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L'emploi et le climat au cœur de la rentrée flamande

Le ministre-président flamand, Jan Jambon, a placé l'emploi et le climat au cœur de son discours de rentrée.

Le gouvernement flamand entend économiser 900 millions d'euros d’ici à 2024, mais sans mettre en péril la relance de l'activité économique.

La "déclaration de septembre" (septemberverklaring), prononcée lundi par le ministre-président Jan Jambon (N-VA) devant le parlement flamand, marque traditionnellement la rentrée politique au nord du pays. L’occasion pour le chef du gouvernement d’exposer les grandes lignes de son action pour la nouvelle année parlementaire.

La situation est très différente d’il y a un an, lorsqu’une sorte d’union sacrée prévalait pour juguler les effets de la crise sanitaire. Aujourd’hui, au terme d’une campagne de vaccination qui s’est révélée exceptionnellement efficace, les rapports de force traditionnels entre gauche et droite peuvent à nouveau pleinement s’exprimer, notamment au niveau de la délicate équation budgétaire.

À cela s’ajoute une série de dossiers potentiellement explosifs, comme le scandale environnemental causé par l’entreprise 3M dans la région anversoise, qui ne manqueront pas de pimenter l’année parlementaire. Voici tout cela résumé en quelques points.

900
millions d'euros
Le gouvernement flamand compte économiser 900 millions d'euros afin de réduire le déficit structurel de moitié d’ici à 2024.

Correction budgétaire

Si l’économie se redresse rapidement, la situation budgétaire de la Flandre n’en demeure pas moins délicate. La crise du covid a poussé le budget flamand de 2021 dans le rouge à hauteur de 5 milliards d’euros. Pour 2022, on s'achemine vers un déficit de 1,6 milliard d’euros qui remonterait ensuite jusqu'à 1,8 milliard en fin de législature, en 2024. Jan Jambon a fait part de son intention de réduire ce déficit structurel de moitié, soit de 900 millions d’euros, d’ici à 2024 et de le ramener ensuite à zéro à l’horizon 2027.

Les allocations familiales ne seront plus indexées que de 1% au lieu de 2%.

Pour ce faire, le gouvernement table sur la reprise de l’économie, mais il compte également réaliser des économies. Ainsi, les allocations familiales ne seront plus indexées que de 1% au lieu de 2%. Cette demi-indexation devrait permettre d’économiser 65 millions d’euros d’ici à 2024. La Ligue des Familles (Gezinsbond) déplore pour sa part des "économies réalisées sur le dos des familles avec enfants".

L’autre victime de l'austérité, c’est l’enseignement qui devra se serrer la ceinture à hauteur de 100 millions d’euros (en plus des 12 millions déjà prévus). Le gouvernement doit cependant encore examiner avec les pouvoirs organisateurs où réaliser concrètement ces économies.

Des économies seront en outre réalisées du côté des réductions de cotisations pour les travailleurs âgés. Jusqu’ici, ces réductions étaient accordées aux employeurs qui engagent du personnel à partir de 58 ans. Vu l’amélioration du taux d’emploi dans cette tranche d’âge, la limite passera progressivement à 61 ans en 2024. Ce qui permettra d’économiser 240 millions d’euros.

Des ajustements importants seront par ailleurs opérés au niveau de la fiscalité immobilière et des droits d’enregistrement en particulier. Ceux-ci baisseront pour l'habitation propre, mais augmenteront pour les secondes résidences.

Coup de pouce pour l’emploi

"Le marché du travail constitue notre priorité absolue", a martelé Jan Jambon.

"Nous voulons pouvoir mener des politiques asymétriques en matière d'emploi."
Jan Jambon
Ministre-président flamand

L’objectif est d’atteindre le fameux taux d’emploi de 80% de la population active, objectif d’ailleurs partagé par le gouvernement fédéral. Pour créer de l’emploi, la Flandre dispose d’un certain nombre de compétences, mais pas assez, selon Jan Jambon, qui a dès lors réitéré la demande auprès du fédéral de pouvoir mener "des politiques asymétriques" en la matière, étant donné la nature différente du marché de l’emploi dans chacune des régions du pays.

50
euros/mois
Le bonus emploi est un supplément de 50 euros par mois pour ceux qui gagnent moins de 1.700 euros bruts.

En attendant, la Flandre compte agir sur le bonus emploi et les titres-services. Le bonus emploi ("jobbonus"), qui figure dans l’accord de gouvernement flamand de 2019, vise à rendre le travail plus attractif. L’idée est d’accorder un supplément de 50 euros par mois (soit 600 euros par an) pour ceux qui gagnent moins de 1.700 euros bruts par mois. Ce supplément diminuerait à mesure que l’on s’approcherait des 2.500 euros bruts par mois. Au-delà, le bonus ne s’appliquerait plus.

Ces dernières semaines, le bonus emploi avait pris du plomb dans l’aile en raison du coût qu'il représente. Au final, il sera quand même mis en œuvre, mais uniquement pour les employés et pas pour les indépendants qui ont un bas revenu (sauf pour les salariés qui se lancent comme indépendants). La réduction du champ d’application du bonus emploi a permis d’en limiter le coût à 226 millions d’euros (au lieu de 329 millions).

