L'assassinat de Julie Van Espen pourrait faire basculer la campagne électorale

Koen Geens est la cible de critiques dans l'affaire Van Espen. ©Photo News

Le fait que Steve B., soupçonné d’avoir tué la jeune étudiante de 23 ans Julie Van Espen, ait été libre malgré sa condamnation à quatre ans ferme pour viol en récidive interpelle la presse flamande. Mais aucune faute de droit n’a été commise.

C’est peut-être le fait divers qui va modifier la nature de la campagne électorale, un peu comme le passage à tabac d’un octogénaire en 2002 avait changé la donne à l’élection présidentielle française. Ce mardi matin, l’assassinat de Julie Van Espen, une étudiante de 23 ans retrouvée morte dans le canal Albert à Anvers, et l’arrestation d’un suspect multirécidiviste du viol barrent la Une de presque tous les quotidiens flamands. Cet homme de 39 ans est passé aux aveux ce mardi et a été placé sous mandat d'arrêt par le juge d'instruction. 

Lundi soir, le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) s’est empressé, via VTM et un communiqué, de faire du "damage control" en regrettant que tant de temps se soit écoulé entre la condamnation en 2017 à quatre ans de prison du suspect, Steve B., un marginal de 39 ans, et sa comparution devant la cour d’appel d’Anvers prévue en juin.

Ce mardi, on peut penser que le personnel politique flamand s’engouffre dans la brèche et que certains, à droite, fassent campagne sur la sécurité afin de fragiliser Koen Geens, ministre pourtant solide au bilan copieux. 

Élections 2019

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Du côté francophone, Sophie Wilmès (MR) a réagi sur La Première, disant "qu'on peut se poser la question, pourquoi (le suspect) a été remis en liberté". Elle a aussi appelé à "une analyse précise" des besoins de la Justice, "et après on verra s'il faut réinjecter du budget". Dans un communiqué, Ecolo milite pour "refinancer la Justice", estimant que les faits trouvent leurs origines dans un manque de moyens.

"Condamné mais libre"

La presse flamande semble s’étonner du fait que Steve B. ait pu courir les rues. "Condamné, mais libre", titre De Morgen. Pourtant, il n’y a pas eu de faute de droit commise par le juge qui l’a condamné à quatre ans de prison ferme sans prononcé d’arrestation immédiate – le fait d’envoyer directement en prison une personne dès la fin de son procès.

"Cette décision relève de la pleine indépendance du juge. Elle ne peut être prononcée que s’il y a un risque de soustraction à la justice", précise la magistrate Magali Clavie, du Conseil supérieur de la Justice. L’avocat David Ribant, administrateur de la Ligue des droits humains renchérit: "L’arrestation immédiate n’est pas fonction de la gravité des faits mais du risque de fuite. Le juge n’a fait qu’appliquer la loi. Je comprends cette incompréhension et je n’ai pas de problème à ce qu’on change la loi en disant qu’on peut motiver l’arrestation immédiate autrement", pointe-t-il. 

©BELGA

Crise des cours d’appel 

"Le traitement des affaires en appel pose un réel problème, surtout à Bruxelles où les magistrats, malgré leurs grandes qualités, sont totalement débordés"
Dimitri de Béco
Pénaliste

Mais surtout, ce fait divers épouvantable met en lumière la crise des cours d’appel. Il a fallu que deux années s’écoulent entre la condamnation de Steve B. et son procès d’appel. Koen Geens l’a regretté, arguant qu’il avait permis que des affaires civiles soient jugées en appel par un "juge unique" et non plus par un collège de trois juges, dégageant ainsi du personnel pour raccourcir les délais. Probablement insuffisant tant les cours d’appel sont "exsangues", dit Me Ribant. "Si on change la loi, si comme le ministre le dit on veut raccourcir le délai d’appel alors il faut assumer et doubler leurs effectifs. C’est ça, le débat."

Le pénaliste Dimitri de Béco poursuit sur cette ligne: "Le traitement des affaires en appel pose un réel problème, surtout à Bruxelles où les magistrats, malgré leurs grandes qualités, sont totalement débordés. Des victimes et des prévenus attendent des années", constate Me de Béco, qui "comprend le malaise et l’insatisfaction du grand public" mais rappelle que le suspect "n’est pas condamné et n’est pas coupable car il a fait appel"

Baisse de la population carcérale 

En degré d’appel, ce sont les affaires impliquant des détenus qui sont prioritaires et peuvent être jugées dans un délai rapide de quelques mois. Dès qu’il n’y a plus de détention, ces délais s’allongent dans des proportions parfois délirantes, faute de temps et de personnel.

En parallèle, le magistère de Koen Geens, assumé par le gouvernement, a été celui de la diminution de la population carcérale (-10% en 5 ans). Plusieurs textes ont été votés pour faire diminuer le nombre de détenus. Ainsi, en 2017, l’une des lois Pot Pourri a fait passer de 1 an à 3 ans la peine minimale pour qu’un juge puisse prononcer une arrestation immédiate. Une position suivie du côté francophone: dans leurs programmes électoraux, la très grande majorité des partis (hormis PP et Listes Destexhe) plaident pour diminuer la pression carcérale.

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