Les poupées de la controverse de retour au carnaval d'Alost

La décision de l'Unesco de retirer l'évènement de sa liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité ne semble pas avoir refroidi les ardeurs des Alostois.

Les poupées représentant des Juifs étaient de sortie au carnaval d'Alost ce dimanche. Les chars de Juifs caricaturaux et antisémites avaient déjà provoqué l’indignation dans le monde entier l'an passé... La Première ministre a réagi: c'est un "préjudice à nos valeurs et à la réputation de la Belgique", selon Sophie Wilmès.

La décision de l'Unesco de retirer le carnaval d'Alost de sa liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité ne semble pas avoir refroidi les ardeurs des Alostois, bien au contraire. Des participants ont défilé ce dimanche en uniformes nazis avec la mention "Unestapo" dans leur dos et de nombreux chars font référence aux Juifs, qui sont entre autres caricaturés en insectes. La famille royale avec Delphine Boël, Greta Thunberg, les musulmans, les catholiques, la communauté LGBT, le coronavirus chinois ou encore le retour de Kim Clijsters à la compétition ont aussi été sources d'inspiration.

Ce char avait suscité la polémique l'an dernier. Il est de retour cette année à Alost.

"Honte et gâchis"

Le président de la Ligue Belge contre l'Antisémitisme (LBCA), présent dimanche au carnaval d'Alost, s'est dit très déçu par cette édition 2020. "Honte et gâchis, ce sont les premiers mots qui me viennent à l'esprit", indiquait Joël Rubinfeld à l'agence Belga. La société "De Zwiejtollekes" a en effet ressorti dimanche les poupées représentant des juifs qui avaient suscité la controverse l'an dernier mais, cette fois, dans un autre contexte et associées à des caricatures visant d'autres religions au sein d'une sorte de stand de tir.

Rire de tout et de tout le monde est propre au carnaval. Jamais pour blesser mais pour le plaisir.
De Zwiejtollekes
Société du carnaval d'Alost

Joël Rubinfeld a précisé avoir été désagréablement surpris de les revoir, mais aussi de voir défiler d'autres chars reprenant des caricatures antisémites.  "J'ai vu des nez crochus, et le Mur des Lamentations représenté comme construit avec des lingots d'or, le tout accompagné d'une parodie du morceau 'Hey Jude' des Beatles. C'est une véritable débauche antisémite, c'est ce que je redoutais, même si j'avais un petit espoir pour cette édition", ajoute le président de la LBCA.  "C'est une honte que l'on laisse faire ça dans notre pays au nom de la liberté d'expression. Il y a des limites. Et puis, c'est aussi un véritable gâchis car il y a des enfants, c'est une fête familiale et populaire sur laquelle travaillent bon nombre de personnes pendant un an et ces chars problématiques ne constituent que 5% de l'ensemble du cortège, mais c'est ce que l'on retient."

Le Comité juif américain (American Jewish Committee, AJC) a demandé sur son site internet que l'Union européenne ouvre une enquête contre la Belgique en raison de ces caricatures de Juifs. 

La défense

"Rire de tout et de tout le monde est propre au carnaval. Jamais pour blesser mais pour le plaisir", justifiaient de leur côté les Zwiejtollekes. "Nous montrons que nous pouvons nous en prendre à tout le monde et qu'on ne se laisse pas faire. Les cibles sur nos costumes sont une manière de nous mettre nous-mêmes dans le viseur."

"Laissez Alost être Alost", avait prévenu dans la matinée le bourgmestre N-VA Christoph D'Haese, pointant du doigt les critiques "disproportionnées" venant notamment de voix officielles israéliennes. "Ce n'est pas une parade antisémite, Alost n'est pas une ville antisémite", a martelé le bourgmestre.

Le gouvernement fédéral réagit

Le Comité juif américain (American Jewish Committee, AJC) a demandé sur son site internet que l'Union européenne ouvre une enquête contre la Belgique en raison de ces caricatures de juifs.

La Première ministre, Sophie Wilmès, a réagi au nom du gouvernement dans un communiqué: "Il revient donc aux institutions compétentes et à la justice de déterminer si les faits qui se sont déroulés pendant le carnaval enfreignent la loi. L’utilisation de stéréotypes, de référents stigmatisant des communautés, des groupes humains sur base de leurs origines conduit aux divisions et met en péril le vivre ensemble. A fortiori, quand il s’agit d’actions conscientes et répétées." 

Le communiqué du gouvernement

"Le Gouvernement fédéral est sensible aux réactions qu’ont suscités certains chars et costumes de l’édition 2020 du Carnaval d’Alost. Ce n’est pas la première fois que certains agissements se retrouvent sous les feux des critiques, notamment pour leurs représentations de la communauté juive. Si ces faits ne résument pas le Carnaval d’Alost, ils portent toutefois préjudice à nos valeurs ainsi qu’à la réputation de notre pays.Le Gouvernement fédéral tient à rappeler que la Belgique est une démocratie fondée sur des libertés fondamentales dont fait partie la liberté d’expression. Cette valeur implique notamment la liberté de critiquer, de blasphémer, de caricaturer. Il reconnait également que, de manière générale, le carnaval est traditionnellement une célébration culturelle qui endosse une fonction sociale de catalyseur dans notre société et ce, depuis de nombreux siècles. Cette liberté évolue dans un cadre légal précis qui vise à protéger les individus du racisme, de l’antisémitisme et des autres discriminations liées à des critères comme, par exemple, le genre, l’âge ou l’orientation sexuelle. La Belgique est un état de droit. Il revient donc aux institutions compétentes et à la justice de déterminer si les faits qui se sont déroulés pendant le carnaval enfreignent la loi. L’utilisation de stéréotypes, de référents stigmatisant des communautés, des groupes humains sur base de leurs origines conduit aux divisions et met en péril le vivre ensemble. A fortiori, quand il s’agit d’actions conscientes et répétées. Notre pays s’honore de sa volonté de lutter sans relâche contre ces dérives. Le Gouvernement fédéral s’y emploie quotidiennement. C’est d’ailleurs l’essence-même de la Conférence interministérielle contre le racisme qui vient d’être mise en place cette semaine.Le Gouvernement fédéral appelle au dialogue et à l’empathie entre les individus ainsi qu’à la responsabilité des différents intervenants."



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