Les tests de détection du Covid se multiplient, mais l'outil miracle n'existe pas

Les tests salivaires, moins précis mais plus rapides, sont de plus en plus utilisés en Europe, comme ici à l'aéroport de Dusseldorf. ©Rolf Vennenbernd/dpa

Va-t-on bientôt pouvoir tester soi-même si l’on a été contaminé par le coronavirus? Les autorités incitent à la prudence. De manière générale, tous les tests ne se valent pas. Petit tour d’horizon des différents outils de détection.

Les possibilités de testing se multiplient sur notre territoire. Depuis le week-end dernier, les auto-tests sérologiques (via prélèvement d’une goutte de sang) ont reçu l’autorisation d’être commercialisés en Belgique.

Dès lundi, l’ULiège va offrir un kit d’auto-prélèvement de salive pour ses étudiants. Ce mois-ci, la société pharmaceutique Roche a lancé un test rapide d’antigène du Sars-CoV-2 en Europe. Voilà qui tombe à pic, alors que la volonté des autorités est d’augmenter les capacités de testing en Belgique afin de soulager les médecins généralistes submergés. À pic, vraiment?

Actuellement, 250.000 tests sont réalisés hebdomadairement. Cette semaine, le Fédéral a annoncé vouloir monter à 70.000 à 80.000 tests par jour. Mais attention, tous les tests n’ont pas la même valeur et la même portée. Les auto-tests sérologiques ont même été déconseillés par le cabinet de la ministre de la Santé Maggie De Block. "Il n’y a pas un seul outil miracle, nous dit l’ex-recteur de l’ULiège, le biologiste et virologue Bernard Rentier. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’on essaie de cerner le virus par tous les moyens possibles."

Comment s’y retrouver dans cette jungle scientifique? Quels sont les tests actuellement possibles dans notre pays? Et qu’est ce qui est vraiment utile? "Il faut d’abord faire la distinction entre deux grandes familles de tests, nous explique le biologiste. D’un côté, les tests axés sur la détection du virus, et de l’autre, les tests qui permettent de voir si l’on a développé une immunité face au virus, comme les auto-tests sérologiques. Ils ne disent pas si l’on est malade, ils disent si, un jour ou l’autre, on a été en contact avec le virus."

Le PCR, sûr mais lent

Le test de détection le plus connu, c’est le fameux PCR. Le test de l’écouvillon. Celui qui nous fait tous trembler. La tigette est introduite dans le nez, jusqu’au pharynx, pour prélever les gouttelettes qui concentrent le virus. "Avec ce test, on va chercher la génétique même du virus, on peut en retrouver la moindre trace, même si elle n’est pas infectieuse", explique Bernard Rentier. Ce test détecte tous les cas positifs, que les personnes testées soient malades ou asymptomatiques.

"Avec ce test (PCR), on va chercher la génétique même du virus, on peut en retrouver la moindre trace, même si elle n’est pas infectieuse."
Bernard Rentier
Biologiste et virologue

Le hic, c’est que la procédure à suivre pour réaliser ce test reste fastidieuse. Elle n’est utilisée que dans des cas bien précis: avoir un symptôme majeur, ou deux mineurs, ou avoir été en contact étroit avec une personne détectée positive au Covid-19. Ou encore, être parti à l’étranger dans une zone à risque. Et une prescription d’un médecin est nécessaire.

"Ces tests PCR restent la meilleure technologie pour identifier le virus", nous précise l’épidémiologiste Yves Coppieters, professeur en santé publique à l’ULB. "Mais ce n’est pas la méthode la plus rapide", ajoute-t-il. Il faut entre 6 et 8 heures pour faire tourner l’échantillon dans le robot, les centres de dépistage sont débordés, la méthode est coûteuse (46,81 euros si il n’y a pas de remboursement) et les résultats peinent à parvenir aux médecins et patients.

