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Annemie Schaus (ULB): "La hausse des inscriptions constitue un défi incroyable"

Annemie Schaus, rectrice de l'ULB, estime qu'il faut "discuter d'une refonte de la loi de financement, parce qu'au-delà des moyens se pose aussi la question de leur répartition dans l'enseignement supérieur."

La rectrice de l'ULB, Annemie Schaus, se réjouit d'une nouvelle hausse des inscriptions, même si cela constitue un "défi incroyable compte tenu du sous-financement chronique des universités".

Vendredi fin de journée, le calme règne encore sur le campus ixellois de l'Université libre de Bruxelles (ULB). Dans les locaux du rectorat, par contre, on s'active à l'approche de la rentrée académique. C'est dans son bureau, orné d'œuvres d'Alechinsky et de Roger Somville, que nous rencontrons la rectrice Annemie Schaus.

Vous êtes entrée en fonction en septembre 2020. Quel regard portez-vous sur votre début de mandat?

Ce fut une année très compliquée et, en même temps, enrichissante parce qu’elle m’a donné l’opportunité de constituer une équipe fantastique. Malgré la gestion de la crise, nous sommes parvenus à mettre en œuvre plusieurs points de mon programme. Parmi ceux-ci, il y  en a un qui me tient particulièrement à cœur: les "actions blanches". Ce sont des financements pour des projets de recherche risqués et audacieux.

"La crise a démontré que la recherche fondamentale est essentielle"
Annemie Schaus
Rectrice de l'ULB

Comment cela fonctionne-t-il?

En gros, quand vous postulez aujourd'hui pour obtenir des financements pour des projets de recherche, vous devez démontrer que vous avez déjà publié dans le domaine, que vous avez obtenu des résultats. Or, et cette crise sanitaire l'a encore démontré, la recherche fondamentale est essentielle. Certains projets de recherche méritent d’être soutenus même si le chercheur ne peut pas vous garantir un résultat au préalable.

La crise a facilité des avancées en la matière?

En tout cas, elle nous a motivés à chercher des ressources pour financer ces projets. Lors du premier confinement, j’avais lu un article d’un chercheur français qui travaillait depuis longtemps sur le coronavirus et qui ne bénéficiait plus de financement, car ce n'était plus à la mode.

Ça m’avait interpellé et en discutant avec mon équipe, notamment Marius Gilbert qui est vice-recteur à la recherche, on s’est dit qu’on devait soutenir de tels projets. On a cherché et trouvé le financement et nous pourrons donc lancer six actions blanches cette année.

L’an dernier, une hausse des inscriptions avait été observée à l’ULB. Qu’en est-il cette année?

Les inscriptions ne sont pas encore terminées, mais en comparant de date à date, on observe effectivement une nouvelle hausse. L’ULB étant une université ouverte, on se réjouit que des étudiants s’inscrivent, aient envie d’apprendre et de participer à la construction d’une société meilleure.

En même temps, cela représente un défi incroyable, car on manque de locaux. Vu le sous-financement des universités, c’est très dur à affronter. Un autre défi essentiel cette année sera de pouvoir accompagner nos étudiants, qui reviennent en présentiel, après deux années covid.

Ne craignez-vous pas que les élèves issus du secondaire arrivent moins bien formés à l’université?

Je ne suis pas certaine que ce sera le cas. Je pense qu’ils sont bien formés parce qu’ils ont dû se débrouiller seuls. Ils ont appris l’autonomie et la gestion du travail dans des conditions difficiles.

"L'ascenseur social constitue l'une de mes priorités."
Annemie Schaus
Rectrice de l'ULB

Évidemment, ce n’est pas exclu qu’ils aient aussi certaines lacunes. Il faudra les accompagner en testant et en étant à leur écoute. Nous lançons d'ailleurs un projet, baptisé "Ma première sur-mesure" dans quatre facultés.

Les étudiants pourront, sur base volontaire, faire un test d'orientation afin d'évaluer leurs connaissances. Ensuite, en fonction de leurs désidératas, on leur offrira un accompagnement pour leur permettre de faire face aux exigences d'un enseignement universitaire. Cela participera à faire fonctionner l'ascenseur social, ce qui constitue l’une de mes priorités.

Nous venons de parler des nouveaux étudiants, mais qu’en est-il de ceux qui étaient déjà à l’université. La qualité de leur formation a-t-elle pâti de la crise?

Nous sommes en train d'analyser les résultats des examens car la deuxième session se termine à peine. Comme les jeunes du secondaire, nos étudiants ont dû se débrouiller. Je sais qu'on a beaucoup parlé de tricherie lors des épreuves à distance, mais ce n'est pas nécessairement un indice, dans la mesure où ceux qui avaient des examens en présentiel ont mieux réussi également.

Ça veut donc dire que parmi nos jeunes, tout perdus qu'ils étaient, ceux qui se sont accrochés ont sans doute travaillé plus et mieux réussi. On doit toutefois encore affiner notre analyse pour identifier les raisons qui font que les résultats sont meilleurs.

Les critères de finançabilité pour les étudiants avaient été neutralisés l'année dernière. Faut-il réitérer?

Il ne faut pas oublier qu'une bonne partie des étudiants ont été meurtris. On doit penser à ceux qui n'ont pas réussi à s'accrocher et qui ont été psychologiquement affectés. Je crois donc que ceux qui ont eu des difficultés devraient pouvoir continuer à être financés.

Finançabilité, kezako?

En Belgique francophone, le coût des études d'un étudiant est assumé pour une petite partie par les droits d'inscription et pour la plus grande par un subside versé à l'établissement par la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce subside n'est versé que pour les étudiants qui sont considérés comme "finançables".

