Chronique "Canal Nord-Sud" | We got him

Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l'actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd) croisent le fer chaque semaine. Cette semaine, nous nous intéressons à l'épilogue de l'affaire Jurgen Conings.

Cher Alain,

Te souviens-tu de la façon dont les Américains ont annoncé la capture de Saddam Hussein? "Ladies and gentlemen, we got him!" Eh bien, nous avons aussi attrapé Jurgen Conings. Même si la façon dont le bourgmestre de Maaseik et un chasseur ont retrouvé son cadavre - quasi simultanément - reste mystérieuse. Les théories du complot les plus fumeuses n’ont pas tardé à suivre. Elles semblent de plus en plus participer de notre monde polarisé rempli de fake news.

Dans le cadre de l’affaire Jurgen Conings, tu as plusieurs fois frotté les oreilles de la Flandre, Alain. Tu n’étais pas loin d’un "J’accuse", dans lequel tu dénonçais l’extrême droite et le racisme flamands. Je peux t’assurer que tu as suscité beaucoup d’émoi, notamment avec ton dernier éditorial intitulé "L’immigration favorise la croissance".

C’est ce qui explique que je revienne une fois encore sur le sujet. Si tu soulignes, rapport de la Banque Nationale en main, que l’immigration est positive pour la croissance, c’est sans doute qu’il y a des choses à dire à ce propos. Les chiffres de la Banque nationale parlent d’eux-mêmes. Il y a quelques années, certains montraient également que le coût du vieillissement de la population serait moins élevé que prévu. La raison en était que le Comité d’étude sur le vieillissement avait pris en compte l’impact positif de l’immigration sur la démographie.

On rencontre encore beaucoup de réticence en Belgique francophone à appeler un chat un chat et à rappeler leurs droits, mais aussi leurs devoirs, aux immigrants.

Mais ce sont des modèles macro-économiques et les choses sont différentes dans la pratique. Ces modèles ne fonctionnent que si nous réussissons à intégrer et à mettre au travail les nouveaux arrivants. Et c’est là que le bât blesse. Cela fait des années que le taux de chômage au sein des jeunes allochtones est beaucoup plus élevé que la moyenne. C’est une honte pour la Flandre, mais aussi pour la Wallonie et Bruxelles.

Lorsque je parle du "laxisme du monde politique envers la migration", je déplore surtout le fait que le monde politique n’ait jamais réellement pris le problème à bras-le-corps pour transformer la migration en atout. Ceux qui parlaient d’intégration ont longtemps été accusés de courir après le Vlaams Belang, ce qui a poussé encore davantage les décideurs politiques à détourner leur regard.

L’homme de la rue souhaite que les nouveaux arrivants s’intègrent et se conforment aux lois et aux normes de notre pays.

Je pense qu’en Belgique francophone, de nombreux décideurs évitent également de regarder les choses en face. On y rencontre encore beaucoup de réticence à appeler un chat un chat et à rappeler leurs droits, mais aussi leurs devoirs, aux immigrants, comme cela est accepté en Flandre depuis un certain temps. J’ai parfois l’impression, Alain, que les partis politiques francophones regardent la migration uniquement à travers les lunettes électorales et ne veulent surtout pas offenser les électeurs. Cela conduit à une politique laxiste, qui entraîne à son tour une forte montée de l’extrémisme.

C’est le "communautarisme" que Georges-Louis Bouchez ne cesse de dénoncer dans son combat pour la laïcité et contre le port du voile dans l’administration. Ne crois-tu pas qu’il marque des points auprès des électeurs francophones, Alain? Honnêtement, je pense que oui, car je ne crois pas que les Wallons, les Bruxellois et les Flamands aient un avis différent sur ce point. L’homme de la rue souhaite que les nouveaux arrivants s’intègrent et se conforment aux lois et aux normes de notre pays afin qu’ils puissent saisir les occasions qui leur sont offertes.

La boucle est ainsi bouclée, Alain. Je maintiens que seule la bonne gouvernance est une arme efficace contre l’extrémisme, comme je l’ai soutenu la dernière fois. Et pour mémoire: la bonne gouvernance ne se mesure pas au nombre de morts en Méditerranée, comme tu le suggères. C’était un vilain tacle, Alain, comme on en voit rarement à la coupe européenne de football.

Canal Nord-Sud

Et si on se parlait par-delà la frontière linguistique? Le Nord et le Sud du pays portent-ils un regard différent sur l’actualité? C’est le sujet que nous souhaitons aborder dans notre chronique. Alain Narinx (L’Echo) et Wim Van de Velden (De Tijd) croiseront le fer chaque semaine. Cette chronique est publiée simultanément dans L’Echo et De Tijd chaque jeudi.

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