La Flandre secouée par un nouveau scandale sanitaire

Le site de la société 3M à Zwijndrecht produit notamment des post-it. ©BELGA

La pollution sur le site de 3M à Zwijndrecht prend des proportions de scandale sanitaire. Une commission d'enquête parlementaire pourrait être mise sur pied.

C’est une affaire dont on n'a sans doute pas fini d’entendre parler. Le scandale de la pollution au PFAS d’une vaste zone entourant le site de production de 3M à Zwijndrecht, près d’Anvers, ne cesse en effet de prendre de l’ampleur. Ce mercredi, le parlement flamand doit décider de la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire pour déterminer les responsabilités dans ce dossier.

De son côté, la commission de l’Énergie et de l’Environnement de la Chambre a approuvé mardi une proposition de résolution demandant davantage de transparence au sujet de la production et de l’usage des PFAS.

C’est le chantier de l’Oosterweel qui a mis sous les projecteurs cette pollution qui dure depuis au moins vingt ans.

L’acronyme PFAS désigne un groupe de 4.730 substances synthétiques, dites perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, parmi lesquelles le PFOS, acide perfluorooctanesulfonique, au cœur de la pollution découverte à Zwijndrecht.

Les PFAS s’accumulent dans l’organisme et sont connues pour diminuer la réponse immunitaire à la vaccination, avoir un impact sur le cholestérol, être liées à des cancers ou à l’obésité. Elles sont utilisées dans un large éventail de secteurs industriels: textile, produits ménagers, transformation des aliments, construction, électronique, etc.

Le chantier de l'Oosterweel

C’est le chantier de l’Oosterweel, qui vise à terminer le ring d’Anvers, qui a mis sous les projecteurs cette pollution qui dure, semble-t-il, depuis au moins vingt ans.

Estimant n’avoir pas été mise au courant de cette affaire par son administration, la ministre flamande de l’Environnement Zuhal Demir (N-VA) a suggéré la semaine dernière la mise sur pied d’une commission parlementaire sur cette question. Ce qui a provoqué un certain malaise au sein de la majorité, une telle démarche émanant en général de l’opposition.

Il est désormais déconseillé aux habitants du périmètre proche de manger les légumes du jardin ou les œufs de leurs poules.

Ce mardi, la Ville d’Anvers a rendu publics les résultats d’analyse d’échantillons des sols prélevés sur le site le 7 juin dernier. Tous indiquent un dépassement des normes sanitaires à différents degrés. Au point qu’il est désormais déconseillé aux habitants du périmètre proche de manger les légumes du jardin ou les œufs de leurs poules.

Convention secrète

Comme si cela ne suffisait pas, un nouvel élément accablant est encore venu s’ajouter au dossier avec la révélation dans la presse flamande mardi matin de l’existence d’un "deal" conclu en 2018 entre 3M et Lantis, l'opérateur public qui gère le chantier de l’Oosterweel. Cette convention à caractère confidentiel prévoit que chacune des parties renonce "de manière définitive" à engager des poursuites contre l’autre pour les coûts liés à l’assainissement des sols contaminés.

63
millions d'euros
L'opérateur public Lantis a déjà engagé 63 millions d'euros pour assainir le site qui accueillera le dernier tronçon du ring d'Anvers.

Le problème, c’est que l’essentiel des coûts, soit 63 millions d’euros, a jusqu’ici été pris en charge par Lantis, tandis que 3M a dû s’acquitter d’une facture de 75.000 euros seulement pour la construction d’une digue de sécurité pour isoler le périmètre le plus pollué autour de 3M. Les 63 millions d’euros couvrent notamment la construction d’une installation d’épuration des eaux contaminées.

Les organisations environnementales Greenpeace et Bond Beter Leefmilieu y voient une volonté d’éviter à tout prix de ralentir les travaux du ring d’Anvers. Elles exigent l’arrêt immédiat du chantier et l’engagement de la responsabilité pénale de 3M pour les dommages causés à l’environnement et à la santé publique.

Lantis s’est pour sa part défendu en précisant que cette convention ne portait que sur le déplacement de terres contaminées et non sur l’assainissement de celles-ci, "histoire d’éviter 20 ou 30 ans de procédures judiciaires".

Le résumé

  • La pollution au PFAS du site 3M à Zwijndrecht a tout d'un scandale sanitaire majeur.
  • Chacun se renvoie la responsabilité d'un problème connu depuis vingt ans.
  • Une convention secrète aurait en outre été conclue entre 3M et la société qui construit le ring d'Anvers.
  • Une commission d'enquête parlementaire pourrait être mise sur pied ce mercredi.

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