172 milliards d'euros se sont envolés de la Belgique vers des paradis fiscaux

Les importations belges au départ des Émirats arabes unis portaient sur 1,2 milliard d’euros au cours des 11 premiers mois de 2019. ©BELGA

Les entreprises belges déclarent surtout des paiements vers les Émirats arabes unis.

Au cours de l’année de déclaration 2019, les entreprises belges ont transféré pas moins de 172,3 milliards d’euros de paiements vers les plus célèbres paradis fiscaux. C’est ce qui ressort des chiffres qui nous ont été communiqués par l’administration fiscale. La plupart des paiements effectués au cours de l’année de déclaration 2019 (revenus 2018) au départ de la Belgique avaient pour destination des paradis fiscaux comme les Émirats arabes unis, suivis par l’Ouzbékistan, les îles Caïmans, les Bermudes et le Turkménistan.

Dans notre pays, les entreprises sont obligées de déclarer au fisc tous les paiements à partir de 100.000 euros effectués vers une trentaine de paradis fiscaux. Au cours de l’année de déclaration 2019, 790 sociétés et autres personnes morales ont dû faire cette déclaration, un chiffre en recul par rapport aux années précédentes. Dans la précédente année de déclaration (2018), il était encore question de 206,8 milliards d’euros de paiements en direction des paradis fiscaux. Mais avec 172 milliards d’euros, notre pays se situe encore clairement au-dessus des 129,9 et 82,8 milliards d’euros de 2017 et 2016.

"Nous ne pouvons pas parler de fraude, ni même d’argent sale, car il s’agit de paiements déclarés."
Francis Adyns
Porte-parole de l’administration fiscale

"Ces montants sont particulièrement élevés et sont la meilleure preuve que les entreprises et groupes continuent à utiliser des entités dans des paradis fiscaux. On aurait pu penser que ce phénomène était en train de disparaître dans le monde fiscal, mais ce n’est donc pas le cas", explique Axel Haelterman, professeur de droit fiscal à la KU Leuven. "Il ne s’agit cependant pas uniquement de montants déduits fiscalement par les entreprises, ce qui relativise tout de même l’impact pour notre pays. Il peut par exemple aussi s’agir du remboursement d’un emprunt. On y trouve cependant tout un méli-mélo de transactions. Ces déclarations sont malgré tout utiles. Le fisc doit certainement continuer à suivre ces dossiers pour s’assurer qu’il n’y a pas anguille sous roche et pour identifier ceux qu’il aurait intérêt à étudier de plus près."

"Nous ne pouvons pas parler de fraude, ni même d’argent sale, car il s’agit de paiements déclarés", souligne le porte-parole de l’administration fiscale, Francis Adyns. "Tous ces paiements sont passés au crible: il doit s’agir de transactions réelles et justifiées, et pas de constructions artificielles. Si nous identifions des structures suspectes, elles sont analysées plus en profondeur. Au cours de l’année de déclaration 2018, 75 dossiers ont fait l’objet d’une enquête, dont 35 ont au final ont été analysés en détail. Dix dossiers se sont retrouvés aux mains de l’Inspection spéciale des impôts."

"Il n’existe aucune statistique sur les secteurs économiques concernés par ces paiements. Mais un nombre important de transactions partent d’institutions financières."
Francis Adyns
Porte-parole de l’administration fiscale

Cette somme de 172 milliards d’euros de paiements vers des paradis fiscaux notoires est remarquablement élevée si l’on songe par exemple que les importations belges au départ des Émirats arabes unis ne portaient "que" sur 1,2 milliard d’euros au cours des 11 premiers mois de 2019. Il est bien entendu toujours possible que de nombreux paiements concernent le commerce du diamant. Les importations d’autres pays du top 5 des paradis fiscaux sont complètement marginales: quelques millions d’euros pour l’Ouzbékistan et le Turkménistan et moins de 100.000 euros pour les Bermudes et les îles Caïmans.

À quoi servent ces flux financiers? Le fisc a refusé de nous transmettre les noms des entreprises concernées au premier chef par ces paiements. Adyns: "Il n’existe aucune statistique sur les secteurs économiques concernés par ces paiements. Mais un nombre important de transactions partent d’institutions financières."

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