AB Lease blanchissait l'argent de la pègre bruxelloise

©Tim Dirven

La justice a établi qu’AB Lease était fournisseur privilégié des voitures de luxe d’un grand nombre de truands bruxellois. Son administratrice déléguée écope d’une peine de prison avec sursis.

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a condamné la société AB Lease et son administratrice déléguée Sylvie Beeuwsaert au pénal, la semaine dernière, pour des infractions au code des impôts, des faux en écriture et du blanchiment. La justice a estimé qu’AB Lease et Sylvie Beeuwsaert ont recyclé l’argent de la pègre bruxelloise durant près d’une décennie. L’administratrice est condamnée à une peine de 10 mois de prison et 6.000 euros d’amende, le tout avec sursis, tandis que la société devra payer une amende de 90.000 euros pour moitié avec sursis.

AB Lease, installée à Sint-Peters-Leeuw, est une société de leasing automobile implantée sur le marché depuis une trentaine d’années. Elle compte une flotte régulière d’environ 80 véhicules, pour certains de très grand luxe (Ferrari, Maserati, Jaguar…). Et elle a payé cher ses rapports avec le monde de la délinquance et le fait d’accepter des paiements en espèce, pour un total découvert de près de 300.000 euros en une décennie.

Le dossier a pris sa source dans les années 2000 quand les enquêteurs des sections "grand banditisme" de la police judiciaire fédérale se sont rendu compte qu’un grand nombre de véhicules utilisés par des délinquants connus appartenaient à AB Lease.

Clients connus

En effet, selon le jugement auquel L’Echo a eu accès, une proxénète connue à Bruxelles, Sandra C., a délivré plus de 20.000 euros en liquide pour le leasing d’une Mercedes entre 2006 et 2012. Autres clients célèbres: les frères Asslan et Bayram Ciku, anciens rois des bars à hôtesses bruxellois, ont versé plus de 53.000 euros en liquide pour des Audi A3, BMW Z4 ou Austin Mini.

Un autre client, Ahmed H., a versé plus de 76.000 euros, toujours en cash, via une société exploitant officiellement un centre de bronzage mais cachant en fait un salon de prostitution. Lors d’une enquête sur ce dernier, Sylvie Beeuwsaert avait déclaré ne pas souhaiter être entendue, "ne pouvant pas se permettre de perdre un très bon client", indique le jugement. Qui poursuit ainsi: "L’administratrice déléguée s’est volontairement abstenue d’effectuer le moindre contrôle et, dans certains dossiers, était au courant des ennuis judiciaires des clients (…) La circonstance que les paiements en espèces ne représentaient qu’une infime partie de l’ensemble des paiements effectués en faveur de la société n’est pas de nature à exclure les responsabilités" de Sylvie Beeuwsaert et AB Lease, poursuit le tribunal, qui voit ainsi les faits de blanchiment établis. Sylvie Beeuwsaert avait plaidé une suspension du prononcé, tandis que le parquet avait réclamé une peine d’un an de prison avec sursis.

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