Aujourd'hui, le statut d'étudiant finançable dépend d'un calcul complexe des crédits obtenus par un jeune, et donc de sa réussite dans un certain nombre de matières. Après des échecs répétitifs ou de nombreuses réorientations, un établissement supérieur peut refuser d'inscrire un étudiant devenu "non-finançable".

Vu la crise du covid, les critères de finançabilité avaient été neutralisés l'année dernière. Pour celle en cours, aucune décision n'a encore été actée.

La crise a mis en lumière la précarité étudiante. Y a-t-il eu suffisamment d’actions du monde politique pour aider les étudiants en détresse?

La ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Glatigny, a été sensible à cette question. Elle a débloqué à deux reprises des fonds supplémentaires pour l'aide sociale aux étudiants. Certains critères d'octroi de ces aides restent toutefois encore assez stricts. Raison pour laquelle l'ULB a déployé des moyens elle-même. J'ai notamment créé le Fonds Rosa pour venir en aide aux étudiants précarisés.

Que pensez-vous de la refonte du décret paysage, dont l'un des objectifs est d'améliorer le taux de réussite dans le supérieur?

Le décret précédent devait être évalué, car il avait des effets défavorables, notamment celui de conduire à un allongement de la durée des études. La réforme est donc une très bonne chose. Quant à la question de la réussite des 60 crédits du BAC 1 en deux ans, sur laquelle certains avaient émis des réserves, le gouvernement de la FWB a été à l'écoute des remarques. Des dérogations seront en effet possibles à partir du moment où 50 crédits ont été obtenus, c’est donc positif.

Par ailleurs, le fait que des nouveaux moyens seront débloqués pour l’aide à la réussite est aussi une bonne nouvelle. C’est d’ailleurs grâce à ces fonds que nous pourrons mettre en œuvre notre projet "Ma première sur-mesure".

Quelle est la portée du décret paysage?

Adopté en 2013, ce décret organise l'ensemble des études supérieures. En première année (BAC1), tous les étudiants d’une même filière suivent un programme commun de 60 crédits. Jusqu'à présent, ils devaient acquérir au minimum 45 crédits en première pour pouvoir poursuivre leur parcours l’année suivante. Les crédits résiduels étaient alors reportés.

Problème: certains jeunes traînaient longtemps des "examens ratés" d'une année à l'autre et se retrouvaient tardivement en situation d'échec. Soucieux de remédier aux "effets indésirables" du décret, le gouvernement a décidé de mieux structurer le parcours des étudiants.

À partir de 2022, ceux-ci disposeront d'un maximum de deux ans pour réussir leur première année. Des dérogations pourront être obtenues s'ils peuvent prouver la réussite de 50 crédits. L'ensemble du BAC, soit les trois premières années, devra, lui, être accompli en 5 ans. 

50 millions pour refinancer le supérieur ont été promis sous cette législature. Y a-t-il des marges dans le budget communautaire pour aller chercher plus d'argent pour le supérieur?

Malheureusement, je ne suis pas certaine que ce soit le cas. Ceci dit, je pense que le gouvernement est conscient des difficultés du supérieur et du sous-financement de ces 20 dernières années, des universités en particulier. Un conclave budgétaire est prévu début octobre et on verra ce qui en sortira. Il reste en théorie 30 millions à venir sur les 50 qui avaient été annoncés en début de législature. Il est possible qu'on obtienne un peu plus.

"Il n'est pas question de restreindre l'accès à l'enseignement universitaire."
Annemie Schaus
Rectrice de l'ULB

Ceci dit, cela ne suffira pas. C'est pourquoi, j'ai voulu discuter d'une refonte de la loi de financement, parce qu'au-delà des moyens se pose aussi la question de leur répartition dans l'enseignement supérieur.

Les recteurs, via le Conseil des recteurs francophones (Cref), réfléchissent afin de proposer une réforme de cette loi qui permettrait de diminuer la concurrence entre institutions, tout en favorisant ou maintenant l'ouverture à un maximum d'étudiants. Il n'est pas question de restreindre l'accès à l'enseignement universitaire.

Où en est la réflexion du Cref?

Il reste beaucoup de travail. On s'attaque ici à une loi extrêmement complexe qu'on veut simplifier, mais aucune université ne veut évidemment perdre ses moyens.

"Il ne faut pas que l'enseignement supérieur soit mieux financé au détriment de l'obligatoire"
Annemie Schaus
Rectrice de l'ULB

D'aucuns lorgnent les moyens de l'éducation obligatoire pour refinancer le supérieur. Une bonne idée?

Absolument pas. On a les finances qu'on a, mais l’éducation à tous les niveaux doit être une priorité. Il ne faut pas que l'enseignement supérieur soit mieux financé au détriment de l’obligatoire.

L'équation budgétaire en FWB étant quasi inextricable, on entend de plus en plus parler de régionalisation. Qu'en pensez-vous?

Cela peut être une piste de solution, dans le cadre du fédéralisme belge, mais pas uniquement pour l'enseignement. Quatre Régions, cela faciliterait complètement la lecture du droit constitutionnel belge parce que son opacité devient très problématique. Je vois plutôt cela d'un bon œil, en tout cas cela ne m'effraie pas. Par contre, il faudra absolument que la Région bruxelloise soit sur un pied d'égalité avec les autres.

La problématique des locaux est prégnante à l'ULB. Allez-vous agrandir les campus?

On en rêve, mais on n'a pas les moyens. Nous ne parvenons déjà pas à entretenir nos bâtiments comme il le faudrait, vu le sous-financement. Pour l'heure, on va louer des bâtiments dans le quartier, mais surtout travailler avec des promoteurs actifs dans les environs afin de pouvoir occuper des bâtiments de bureaux qui sont vides. C'est l’une des solutions face à l'accroissement de la population étudiante.

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