Joke Schauvliege, la Marghem flamande

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La ministre flamande de l'Environnement s'appuie abusivement sur la Sûreté de l'Etat pour affirmer que les marches pour le climat auraient été orchestrées de l'extérieur. Les écologistes exigent sa démission.

Si les théories du complot pullulent sur internet et les réseaux sociaux, il est plus rare que ce soit un ministre qui en soit l’initiateur. C’est pourtant ce qui est arrivé à Joke Schauvliege, la ministre flamande de l’Environnement.

Dans un discours prononcé devant une fédération d’agriculteurs flamands le week-end dernier, elle a laissé entendre que les récentes manifestations pour le climat sont en réalité orchestrées de l’extérieur. D’après elle, les écologistes se vengent du lobby agricole, qui avait obtenu la démission de la ministre Groen, Vera Dua, en 2004, alors que celle-ci tentait alors de limiter l’épandage du lisier par les agriculteurs. Pour appuyer ses dires, Joke Schauvliege a invoqué la Sûreté de l’Etat qui, elle, s’est empressée d’apporter un démenti formel à cette affirmation.

Depuis lors, la ministre CD&V a également fait machine arrière, estimant qu’elle s’était "laissée emporter". Mais en attendant, le mal est fait. Les organisateurs des marchés ont dénoncé une tentative de "criminaliser" une démarche citoyenne. De son côté, l’opposition écologiste de Groen a réclamé la démission de Joke Schauvliege qui se retrouve, une fois de plus, seule contre tous. Un peu comme Marie-Christine Marghem, la ministre fédérale de l’Energie, dans le dossier du climat.

Lire par ailleurs notre article: Joke Schauvliege emportée par la vague climatique

Peeters comme mentor

Cette position inconfortable ne l’avait jusqu’ici jamais empêché de dormir: Joke Schauvliege a toujours déclaré préférer se consacrer à ses dossiers plutôt que de se soucier de la façon dont elle est perçue.

Aux mondanités, elle préfère la présence sur le terrain. "Joke est le genre de femme politique qui préfère se trouver en bottes sur un champ de patates qu’avec un verre de champagne à la main à un vernissage." C’est ainsi que son parti avait défendu en 2014 sa candidature pour un deuxième mandat à l’Agriculture, mais cette fois sans la Culture.

Son mentor, le ministre-président Kris Peeters, l’avait intégrée dans son équipe gouvernementale en 2009, suite au gros score électoral qu’elle avait réalisé à Gand. Sa mission : gérer l’Agriculture et la Culture. Proche du mouvement ouvrier chrétien flamand et du Boerenbond, deux piliers historiques du CD&V, Joke Schauvliege est un atout précieux.

Mais son entrée en fonction ne démarra pas de la meilleure façon. Sa première prise de contact avec le monde culturel et artistique fut un flop. Dans l'émission "Ter Zake" à la VRT, elle avait admis ne pas se rappeler du dernier livre qu'elle avait lu... Quant à l'acteur vedette Matthias Schoenaerts, elle l'avait rebaptisé à la radio en "Schoenmakers". D’autres déconvenues suivirent.

Ainsi, il y eut la carte des forêts, censée délimiter et protéger les 12.500 hectares de forêts qu’il reste en Flandre. La carte ne semblait pas correspondre à la réalité du terrain, poussant le ministre-président Geert Bourgeois à retirer la carte contestée, sans même en aviser la ministre concernée. A plusieurs reprises, la N-VA a laissé entendre que Schauvliege était trop proche du lobby agricole.

Le "betonstop" est un autre dossier emblématique. L’idée est de ne plus augmenter la surface constructible en Flandre à partir de 2040. La ministre assure vouloir faire passer le "betonstop" avant les élections, mais ses partenaires de coalition, Open Vld et N-VA, exigent des assurances à propos de l’impact financier.

Quant au plaidoyer de la ministre pour consigner les canettes de boissons, il s’est heurté à une fin de non-recevoir des mêmes Open Vld et N-VA.

Cela ne signifie pas pour autant que Joke Schauvliege n’a rien réalisé. A son actif, on peut citer le permis unique (qui comprend le permis de bâtir et le permis d’environnement), une réforme de la facture d’eau (pour que les gros consommateurs paient davantage) ou encore la création du fonds destiné à l’assainissement des terrains pollués par des citernes à mazout.

Reste à voir si l’incident d’il y a deux jours ne sera pas celui de trop pour Joke Schauvliege. Elle avoue que la campagne de SMS menée par les activistes du climat lui a passablement tapé sur les nerfs. "Ces dernières semaines, j’ai peu dormi et je me suis laissée envahir par la frustration. Je suis un être humain et je peux me tromper."

Quant à Anuna De Wever, l’étudiante anversoise à l’origine des manifestations pour le climat, elle a assuré vouloir continuer à travailler avec la ministre, "malgré ses mensonges", pour aller vers la mise en place d’une politique climatique ambitieuse.

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