Le test PCR reste la meilleure technologie pour détecter le virus, mais ce n'est pas la méthode la plus rapide. ©Photo News

Le test antigénique, rapide mais…

Dans la famille des tests "détecteurs", on trouve aussi les tests antigéniques. Comme les tests PCR, ils ont pour objectif de détecter la présence du virus. Le prélèvement est identique au test PCR, mais l’avantage de cette méthode, c’est sa rapidité.

La revue Nature a récemment publié un long dossier dans lequel elle décortique les avantages et les inconvénients de ces tests antigéniques, qualifiés de "rapides". Ces tests donnent des résultats en 15 minutes, et ne nécessitent pas de laboratoire ou de machine pour le traitement. Leur coût est limité: 16,72 euros hors remboursement Inami.

Ces tests n’identifient, en effet, les personnes que si elles sont au pic de l’infection, lorsque le niveau de virus dans le corps est élevé.

En Europe, Roche a annoncé, début septembre, lancer un nouveau test de ce type (par frottis nasal) sur le marché. Le groupe pharmaceutique avance un "haut degré de fiabilité", et promet une possibilité de triage rapide à l’entrée des structures de soins.

D’autres versions de ce test existent depuis le début de la crise, mais ont été mises au ban en Belgique. "Ils ne sont presque plus utilisés", nous dit Bernard Rentier. Ils ont pu pallier au manque de tests PCR au plus fort de la crise, mais depuis, ils ont été écartés. Ces tests n’identifient, en effet, les personnes que si elles sont au pic de l’infection, lorsque le niveau de virus dans le corps est élevé.

"Le test PCR peut détecter une seule molécule de virus dans un microlitre de solution, alors que le test antigénique nécessite que l’échantillon en contienne des milliers, voire des dizaines de milliers", peut-on lire dans la revue Nature. Le risque de passer à côté de personnes infectées (à des niveaux moindres) reste donc élevé. Mais pour les scientifiques, ce type de test permet d'identifier rapidement les personnes qui sont les plus contagieuses, et donc susceptibles de propager le virus. D'où leur intérêt.

En Italie, on considère les tests antigéniques rapides comme un élément-clé de la stratégie contre le Covid. ©REUTERS

Ces tests sont largement utilisés en Inde ou, plus proche de chez nous, en Italie. Dans ces pays, ils sont considérés comme un élément clé de la stratégie de lutte contre le coronavirus. Aux États-Unis, on envisage même de développer des versions qui pourraient être utilisées à la maison, comme un test de grossesse.

Auto-prélèvement possibles

Et les auto-tests, justement, qu’en est-il? On commence de plus en plus à en parler. Mais là aussi, il faut distinguer les différentes formes. Un exemple concret? À partir de lundi, les étudiants de l’ULiège et leurs professeurs vont être soumis, s’ils le souhaitent, à une grande opération de screening Covid-19. À leur arrivée, ils recevront un kit d’autoprélèvement de salive.

La participation à ce test sera volontaire, anonyme, et gratuite. La personne recevra un code, et pourra elle-même aller voir son résultat, et agir en conséquence. Le premier auto-test disponible en Belgique? Pas tout à fait. Car il ne faut pas confondre auto-prélèvements et auto-tests.

"Il faudrait intégrer les tests salivaires rapides dans la stratégie de lutte contre le virus. Ils permettraient d’identifier en 15 minutes si une personne est négative."
Yves Coppieters
Épidémiologiste (ULB)

"Les tests salivaires développés par l’Université de Liège sont similaires aux tests PCR. C’est la méthode de prélèvement qui change, mais pas la méthode d’analyse, explique Bernard Rentier. Plutôt qu’utiliser un écouvillon, on prélève de la salive dans un petit pot. L’échantillon est ensuite envoyé  à l’analyse comme le sont les tests PCR". "On simplifie et accélère le processus et on gagne un peu de temps", poursuit Yves Coppieters.

