À quoi sert (vraiment) la taxe kilométrique?

Blocage des camionneurs, près d'Achêne. ©Photo News

Les camionneurs sont furieux contre la taxe kilométrique, surtout en Wallonie. Selon eux, elle est injuste, inutile et peu pratique. Mais à quoi sert-elle?

La taxe kilométrique provoque la colère des camionneurs, particulièrement en Wallonie. Celle-ci permettrait pourtant au gouvernement wallon de financer la moitié du plan d'investissement 2016-2019 visant à améliorer les infrastructures routières et fluviales.

Réaménager un réseau vieillissant

La taxe entre donc dans la logique du réaménagement des réseaux de transports wallons. Selon Maxime Prévot, le trafic de marchandises mais aussi de personnes ne pourra qu’augmenter, alors que les infrastructures, tant routières que fluviales (qui supportent l’équivalent de 2 millions de camions semi-remorque par an), vieillissent. Elles doivent être rénovées.

Les véhicules concernés par la taxe kilométrique doivent peser plus de 3,5 tonnes tout et transporter des marchandises. Mais attention, le transport d'animaux (même pour le loisir) est considéré comme transport de marchandises.

Si les camions sont visés par la taxe, c’est à cause de leur impact sur l’état des routes. "Le passage d’un camion de 44 tonnes équivaut au passage de 150 000 véhicules cumulés", écrit le ministre.

Le gouvernement mise d'ailleurs le plus gros sur les routes "normales", parce qu’elles supportent plus de trafic, plus d’usure et donc plus d'accidents. L'un des objectifs du gouvernement étant aussi de réduire drastiquement le nombre de tués chaque année. Il espère passer à moins de 200 tués par an en 2020.

Créer de l'emploi

Enfin, une étude PwC, citée par le rapport du plan d’infrastructures, établi aussi un lien direct entre investissements et croissance.

8 300 emplois?
Ce plan Infrastructures pourrait créer entre 5.800 et 8.300 emplois, selon le rapport du ministre Maxime Prévot.

Selon celle-ci, un investissement de 320 millions d’euros générera une valeur ajoutée comprise entre 209 et 312 millions d’euros. De plus, cela permettrait de créer entre 2 912 à 4 138 emplois. C'est pour cela que le gouvernement a décidé de doubler l’investissement (640 millions d’euros), financé en partie par la taxe.

Mais du côté de l'UPTR et de la Febetra, on dénonce une mesure injuste. Leurs arguments:

  • La taxe représente une augmentation de 500 à 800% du droit d’usage de la route. Selon la catégorie et l'âge du camion, le transporteur devra débourser entre 12,8 et 20 centimes au km.
  • Les comptes de la plupart des transporteurs sont dans le rouge et le handicap salarial belge par rapport à la concurrence affaiblissent le secteur.

Pourquoi abandonner l'Eurovignette?

La Belgique délaisse donc le système d’Eurovignette au profit ce cette taxe. Mais les camionneurs n’en sont pas pour autant exemptés dans les autres pays conservant ce système. À savoir: Les Pays-Bas, le Luxembourg, le Danemark et la Suède.

Côté allemand, une taxe kilométrique similaire (via un système OBU, "On Board Unit", tel que proposé en Belgique), est appliquée depuis 2005. Mais elle ne concerne que les camions de plus de 12 tonnes. Et, selon le poids du camion, la taxe coûte entre 0,14 et 0,29 euros au kilomètre. Si cette taxe a permis de renflouer les caisses de l’État, elle n’a par contre pas réellement permis  de réduire le nombre de camions sur les routes. Un argument que reprend l'UPTR, estimant que les transporteurs pourraient même augmenter le nombre de camionnettes au dépens des camions pour contourner la taxe. 

 En France, "l’écotaxe", proposée au début du mandat de François Hollande, a vite été retirée après la colère des camionneurs, particulièrement dans certaines régions, comme la Bretagne, où les portiques permettant de contrôler les passages des camions ont parfois été détruits. Ségolène Royal, ministre de l’environnement, a donc abandonné l’idée.

Si la situation se débloque après l'intervention de la police, la grogne n'est pas calmée. Selon Michaël Reul, secrétaire général de l’UPTR, le coût opérationnel serait de "1,6 milliard d’euros sur 12 ans" avant que le système ne commence à devenir rentable, sans oublier les déboires techniques avec les boîtiers utilisés pour comptabiliser les kilomètres parcourus. Pour le secteur, pas question d'imposer cette taxe pour le moment.

©MFN

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