La Flandre sort son chéquier pour le personnel de soins

Les établissements flamands seront plus attractifs au niveau salarial que ceux du sud du pays. ©Photo News

Gouvernement et partenaires sociaux se sont mis d’accord sur une enveloppe de 577 millions d’euros dont 80% seront pour les salaires.

La Flandre dégagera chaque année, à partir du 1er janvier prochain, 577 millions d'euros supplémentaires pour le secteur des soins. C’est ce qu’a annoncé mardi le ministre-président Jan Jambon (N-VA) après la conclusion d'un accord durant la nuit avec les partenaires sociaux. Cet accord s'appliquera de 2021 à 2025.

De cette somme, 412 millions serviront à l'augmentation du pouvoir d'achat des soignants d'en moyenne 6% et 165 millions à des mesures de diminution de la charge de travail par le biais de nouveaux engagements. Sont concernés: les travailleurs des centres de soins résidentiels, des centres de santé mentale, des centres de revalidation, les équipes d'accompagnement en soins palliatifs, etc.

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412 millions d'euros serviront à l'augmentation du pouvoir d'achat des soignants d'en moyenne 6%.

Il s’agit d’un accord de principe. Les modalités concrètes seront finalisées pour le 31 janvier 2021 au plus tard. Ce montant vient en plus des politiques déjà décidées dans le secteur du bien-être et pour lesquelles, en vitesse de croisière, 562 millions sont investis dans une capacité accrue et des places supplémentaires.

Au total, le gouvernement flamand consacrera chaque année 1,1 milliard en plus pour le secteur des soins et du bien-être. Cette revalorisation était un des points majeurs de l’accord de majorité entre N-VA, Open Vld et CD&V en Flandre.

Wallonie et Bruxelles

"On attend toujours le coup d’envoi des négociations en Wallonie et à Bruxelles."
Yves Hellendorff
Secrétaire national de la CNE

Dans le sud du pays, les choses sont beaucoup moins avancées. En Wallonie, un accord de principe a été conclu le 15 juillet dernier qui prévoit un budget annuel supplémentaire de 260 millions d’euros d’ici 2024. L’effort sera progressif: 100 millions en 2021, 150 millions en 2022, 200 millions en 2023 et 260 millions en 2024. La mise en œuvre n’a toutefois pas encore débuté.

"On attend toujours le coup d’envoi des négociations, on ne comprend pas pourquoi les choses traînent ainsi depuis juillet", s’impatiente Yves Hellendorff, secrétaire national de la CNE. Le syndicat chrétien a multiplié les actions de sensibilisation ces dernières semaines, avec notamment un envoi massif de cartes postales aux instances wallonnes.

A Bruxelles, il est question d’une enveloppe de 30 millions d’euros d’ici 2024 (7,5 millions en 2021, 15 millions en 2022, 22,5 millions en 2023 et 30 millions en 2024). Là aussi, la négociation n’a pas encore débuté. En Fédération Wallonie-Bruxelles enfin, il est question d’un effort de 8 millions d’euros en 2021, mais plus rien après. "L’ordre de grandeur est sans comparaison avec les montants qui seront débloqués par la Flandre", souligne au passage Yves Hellendorff.

Ces retards risquent en outre de créer des discriminations salariales. Le Fédéral vient en effet d’accorder une prime de 985 euros pour le personnel hospitalier, tandis que le personnel des maisons de repos, qui dépend des Régions, reste sur le carreau. "Les gens sont très en colère avec ça", souligne Yves Hellendorff.

Déconnexion salariale

"Notre crainte est que les établissements wallons et bruxellois deviennent de moins en moins attractifs par rapport à la Flandre."
Yves Hellendorff
Secrétaire national de la CNE

Sur le plus long terme, on observe une déconnexion salariale entre le nord et le sud du pays au niveau des maisons de repos. S’appuyant sur la sixième réforme de l’Etat, la Flandre a entamé en 2018 un relèvement progressif des barèmes des maisons de repos au niveau du personnel hospitalier en appliquant la nouvelle classification des fonctions voulue par le Fédéral pour l’ensemble du personnel de soins (hôpitaux et maisons de repos). La Wallonie et Bruxelles n’ont pas suivi.

"Notre crainte est que les établissements wallons et bruxellois deviennent de moins en moins attractifs par rapport à la Flandre, alors que nous faisons face à une importante pénurie de personnel de soins", prévient Yves Hellendorff.

Une crainte partagée par l'UNESSA, une fédération d'établissements de soins aux personnes en Wallonie et à Bruxelles. Elle demande aux autorités de "ne pas laisser se creuser des fossés salariaux trop importants entre les secteurs dépendant du fédéral et des entités fédérées ni entre entités fédérées. A défaut, des tensions apparaîtront sur le marché du travail."

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