De leur côté, les organisations d’employeurs Voka et Unizo ont fait part de leur satisfaction, même si elles estiment qu’à lui seul, ce bonus ne suffira pas pour résorber les pénuries de main-d’œuvre.

En ce qui concerne les chèques-services, ils resteront toujours aussi attractifs grâce à une indexation complète de l’avantage fiscal alors qu’il avait d'abord été question de le restreindre.

Pollution au PFOS

Au cours de cette nouvelle année parlementaire, le gouvernement flamand sera confronté à plusieurs dossiers environnementaux délicats. À commencer par celui du PFOS. C’est un scandale majeur qui met à peu près tous les partis flamands dans l’embarras. L’entreprise 3M, installée à Zwijndrecht près d’Anvers, a pollué pendant des décennies le site qu’elle occupe avec du PFOS, un redoutable perturbateur endocrinien.

L’affaire a été révélée au grand jour lors des travaux d’extension du ring d’Anvers. Au gré des révélations et des progrès de l’enquête, il est apparu que l’ensemble des partis ont été à un moment ou un autre, amenés à fermer les yeux sur cette pollution, au nom de la préservation de l’activité économique et de l’emploi.

Comme souvent lorsqu’il s’agit de mieux canaliser la tension, une commission d’enquête parlementaire a été mise sur pied dont les conclusions sont attendues pour janvier 2022. Elle vient d’entamer ses travaux par une audition très décevante de quelques hauts responsables de 3M.

"Le temps où certaines entreprises pouvaient polluer impunément est révolu."
Jan Jambon
Ministre-président flamand

De son côté, la ministre de l’Environnement Zuhal Demir (N-VA) compte trainer le géant américain devant les tribunaux pour qu’il assume le financement des opérations de dépollution. En attendant, Jan Jambon a prévenu lundi que "le temps où certaines entreprises pouvaient polluer impunément est révolu. (…) Désormais le pollueur paiera".

L’azote

L’azote est un autre dossier embarrassant. La Flandre doit se doter d’une nouvelle politique en matière d’azote, après que le Conseil du contentieux en matière d’octroi de permis a invalidé en mars dernier la politique du gouvernement en la matière.

Si on décide d’épargner les agriculteurs, c’est la zone industrielle du port d’Anvers qui risque de payer l’addition pour l'azote.

Une entreprise ou un agriculteur qui souhaite lancer ou développer son activité doit se conformer au cadre réglementaire concernant l’azote. Si on décide d’épargner les agriculteurs (couvés par le CD&V), c’est la zone industrielle du port d’Anvers (fief de la N-VA) qui risque de payer l’addition. Ou vice-versa.

La ministre flamande de l’Agriculture Hilde Crevits (CD&V) serait prête à lâcher du lest, à condition d’indemniser les agriculteurs contraints de cesser leur activité. On parle d’une facture d’environ 100 millions d’euros. Une provision à cet effet a été prévue dans le prochain budget.

Centrales au gaz

Le dossier de l’azote pèse également sur la sortie du nucléaire décidée par le Fédéral. La députation permanente du Brabant flamand a refusé d’octroyer un permis à Engie Electrabel pour la construction d'une centrale au gaz à Vilvorde tandis que la ministre Zuhal Demir (N-VA) a recalé le projet de centrale à Dilsen-Stokkem. Ces centrales doivent assurer la sécurité d’approvisionnement en électricité après la sortie du nucléaire.

En poussant la députation permanente du Brabant flamand dans le dos, la N-VA joue clairement la carte de l’opposition fédérale. Ce qui a le don d’agacer ses partenaires CD&V et Open Vld qui siègent à la fois à la région et au Fédéral.

Le résumé

  • Le gouvernement flamand entend soutenir le marché du travail avec un bonus emploi pour les bas salaires.
  • Les allocations familiales seront par contre rabotées ainsi que le budget de l'enseignement.
  • Les droits d'enregistrement seront diminués pour les habitations principales et augmentés pour les résidences secondaires.
  • Des dossiers environnementaux épineux seront bientôt sur la table: la pollution chez 3M, l'azote et les centrales au gaz.

Inondations: la Flandre va aider la Wallonie

Dans son discours de rentrée, le ministre-président flamand Jan Jambon a proposé d’aider financièrement la Wallonie pour la reconstruction des zones sinistrées par les inondations. "Nous allons proposer un prêt ou une garantie sur crédit", a-t-il indiqué, sans toutefois s’avancer au niveau des chiffres.

De son côté, le gouvernement wallon a répondu qu’il allait examiner la proposition flamande. "Mais la Wallonie attend surtout une réponse du gouvernement fédéral", a insisté le ministre-président wallon Elio Di Rupo (PS). "La solidarité nationale doit conduire le gouvernement fédéral à contribuer aux importantes dépenses que devra consentir le gouvernement wallon pour assister les sinistrés."

La semaine dernière, le secrétaire d'État Thomas Dermine (PS) avait proposé de faire intervenir le Fédéral à hauteur de 600 millions d'euros pour la reconstruction des zones sinistrées du pays, essentiellement en Wallonie.

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