Le parquet de Bruges enquête sur Leopold Lippens

Leopold Lippens ©Photo News

Le parquet de Bruges a lancé une enquête à l’attention du bourgmestre de Knokke, Leopold Lippens. En cause: un possible conflit d’intérêts dans un dossier immobilier local.

Tous les quotidiens du nord du pays l’annonçaient en chœur ce mardi: le parquet de Bruges a ouvert une enquête visant Leopold Lippens, le facétieux bourgmestre de Knokke-Heist, estampillé CD&V. En cause: le signalement d'un conflit d'intérêts dans le cadre d’un dossier de transformation de terres agricoles en zone résidentielle dans le domaine local baptisé Tolpaertpolder.

Une centaine de logements dits "abordables" devraient y être construits et le dossier serait devenu une des priorités du conseil communal de Knokke-Heist. Le rôle proactif du maire local, à la fois juge et partie, aurait attiré l’attention du parquet local, qui a confirmé à nos collègues flamands – voire annoncé - qu'une enquête le visant était bien à l’ordre du jour.

A ce stade, elle aurait été motivée par un audit préalablement mené par une agence du gouvernement flamand (Audit Vlaanderen) faisant état d'irrégularités. Plus précisément, Leopold Lippens était présent lors de conseils communaux consacrés au sujet et aurait participé aux débats initiant cette transformation foncière alors que des membres directs de sa famille – à savoir ses enfants - possèdent 33% des parts du foncier visé, directement revalorisé via cette opération.

Selon Audit Vlaanderen, le maire local aurait dû spontanément refuser de prendre part aux discussions et aux décisions sur ce point précis. Le principal incriminé admet qu'il aurait dû s’abstenir, mais motive sa présence par un oubli du service communal concerné.

Tir à vue sur le pianiste

Une source proche du dossier, que nous avons pu contacter, rapporte avoir déjà eu la puce à l’oreille via des bruits de trottoir - de digue ici - il y a un an déjà. Et notre témoin direct se rappelle avoir alors eu confirmation que le gouvernement flamand avait lancé un audit sur base d’une plainte: "Léopold Lippens n’hésite pas à déplaire. Il n’est pas facile à vivre quand il prend quelqu’un en grippe. Et ça fait des années déjà que certaines personnes – parfois haut placées - essaient d’avoir sa peau, d’une manière ou d’une autre. Je ne me souviens plus qui avait introduit cette plainte – un de ses nombreux ennemis ou l’opposition politique locale -, mais je me rappelle qu’on avait alors prétexté d’une réunion – une seule – où le maire avait été présent; pas davantage".

Mais il suffit de traverser la digue locale pour avoir un son de cloche diamétralement opposé: "Il mange à tous les rateliers sans scrupule depuis des décennies et se cache à peine pour le faire avec des pontes flamands de l’immobilier. C’est un miracle qu’il n’ait pas encore été mis en examen! A côté de lui, le pauvre Daniel Termont (sp.a), l’ex-bourgmestre de Gand, est un enfant de chœur. Pourtant lui, on ne l’a pas raté…", lâche un autre témoin local, tout aussi pressé d’exiger l’anonymat. 

"Léopold Lippens n’hésite pas à déplaire. Il n’est pas facile à vivre quand il prend quelqu’un en grippe. Et ça fait des années déjà que certaines personnes – parfois haut placées - essaient d’avoir sa peau, d’une manière ou d’une autre."

Du côté de la Compagnie du Zoute, le plus ancien (1908) et puissant bras immobilier de la famille Lippens, on rappelle que Léopold Lippens ne fait plus partie de la structure - qu’il présidait - depuis 2007 déjà.  Et on ajoute qu’avoir son nom lié à celui du maire local est davantage un handicap qu’autre chose pour tous les dossiers de promotion immobilière lancés sur le territoire communal.

Depuis des années, les fonctionnaires communaux auraient une peur bleue de commettre un impair qui puisse servir de motif à entacher la réputation du maire local. Ils redoubleraient donc de zèle et de prudence, rendant la vie plus difficile à la Compagnie locale qu’à ses concurrents.

On peut les comprendre: la société avait été créée voici plus d’un siècle (1908) pour juguler l'éparpillement des propriétés familiales, alors estimées à plus de 1.000 hectares, soit le quart de la superficie communale. L’objectif était alors de faire de la station balnéaire frontalière une cité-modèle bucolique et huppée. On ne parlait alors pas de conflit d’intérêt tant la position Lippens était dominante et peu signifiante une fois sorti du pré carré.

Omniprésent

Mais 110 ans plus tard, Monsieur le Comte, frère aîné de Maurice "Fortis" Lippens, se refuse toujours à éviter les sorties et les prises de positions dominantes, sans trop se préoccuper du qu’en-dira-t-on sur la célèbre place "M’as-tu vu" (Albertplein) et bien au-delà. Très présent dans les médias locaux et régionaux, souvent d’ailleurs campé dans son blazer bleu croisé avec pochette sur pantalon rouge, il se refuse à lâcher la barre qu’il tient de main ferme depuis 40 ans déjà… et prétend tenir jusqu’à 100 ans au moins. Pour le faire démater, il faudra donc fourbir un dossier bien étoffé et bien monté, qui dépasse les rumeurs de la place "M’as-tu vu".

L’été dernier, Leopold Lippens s'était affiché en bordure de green irlandais avec Donald Trump.

Il y a deux étés, il n’avait pas hésité à attaquer de front un projet porté par le ministre régional de la Mobilité, Ben Weyts (N-VA), visant à installer une île artificielle le long de "son" littoral bordant la station balnéaire belge la plus huppée.

Puis, il s’était exhibé l’été dernier en bordure de green irlandais avec Donald Trump... avant d’accueillir dans "son" casino la première édition côtière du salon immobilier Realty, donnant énormément de sa personne dans et autour du salon pour en faire une réussite.

Malgré ses 78 printemps, il occupe toujours la présidence de la Régie communale autonome de développement immobilier, du Royal Zoute Golf Club et du site du Casino. Mais il est également administrateur délégué de plusieurs sociétés anonymes familiales fondées à Gand et actuellement logées à Lathem-Saint-Martin, commune très cossue de Flandre orientale dont la famille est originaire (Moerbeke-Waas). Toutes ont apparemment pour principal objet un actif immobilier et sont en perte actuellement. 

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