portrait

Zuhal Demir, seule contre tous et même pas peur...

La ministre nationaliste flamande de l'Environnement a frappé fort en obtenant la mise en place d'une commission d'enquête sur la pollution industrielle provoquée par la firme 3M à Zwijndrecht.

C’est ce qu’on appelle un forte tête. Zuhal Demir vient à nouveau d’en apporter la preuve en nageant à contre-courant de son propre gouvernement pour obtenir la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire au sujet de la pollution industrielle provoquée par la firme 3M dans la commune de Zwijndrecht, près d’Anvers. L’opposition n’en demandait pas tant…

Zuhal Demir, c’est une femme de caractère, une fonceuse au franc-parler flirtant parfois avec les limites. Elle est aussi un exemple de la méritocratie qui permet, à force de travail et de volonté, de gravir les échelons. Son père, Kemal Demir, un Kurde de Turquie, est arrivé en Belgique dans les années 70 pour travailler dans les mines du Limbourg.

Repérée par Jan Jambon, la jeune avocate spécialisée en droit du travail se lance en politique en 2010. Elle se fait connaître en Belgique francophone lors d’une séance photo jugée provocante dans le péristyle de la Chambre pour un magazine masculin.

Intégrée en 2017 au sein du gouvernement Michel en remplacement d’Elke Sleurs, Demir est chargée de l’Egalité des chances et s’en prend notamment à Unia, qu’elle juge "obsédée par le Père Fouettard au détriment des vrais problèmes".

Charles Michel la rappelle à l’ordre lorsqu’elle s’en prend au CD&V, qu’elle estime trop accommodant avec les musulmans, mais il la défend lorsqu’elle reçoit des menaces de la part de certains membres de la diaspora turque en Belgique.

Avec Assita Kanko et Darya Safai, Zuhal Demir incarne un trio de femmes N-VA issues de l’immigration pour qui l’universalisme des Lumières doit primer sur la religion ou la tradition.

Zuhal Demir estime avoir hérité d’un "dossier de merde" (sic) dont elle ne possède pas tous les éléments.

Un dossier pourri

Si Zuhal Demir a suggéré de laisser le scandale de la pollution au PFAS à Zwijndrecht entre les mains d’une commission d’enquête parlementaire, c’est parce qu’elle estime avoir hérité d’un "dossier de merde" (sic) dont elle ne possède pas tous les éléments. Demir n’avait d’ailleurs pas cherché à cacher sa contrariété lorsqu’elle s’était vue attribuer le portefeuille de l’Environnement. Les quatre ministres qui l’ont précédé à ce poste étaient tous des CD&V.

Ses collègues au gouvernement, y compris à la N-VA, n’ont cependant guère apprécié cet empressement en faveur d'une commission d'enquête et l’ont convoquée place des Martyrs pour lui passer un savon. La séance fut houleuse, mais Demir ne s’est pas laissée démonter, au contraire. "Je suis allée trop vite alors que le problème est vieux de vingt ans?", a-t-elle lancé à ses collègues. Seule contre tous et même pas peur... Dans les colonnes du Soir, le chroniqueur flamand Ivan De Vadder qualifie Zuhal Demir de "Jeanne d’Arc de la Flandre".

C’est finalement le changement de cap de l’Open Vld qui a sorti Zuhal Demir de l’ornière, même si elle a de tout temps pu compter sur le plein soutien de son président Bart De Wever. Mercredi soir, le Parlement flamand a donné son feu vert à la mise sur pied d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur un des plus gros scandales sanitaires de ces dernières années en Flandre.

Le profil

  • 1980 : naissance à Genk
  • 2003 : licence en droit (KULeuven)
  • 2004 : master en droit social (VUB)
  • 2004 : avocate dans un cabinet international
  • 2010 : élue députée fédérale
  • 2017 : secrétaire d’État à l'Égalité des chances dans le gouvernement Michel
  • 2019 : ministre flamande de l’Environnement, Justice, Tourisme et Energie

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