Alibaba a-t-il fait entrer des agents du renseignement chinois à l'aéroport de Liège?

En février dernier, le collectif Stop Alibaba & co a déployé une bâche sur le futur entrepôt de Cainiao, la filiale logistique d’Alibaba qui se construit à côté de l’aéroport de Liège. ©doc

Alibaba doit ouvrir des postes à des agents des renseignements chinois. Ce qui est vrai en Chine l'est aussi à Liège. La Sûreté de l'État suit cela de près.

Via la succursale d'Alibaba à Liège, il n'est pas impossible que des agents des services de renseignements chinois aient accès aux zones sensibles et sécurisées de l'aéroport. Interrogé par le député Ecolo Samuel Cogolati en Commission Justice de la Chambre, le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne, a répondu sans détour. Oui, la Sûreté de l'État confirme que l'aéroport de Liège revêt une importance stratégique pour la Chine. Des entreprises comme Alibaba sont tenues d'ouvrir des postes au sein de l'entreprise à des agents de renseignement chinois, a aussi précisé le ministre de la Justice.

"Les agents de services de renseignements chinois pourraient avoir accès aux zones sensibles et sécurisées de l'aéroport".
Vincent Van Quickenborne
Ministre de la Justice

Mais ce n'est pas tout. En Chine, une loi de 2017 sur le renseignement national oblige toutes les entreprises à coopérer avec les agences de renseignement chinoises. Et cette obligation s'applique également à Alibaba en Chine, mais également en Belgique.

"Cela signifie que pour la succursale d'Alibaba à Liège (...) les agents de services de renseignements chinois pourraient avoir accès aux zones sensibles et sécurisées de l'aéroport", lit-on encore dans la réponse faite par le ministre de la Justice à Samuel Cogolati.

Potentiel transfert de données personnelles

Se basant sur une enquête récente du Financial Times et sur les pratiques d'Alibaba en Chine, le député a ensuite tenté de savoir s'il n'y avait pas un risque de voir Alibaba Liège transférer vers la Chine les données personnelles récoltées en Belgique. La Sûreté de l'État ne dispose pas d'informations suffisantes pour répondre avec certitude à cette question, a répondu Vincent Van Quickenborne, avant d'ajouter qu'il est "fort probable que de tels transferts de données se produisent".

Une législation chinoise de 2016 oblige les entreprises chinoises à stocker leurs données sur des serveurs chinois locaux et donne des pouvoirs étendus aux services de sécurité chinois qui peuvent consulter les serveurs informatiques.

"Alibaba devra également obéir à l'appareil de sécurité chinois dans le cas où ce dernier souhaite avoir accès aux données commerciales et personnelles potentiellement sensibles détenues par Alibaba dans le cadre de ses activités à Liège", a encore précisé Vincent Van Quickenborne.

Nécessaire filtrage

La question aujourd'hui est de savoir si les autorités belges ont été trop naïves au moment d'ouvrir les portes de l'aéroport de Liège aux Chinois, aujourd'hui considéré comme le neuvième aéroport logistique d'Europe. Une solution, explique Samuel Cogolati, serait de filtrer les investissements étrangers en Belgique.

"On ne peut pas accepter que Liège devienne un pion de la stratégie de l'expansion économique de la Chine."
Samuel Cogolati
Député fédéral

À cet égard, il est bon de noter qu'un règlement européen proposant un cadre de filtrage des investissements directs étrangers dans l'Union est entré en vigueur dans le courant du mois d'octobre 2020. Pourtant, la Belgique ne dispose pas encore d'un tel mécanisme "et il semble que les investissements d'Alibaba n'aient pas été filtrés par la Belgique", explique encore le député Ecolo pour qui "il faut investir dans le contrôle démocratique et public des investissements étrangers en Belgique".

Dans le cadre de sa réponse en commission à la Chambre, le ministre de la Justice a précisé que le ministre de l'Économie, Pierre-Yves Dermagne, travaillait au développement de ce mécanisme en Belgique.

Silence radio du côté d'Alibaba

"On ne peut pas accepter que Liège devienne un pion de la stratégie de l'expansion économique de la Chine", nous a expliqué le député, qui a envoyé d'autres questions aux ministres de la Défense et des Affaires étrangères et au Secrétaire d'État en charge de la Digitalisation et de la Protection de la vie privée. Pour Samuel Cogolati, "le modèle Alibaba représente une menace" pour les droits et les données personnelles des Belges. "On ne va pas sacrifier nos libertés fondamentales sur l'autel de l'e-commerce", conclut-il.

Contacté en soirée, Alibaba a fait savoir qu'il n'avait pas de réponse à apporter à nos questions.

Dossier à suivre de près.

Le résumé

  • Depuis 2018, le géant chinois de l'e-commerce Alibaba veut faire de l'aéroport de Liège un hub commercial.
  • Des agents des services de renseignement chinois seraient présents chez Alibaba à Liège.
  • Le député Samuel Cogolati demande un filtrage des investissements étrangers.
  • La Sûreté de l'État suit la situation de près.

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