interview

Wouter De Geest (Voka): "Ce n'est pas la coalition qui compte, mais le contenu"

Wouter De Geest, le président du Voka, estime qu'après 6 mois de blocage pour former une coalition fédérale, il faudrait pouvoir opter pour la formule d'un gouvernement reflétant les majorités régionales. ©BELGA

L'organisation patronale flamande, qui fait sa rentrée politique ce lundi, estime que 470 jours de crise politique, cela suffit. A l'avenir, le principe d'une coalition "miroir" pourrait constituer la solution par défaut pour surmonter les blocages.

"Ce n’est pas la coalition qui compte, mais le contenu du programme." C’est ce que déclare le président du Voka et ancien CEO de BASF Anvers, Wouter De Geest. L’organisation patronale flamande, qui fait ce lundi soir sa rentrée politique, aurait préféré une majorité en Flandre mais tient à donner sa chance à la coalition Vivaldi. D’autant que 470 jours sans gouvernement, ça suffit, estiment les patrons flamands. Entretien.

Quels enseignements tirez-vous de ces 470 jours de crise politique ?

Je ne vous cache pas qu’il y a chez nos membres beaucoup d’insatisfaction, voire une certaine colère, que l’on puisse ainsi galvauder l’avenir du pays et des générations futures. On en a marre, ce n’est plus possible, il faut offrir une perspective. C’est pourquoi je propose que le Parlement planche sur une loi qui prévoit que si après un certain temps, six mois par exemple, il n’y a toujours pas de gouvernement, on opte pour la formule d’un gouvernement "miroir" constitué à partir des majorités dans chacune des deux régions.

En Belgique francophone, le Voka est souvent – à tort ou à raison – associé à la N-VA. Vous ne craignez pas, dans une configuration Vivaldi, d’être mis sur la touche?

Nous ne sommes pas le bras armé de l’un ou l’autre parti. Nous ne faisons pas de politique. Notre rôle est de contribuer à la mise en œuvre des conditions nécessaires pour garantir la prospérité du pays. Nous rappelons à cet égard que la Flandre assure 70% de la prospérité du pays, principalement par le biais de ses entreprises qui, soit dit en passant, investissent également en Wallonie. Nous avons formulé un plan qui vise à remettre l’économie flamande sur les rails d’ici 2030. Je me réjouis que l’informateur Lachaert ait repris cette perspective de notre plan de transformation. Si le futur gouvernement poursuit dans cette voie et réalise toutes les transformations nécessaires, en ce compris une réforme de l’Etat, nous le soutiendrons loyalement.

"Nous ne sommes pas le bras armé de l’un ou l’autre parti. Nous ne faisons pas de politique."

Un gouvernement sans majorité côté flamand ne vous pose-t-il pas un problème?

Nous avons toujours plaidé pour un gouvernement stable afin d’offrir une perspective de long terme. Il est clair que les choses auraient été plus simples avec des majorités au nord et au sud du pays. Pouvoir s’appuyer sur une majorité dans chaque entité fédérée permet d’aller loin. Si tel n’est pas le cas mais que le gouvernement dispose néanmoins de tous les leviers pour aller loin, alors nous n’avons pas de problème. Ce n’est pas la coalition qui compte, mais le contenu.

Le cadre institutionnel actuel est-il encore adapté aux défis socio-économiques qui se profilent?

Ces derniers mois ont montré que la salle des machines du navire Belgique ne tourne plus de manière optimale. Davantage qu’une révision, c’est un démontage et remontage complet qu’il faudra. C’est pourquoi nous proposons que l’ensemble des articles de la Constitution soient soumis à révision. L’idée n’est pas de détricoter la solidarité. Par contre, il faut que chacune des entités dispose des leviers et de la latitude nécessaires pour garantir croissance et prospérité. Prenez l’exemple du marché du travail, qui n’est pas du tout comparable en Flandre et en Wallonie. En Flandre, nous visons un taux d’emploi supérieur à 80% à l’horizon 2030. Pour y arriver, il faut des leviers institutionnels. La Flandre veut renouer avec le peloton de tête européen et elle ne peut en aucun cas se laisser freiner par d’autres niveaux de pouvoir.

"Nous proposons que l’ensemble des articles de la Constitution soient soumis à révision."

Dans votre Pacte 2030, vous prônez la sécurité énergétique et une énergie financièrement abordable. Est-ce à dire qu’il faut reporter la sortie du nucléaire prévue en 2025?

Il faut garantir notre approvisionnement à un prix abordable tout en veillant à réduire nos émissions de CO2. C’est pourquoi les deux centrales qui ne posent aucun problème technique devraient pouvoir rester ouvertes. Dans le même temps, il va falloir investir dans les énergies renouvelables et le stockage d’énergie afin d’assurer la transition énergétique. Je regrette que l’on ne s’y soit pas mis beaucoup plus tôt.

"Les deux centrales qui ne posent aucun problème technique devraient pouvoir rester ouvertes."

Vous proposez également un glissement de la fiscalité sur les revenus vers la consommation et l’immobilier. Va-t-on devoir augmenter la TVA ou taxer les loyers?

Il faut un débat sur quelle fiscalité est la plus juste et ne freine ni la croissance ni la prospérité. On pourrait imaginer une fiscalité qui encourage davantage la consommation durable. S’agissant de l’immobilier, j’observe que dans les pays que nous prenons comme références, l’immobilier est davantage taxé que chez nous. Il faut oser débattre de cette question. Mais je ne plaide pas pour une taxe sur les loyers.

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