Le port d'Anvers veut écraser le trafic de cocaïne

©SISKA VANDECASTEELE

100% des containers scannés au port d’Anvers: tel est l’objectif de l’administration générale des Douanes. Le projet, colossal et pas encore chiffré, se base sur une étude de l’Université d’Anvers. Reste à convaincre le monde politique alors que les chiffres de saisies grimpent sans cesse.

Jetez un œil à la courbe des saisies de cocaïne au port d’Anvers, vous serez pris de vertige. Les chiffres sont connus: un tiers des saisies de cette drogue en Europe se fait au port anversois. "Nous sommes une target des mafias", résume Kristian Vanderwaeren, administrateur général des Douanes. Au 14 octobre, les Douanes avaient ainsi saisi 41,688 tonnes de cocaïne dans ce seul port. Moins que les 50,139 tonnes de l’année 2018, record toutes catégories, mais l’administration a toutes les raisons de penser que ce chiffre va encore largement augmenter d’ici la fin de l’année.

"Nous saisissons tous les jours."
Kristian Vanderwaeren
Administrateur général des Douanes

"Nous saisissons tous les jours", soupire M. Vanderwaeren. Celui-ci a dévoilé, ce mardi, les résultats très attendus d’une étude décidée par la Commission européenne et menée par l’Université d’Anvers et son groupe de recherches Imec sur les possibilités offertes pour mieux détecter la cocaïne parmi les plus de 100 millions de tonnes de marchandises déchargées chaque année dans le deuxième port d’Europe.

À l’heure actuelle, faute de moyens technologiques et humains suffisants, seulement 1% des containers sont scannés. Et les Douanes estiment que seuls 10% des stupéfiants qui arrivent via le port sont saisis. Kristian Vanderwaeren s’est fixé un objectif à long terme particulièrement ambitieux: 100% de containers scannés. "Le but est de voir ce que l’on peut faire de mieux en utilisant la technologie et sans que le flux des marchandises soit interrompu. Cela a un prix. Et avant que j’aie un montant à proposer, il faudra continuer à faire des recherches", poursuit l’administrateur général.

Géopolitique du crime

Pour bien comprendre l’ampleur de l’enjeu, un peu de géopolitique du crime. Au mitan des années 2000, la production mondiale de cocaïne entamait une lente décrue. La Colombie, principal acteur au monde de ce marché, voyait ainsi sa production décliner jusqu’en 2013, passant d’environ 500 à 200 tonnes annuelles. Depuis, sa production a explosé, représentant en 2017, selon un rapport de l’ONU, 70% d’une production mondiale estimée de 1.976 tonnes.

"Nous visons une utilisation maximale de la technologie en couplant les techniques électromécaniques, l’imagerie et l’intelligence artificielle."

Et Anvers, l’une des principales portes d’entrée en Europe des produits sud-américains, a directement été touchée par ce phénomène téléguidé par de puissantes organisations criminelles. C’est ainsi qu’après 4,7 tonnes de cocaïne saisies en 2013, on est passé à plus de 50 tonnes en 2018. "Pour le transport d’Amérique du Sud vers l’Europe, il n’y a pas 30 organisations mais une mafia dure et internationale. Ils ont de l’argent pour corrompre dans leurs pays d’origine et dans des pays comme le nôtre", prévient M. Vanderwaeren.

La cocaïne parvient par plusieurs modus operandi: cachée dans la structure des containers, placée via la méthode du rip-on et du rip-off (un sac placé dans un container et récupéré à l’arrivée, impliquant une complicité interne aux ports) ou encore intégrée dans du jus de fruit ou de la poudre, que ce soit de la nourriture pour poisson, du sel ou de la poudre de brique, avant d’être traitée en laboratoire.

Le Stroomplan lancé par Bart De Wever n’a pas encore porté ses fruits. Reste donc le projet des Douanes. Qu’en est-il? Selon l’étude, les Douanes doivent renforcer considérablement leurs contrôles, jusqu’à atteindre 100% d’importations scannées. Ce sera fait via une "utilisation maximale de la technologie, en couplant les techniques électromécaniques, l’imagerie et l’intelligence artificielle. Et ce au plus près possible du point de déchargement et en perturbant le moins possible le trafic". L’imagerie pourra permettre d’observer le contenu du container sans l’ouvrir. L’électromécanique serait utilisée pour extraire l’air d’un container au moyen d’une sonde puis l’analyser.

©mfn

Démonstrations de faisabilité

©doc

Enfin, l’IA pourrait détecter automatiquement la contrebande. Concrètement, l’IA pourrait permettre, après des années de recherches, de repérer des stupéfiants cachés dans de la poudre, comme elle parvient aujourd’hui à repérer des armes à feu. Pour cela, il faudra déjà unifier la collecte et le stockage de données. Parmi les autres idées mises sur la table, le développement de containers intelligents repérant tout mouvement suspect et permettant ainsi de mettre fin aux rip-ons et rip-offs. Pour 2020, le plan d’action du port d’Anvers prévoit ses priorités en matière de démonstration de faisabilité (proof of concept): l’échantillonnage automatisé de l’air, des scanners supplémentaires sur le terminal, et un programme d’intelligence artificielle. Les résultats orienteront le travail des Douanes.

Et le financement? Les Douanes imaginent une contribution globale liant commune, Région, Fédéral, Europe. Reste l’exemple brésilien du port de Santos, que les autorités belges ont visité dernièrement: 100% des marchandises y sont scannées, des caméras sont installées partout et chaque transporteur paye 80 centime par container pour le scan de ses propres marchandises. "Les recherches en intelligence artificielle pour identifier les drogues mélangées prendront du temps mais certaines choses peuvent aller vite. Mais ‘we need the money’", rappelle M. Vanderwaeren. Message transmis.

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