Comme nous l’explique l’épidémiologiste, il existe pourtant d’autres formes de tests salivaires rapides. "Ils sont utilisés dans le nord de l’Europe, ils vont arriver en France. Leur qualité ne sera pas aussi précise que celle des tests PCR, mais à mes yeux, il faudrait les intégrer dans la stratégie de lutte contre le virus. Ils permettraient d’identifier en 15 minutes si une personne est négative. Si elle est positive, on pourrait alors passer au test PCR pour confirmer les résultats, à moins d’avoir des symptômes évidents. En bref, ces tests salivaires rapides permettraient de faire un premier triage qui aiderait à désengorger les centres de testing…

Tests sérologiques, attention à l’interprétation!

Et les auto-tests sérologiques, déconseillés par Maggie De Block et l’Agence fédérale des médicaments (AFMPS), pourquoi suscitent-ils tant de scepticisme?

"En France, le pharmacien aide à l’interprétation. Il faut un minimum d’encadrement."
Yves Coppieters
Épidémiologiste (ULB)

"Ces tests sérologiques ne recherchent pas le virus lui-même, mais les traces qu’il a pu laisser. Ils détectent les anticorps qui ont été développés. Cela ne donne pas la même information que les tests PCR", explique Bernard Rentier. "Ils permettent donc de dire si la personne a été en contact avec le virus et a développé une immunité, poursuit Yves Coppieters. Pour l’épidémiologiste, ces tests controversés ont tout leur sens dans le cadre de la lutte contre l’épidémie. "Cela permet de savoir qui a développé une immunité et est protégé, et de mesurer la fréquence de population touchée", avance-t-il.

Le test mis au point par la sociétét NG Biotech permet, à partir d’une goutte de sang, d’identifier en 15 minutes les anticorps spécifiques produits par l’organisme lors de l’infection au virus Sars-CoV-2. ©PHOTOPQR/LE TELEGRAMME/MAXPPP

L’AFMPS a pourtant  mis en garde la population face à ces tests, craignant qu’ils ne soient mal interprétés. "Le faire soi-même n’a pas beaucoup de sens", dit Yves Coppieters. "En France, le pharmacien aide à l’interprétation. Il faut un minimum d’encadrement. Mais à partir du moment où on a développé une immunité, c’est que l’on sera protégé contre une forme grave du Covid", ajoute l’épidémiologiste. 

Le bémol, c’est qu’on ne sait pas quelle est la durée de vie de ces anticorps. "Pour le Sars-CoV-1, elle était de deux ans. Ici, on ne sait pas encore. Ce test ne doit donc pas donner un sentiment de protection à 100%."

250
tests sérologiques
Sur le marché, on compte environ 250 tests sérologiques, mais ils ne sont disponibles qu’à l’étranger.

Les détracteurs de ces auto-tests sérologiques précisent aussi qu’il y a beaucoup de faux positifs ou faux négatifs, et que cela ne doit pas empêcher de pratiquer les gestes barrières. "Les tests ne sont pas parfait, admet Coppieters, mais dans certains contextes, là où il y a des chances d’avoir un grand nombre de personnes contaminées, ils ont tout leur sens. Dans les maisons de repos, ou chez les généralistes, par exemple. Au plus il y a une concentration de personnes susceptibles d’être malades, au plus le test sera valable. Le faire dans les écoles, par contre, n’aurait aucun sens…"

En attendant, inutile de se précipiter dans les pharmacies pour trouver ces tests sanguins. La société liégeoise Zentech, qui était prête à mettre sur le marché 3,6 millions de tests commandés par l’État belge, a vu sa commande annulée. Le Fédéral a fait machine arrière en jugeant les tests pas suffisamment fiables. Et trop coûteux.

Sur le marché, on compte environ 250 tests sérologiques, mais ils ne sont disponibles qu’à l’étranger. Aucun n’a encore été validé en Belgique.

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