1,3 milliard pour le dernier parc éolien belge en mer

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Le dernier des parcs actuellement planifié au large des côtes belges a bouclé son financement: les travaux vont pouvoir débuter.

Malgré des négociations longues et difficiles avec le Fédéral, qui a revu à la baisse le soutien à l’éolien en mer, le feu vert est maintenant donné pour la construction du dernier parc actuellement projeté au large des côtes belges, avant que le gouvernement fédéral ne développe une autre zone, située, elle, dans les eaux territoriales à proximité de la frontière française. "Il y a 14 mois, il n’était pas encore certain que ce projet pourrait se réaliser, rappelle Koen Janssen, le président de Seamade. Mais nous sommes toujours sur les rails pour contribuer aux objectifs européens de 2020."

Rencontre de presse organisée par SeaMade pour marquer une étape pour l'énergie éolienne offshore en Belgique en présence du Secrétaire d'État Philippe De Backer. ©Photo News

Seamade, né de la fusion des concessions Seastar et Mermaid, a bouclé son financement lundi. Le montant total de l’investissement: 1,3 milliard d’euros, dont 200 millions ont été apportés en fonds propres par les actionnaires – à savoir le consortium Otary, qui détient 70% des parts et regroupe huit actionnaires, dont Deme, Elicio, la SRIW et Socofe, Engie Electrabel, actionnaire à 17,5%, et Eneco, qui détient 12,5%.

Pour Electrabel, c’est la première participation à un parc éolien en mer. Le groupe avait bien, fin des années 90, cherché à construire le premier parc éolien belge en mer, Seanergy, au large de Knokke. Mais le permis avait été suspendu par le Conseil d’État suite au recours d’une octogénaire habitant sur la digue, avant d’être annulé par le gouvernement. "Seamade renforce notre position comme premier producteur vert du pays, avec 647 MW installés, souligne Philippe Van Troeye, CEO d’Engie Benelux et d’Engie Electrabel. Et il montre que quand le cadre régulatoire est propice, il est possible de mener de très grands projets en Belgique."

"Des banques chinoises ou japonaises participent au financement. J’y vois un signe de confiance dans l’économie belge."
Mathias Verkest
CEO de Seamade


Le solde de l’investissement, soit 1,1 milliard d’euros, est financé par un consortium international composé de la Banque européenne d’investissement – qui apporte à elle seule 250 millions par le biais du plan Junker –, de l’organisme danois de crédits à l’exportation EKF et de 15 banques commerciales, belges et internationales. Aux côtés des quatre grandes banques belges, on trouve ainsi des banques espagnoles ou allemandes, mais aussi chinoises ou japonaises. "J’y vois un signe de confiance dans l’économie belge", se félicite Mathias Verkest, le CEO de Seamade, qui est parvenu à boucler ce financement en un temps record: moins de 2 mois et demi.

En ligne avec les prix récents de l’électricité

Parc éolien de Thorntonbank devant la côte belge dans la Mer du Nord. ©BELPRESS

Le projet dispose d’un soutien garanti par le Fédéral de 79 euros par MWh, prix de l’électricité compris, durant 17 ans. Si le prix de l’électricité sur les marchés se trouve sous ce niveau, la différence sera comblée par des certificats verts, dont le coût sera répercuté sur la facture d’électricité des consommateurs. "Cela vaut la peine de souligner qu’en novembre, le prix moyen de l’électricité sur les marchés a été de 78 euros par MWh, soit un euro de moins seulement que le niveau de soutien garanti à Seamade", note Mathias Verkest.

Les grands travaux en mer devraient commencer en juin. Le parc, qui devrait être pleinement opérationnel fin 2020, devrait produire un peu plus de 2 TWh par an, l’équivalent de la consommation de 485.000 ménages. Il sera composé de 58 éoliennes fabriquées par Siemens Gamesa, dont le rotor fait 167 mètres de diamètre, ce qui porte leur hauteur totale à 193 mètres. Cela en fait les plus grandes au monde, sinon les plus puissantes: les machines que Seamade va installer offrent une capacité de 8,4 MW, alors que celles de Northwester 2, l’autre parc éolien encore à construire au large des côtes belges, affichent 9,25 MW, mais avec un rotor de quelques mètres de moins.

Le projet comprend aussi une capacité additionnelle de 20 MW en énergie houlomotrice. Mais là, les actionnaires ont décidé de prendre leur temps. "Nous avons transféré cette activité dans une société séparée, pour ne pas bloquer l’ensemble du projet, explique Mathias Verkest. Nous disposons de la durée de la concession pour réaliser ce projet pilote, et les technologies nécessaires ne sont pas encore là."

De l’électricité destinée aux clients d’Eneco

C’est le fournisseur d’énergie Eneco, actionnaire de Seamade via sa filiale Eneco Wind Belgium, qui achètera la totalité de l’électricité produite par le parc durant les 17 premières années. "Il était important pour le bouclage du financement de Seamade de disposer d’un tel contrat d’achat d’électricité, souligne Michael de Schaetzen, CEO d’Eneco Wind. Et c’était très important pour Eneco, qui suite au rachat d’Eni, compte 1 million de clients en Belgique, à qui il a promis de fournir une électricité 100% verte et locale d’ici à 2025. Grâce à ce contrat d’achat, nous atteindrons cet objectif dès 2021."

Si Eneco se félicite du feu vert désormais donné à Seamade, il se montre par contre très inquiet de ce qui se passe dans l’éolien onshore. "Rien qu’en Belgique, nous sommes impliqués dans des projets renouvelables pour plus de 1.100 MW, souligne Miguel de Schaetzen. Mais alors que la marche de ce dimanche a encore confirmé qu’il était évident qu’il fallait aller vers le développement de l’éolien, c’est de plus en plus difficile. Il y a quelques années, les projets onshore prenaient deux à trois ans. Aujourd’hui, la moyenne est largement au-dessus des 5 ans, et nous avons une série de dossiers qui traînent depuis plus de 10 ans."

Les conséquences sont importantes, puisque cela signifie qu’Eneco et beaucoup de ses concurrents en sont réduits à installer des éoliennes qui sont des anciens modèles. "Comme les permis traînent des années dans les couloirs du Conseil d’État, et que nous ne pouvons plus les modifier, le rendement de ces machines est 25 à 30% inférieur à celui des éoliennes les plus modernes." Ce qui, bien sûr, coûte plus cher aux porteurs de projet, mais va aussi obliger à installer davantage de machines pour atteindre les mêmes résultats.

"Il faut rendre le Conseil d’État plus efficace en termes de temps de traitement des dossiers, et plus cohérent dans ses décisions" réclame Miguel de Schaetzen.


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