Joke Schauvliege emportée par la vague climatique

Les larmes de Joke Schauvliege lors de l'annonce de sa démission ce mardi soir. ©BELGA

La ministre flamande démissionne après un dérapage verbal sur les manifestants du climat.

C’est une Joke Schauvliege en larmes qui a annoncé ce mardi soir sa démission en tant que ministre flamande de l’Environnement après ses propos complotistes et mensongers du week-end dernier au sujet des récentes manifestations pour le climat.

"J'ai commis une faute. Je suis humaine."

Petit rappel des faits. S’exprimant à Lierde devant le Algmeen Boerensyndicaat, une fédération d’agriculteurs flamands, la ministre a laissé entendre que les récentes manifestations pour le climat n’avaient rien de spontané et qu’elles pourraient bien avoir été orchestrées de l’extérieur. Selon elle, ces actions sont téléguidées par des organisations environnementales qui voudraient faire payer au CD&V son soutien aux grandes manifestations agricoles ayant conduit, au début des années 2000, à la démission de Vera Dua (Groen).

Mais la ministre ne s’arrête pas là. Pour appuyer son propos, elle affirme avoir eu confirmation de cette information auprès de la Sûreté de l’État. Cette dernière a immédiatement tenu à préciser qu’elle n’avait pas communiqué avec Schauvliege sur ce sujet, ni oralement, ni par écrit.

Ce mardi matin, Schauvliege admet sur Twitter avoir dérapé. "J’ai commis une faute, mais je n’ai pas menti. Comme tout être humain, il m’arrive de me tromper."

Les propos qui ont fait tomber la ministre flamande de l’Environnement

Schauvliege: 'Je sais qui se cache derrière les manifs pour le climat'


Des SMS jour et nuit

Des excuses acceptées par son parti mais qui ne suffisent pas à éteindre l’incendie. Les organisateurs des manifestations pour le climat dénoncent une "criminalisation" de ce qui au départ est une démarche citoyenne. De son côté, les écologistes de Groen exigent la démission de la ministre.

En début de soirée, Joke Schauvliege a convoqué la presse pour annoncer, très émue, sa démission. Elle a renvoyé à "l’énorme pression, jour et nuit sur mon téléphone portable". Comme ses autres collègues en charge du climat, elle a reçu des milliers de mails et de SMS de la part des activistes réunis au sein de la plateforme "Act for climate justice". "Je ne pouvais plus communiquer normalement, je ne pouvais plus communiquer avec ma famille, avec les députés, etc. Dans ces circonstances, je me suis laissée aller à un dérapage, j’ai pris pour vraie une rumeur non vérifiée", a-t-elle expliqué.

Les partis tétanisés

©BELGA

En attendant et malgré cette démission, pour le CD&V, le mal est fait. "C’est différent des gaffes dont Joke Schauvliege est coutumière. On a pu parfois sortir certains de ses propos de leur contexte. Ce qui en soi est déjà problématique, car on associe Schauvliege à une propension à commettre des gaffes. Ici, en revanche, nous sommes dans le registre du mensonge et c’est tout le parti qui en fait les frais", explique Nicolas Bouteca, politologue à l’université de Gand (UGent) à nos confrères du Tijd.

Elle est loin, en effet, l’image de Wouter Beke se rendant en vélo électrique au palais royal lors de la démission du gouvernement en novembre dernier. Pendant les communales, le parti a fait campagne en faveur du développement de la mobilité sur deux roues pendant que ses mandataires faisaient le tour des écoles pour expliquer la politique climatique du CD&V. "Tous ces efforts ont été réduits à néant par la perte d’image de Joke Schauvliege, considérée par les manifestants comme la responsable de la politique climatique défaillante. C’est dramatique pour le parti", observe Nicolas Bouteca.

©BELGA

Le CD&V voit en outre une nouvelle fois sa campagne partir en vrille. Lors des communales, c’est Kris Peeters qui avait empilé les bourdes à Anvers, d’abord en essayant d’attirer un juif orthodoxe sur sa liste, ensuite en louant un appartement miteux pour faire croire qu’il avait déménagé à Anvers, alors que chacun savait qu’il habite à Puurs.

Plus largement, tout ceci montre aussi à quel point les partis sont tétanisés par la thématique du climat. À trois mois et demi seulement des élections, nous assistons à une véritable partie de football-panique. Le climat est en passe d’occulter la thématique migratoire et identitaire et a fait passer le socio-économique définitivement au second plan.

 

 

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