est également candidat. Il voudrait changer le nom du parti. Enfin, le bourgmestre d’Ostende Bart Tommelein n’exclut pas non plus de se jeter dans la bagarre présidentielle.

 

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect