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Aller dans les commerces, oui, voir sa famille, non: la décision polémique

Les commerces de détail rouvriront le 11 mai, tandis que les familles ne pourront se revoir que le 18. Un agenda qui suscite le débat. ©Photo News

La décision de rouvrir les commerces avant d'autoriser les rencontres familiales a enflammé le débat ce week-end. Est-elle pour autant dépourvue de logique?

Le couperet est tombé: les commerces rouvriront le 11 mai, tandis que les rencontres en famille ne pourront reprendre qu'une semaine plus tard. Cet agenda, dévoilé vendredi soir par le Conseil National de Sécurité (CNS), n'a pas fait que des heureux. Nombre d'internautes, mais aussi certains responsables politiques, se sont empressés de fustiger ce timing.

Ecolo rue dans les brancards

"Il est incompréhensible que le plan de déconfinement prévoie d'autoriser la réouverture des commerces sans permettre préalablement les retrouvailles familiales en cercle restreint", se sont notamment insurgés les coprésidents d'Ecolo Rajae Maouane et Jean-Marc Nollet. À leurs yeux, cette mesure équivaut à "faire passer l'économie avant l'humain".

Au cdH, c'est Georges Dallemagne qui est monté au créneau. Le député fédéral a déploré que "rien" ne soit prévu pour les familles dans le déconfinement partiel du 4 mai. "Visiblement, il a manqué un cdH autour de la table", a-t-il lancé.

"Il est incompréhensible que le plan de déconfinement prévoie d'autoriser la réouverture des commerces sans permettre préalablement les retrouvailles familiales en cercle restreint."
Raja Maouane et Jean-Marc Nollet
Co-présidents d'Ecolo

Si l'opposition d'un représentant du parti centriste, qui ne siège dans aucun exécutif, n'est pas très surprenante, celle d'Ecolo, présent dans les gouvernements bruxellois, wallon et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, l'est nettement plus. Aucun écologiste n'était certes assis à la table du CNS, mais les chefs des trois gouvernements dont ils font partie étaient eux bien présents vendredi soir au moment de trancher.

"On relaie les préoccupations dans les instances où nous sommes associés. Mais, comme nous ne sommes pas au CNS, nous avons appris les décisions comme tout le monde, a assuré dimanche un porte-parole du parti écologiste. Les informations connues jusque-là parlaient d'un début de la phase de déconfinement au 4 mai et la reprise probable des contacts sociaux en cercle restreint avait été évoquée. Mais le CNS, où nous ne siégeons pas, en a décidé autrement."

"Je pense qu'il y a un moment pour travailler tous ensemble à la lutte contre la propagation du virus et un moment pour faire de la politique politicienne."
Sophie Wilmès
Première ministre

Cette précision n'a toutefois pas été du goût de la Première ministre. Sur RTL-TVi, Sophie Wilmès (MR) a fait part de sa désapprobation. "Je pense qu'il y a un moment pour travailler tous ensemble à la lutte contre la propagation du virus et un moment pour faire de la politique politicienne. Pourquoi est-ce que je dis ça ? Parce qu'Ecolo semble oublier que toutes ces mesures sont prises en concertation avec les entités fédérées, dont ils font partie. Ils font partie de ces gouvernements."

La toile s'enflamme

Déjà contestée par certains, la décision du CNS le fut d'autant plus après une réponse du vice-premier ministre Alexander De Croo (Open Vld) à une journaliste. Invité sur le plateau de VTM pour exposer les mesures prises, le libéral flamand n'a pas exclu que des familles puissent se rencontrer dans des commerces, à condition de porter des masques. Il n'en fallait pas plus pour enflammer la toile.

"Je n'ai pas dit qu'il fallait faire du social shopping."
Alexander De Croo
Vice-premier ministre

Agacé par la tournure des événements, De Croo a par la suite précisé qu'il avait répondu par une "boutade". "Mais la nuance et le contexte n'ont pas du tout été compris. Je n'ai évidemment pas dit qu'il fallait faire du social shopping", a-t-il assuré, rappelant que les réouvertures des commerces seront assorties de conditions strictes. Ces dernières devront encore être clarifiées dans les prochaines semaines.

Politiques VS experts?

Ces réouvertures, tant attendues par certains, ne sont toutefois pas encore garanties. Sophie Wilmès a prévenu: le calendrier de déconfinement pourra être revu en fonction de l'évolution de l'épidémie.

Le virologue Marc Van Ranst a été encore plus clair: sans diminution nette des admissions dans les hôpitaux, les magasins devraient rester fermés. D'après lui, les hospitalisations doivent passer sous la barre des 100 par jour afin que le déconfinement puisse être enclenché.

Cet avis, énoncé par un membre du groupe en charge de l'Exit Strategy (GEES), sera-t-il entendu par le monde politique? C'est possible, mais pas certain. Les décisions prises vendredi par le CNS le démontrent: les recommandations des scientifiques ne sont pas toujours suivies à la lettre. Alors que ceux-ci préconisaient une réouverture des magasins en deux temps (le 4 et le 18 mai), le monde politique a d'ailleurs décidé que tout reprendrait le 11 mai.

Si certaines tensions entre experts et politiques ne peuvent être niées, les deux parties ont décidé de travailler de concert. "Le travail de déconfinement est basé sur un dialogue entre les membres du Conseil de Sécurité élargi aux ministres-présidents et les experts et continuera de l’être tout au long du processus", ont d'ailleurs affirmé d'une seule voix au quotidien Le Soir, Sophie Wilmès et Erika Vlieghe, qui préside le GEES.

Revoir la communication

Bien qu'elle suscite l'ire de beaucoup, la décision du gouvernement d'ouvrir les magasins avant d'autoriser les rencontres familiales et amicales n'est pas dépourvue d'une certaine logique en matière de gradation des risques. Des échanges, potentiellement de plusieurs heures dans un cadre privé, ne sont en effet pas comparables avec une visite, d'une durée limitée et assortie de conditions strictes, dans un commerce

La frustration, légitime, des citoyens privés de contacts sociaux physiques ne doit toutefois pas être minimisée. Une chose semble claire: la communication gouvernementale sur le déconfinement n'a pas été à la hauteur des enjeux. D'ici le prochain CNS, l'exécutif aura tout intérêt à corriger le tir. La population a plus que jamais besoin de réponses claires et précises. Celles-ci gagneraient probablement à être exposées de manière didactique à une heure de grande écoute, plutôt que dans un jargon technocratique après la tombée de la nuit.

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