carte blanche

Après la résilience, l’acceptation?

Il serait utile de mettre à profit ce temps ralenti pour repenser le modèle des entreprises impactées pour qu’il soit davantage résilient et adapté à cette économie turbulente, ces imprévus et ces incertitudes.

Le suicide d’Allyson, coiffeuse de 24 ans qui venait de se lancer, est devenue le symbole de la détresse des indépendants. Cet acte d’une personne désespérée a fait grand bruit et nous démontre que le parcours entrepreneurial est un véritable champ de mines. Le clivage entre la société et la réalité des indépendants est de plus en plus grand et parfois pris à la légère.

Georges Caron.

La crise du Covid-19 offre son lot d’incertitudes et de montagnes russes pour certains secteurs. Les aides financières annoncées ne sont souvent qu’une maigre compensation pour ces entrepreneurs, car ce qui les anime en fin de compte n’est pas de générer 10 ou 15 pour cent de marge complémentaire chaque mois. C’est l’envie de bien faire leur métier, de partager avec leurs clients, de se sentir utile et de recevoir en retour la satisfaction d’un travail bien fait qui est fondamental. Cette dignité, la crise actuelle la leur a enlevé.

Se réinventer sans cesse

Beaucoup d’avis foisonnent sur le fait que ces architectes de l'entreprise doivent se réinventer, rebondir, trouver de nouveaux créneaux. La résilience, cette capacité à surmonter les chocs est devenue le cheval de bataille de tous les entrepreneurs pour lesquels la crise à un impact direct.

"Faire voeux de métriopathie pour un entrepreneur est tout simplement antinomique."
Georges Caron
Serial entrepreneur

Le télétravail ou encore l’engouement pour les téléconférences qui sont de mise laissent certains métiers perplexes. Le restaurateur n’a que faire de se réinventer. Il connaît son métier et souhaite juste l’exercer. On lui refuse ce droit sans véritable explication probante. L’impression de ce restaurateur est qu’on lui ponctionne une partie de ses libertés. Le secteur de l’horeca en Belgique c’est 57.000 entreprises pour près de 120.000 travailleurs, soit environ 1% de la population. Faire voeux de métriopathie pour un entrepreneur est tout simplement antinomique.

Dans ce contexte, on ne peut demander à un restaurateur de se réinventer, de se digitaliser si ce n’est que de traduire cela en termes de survie. Il en va de même pour la plupart des autres métiers manuels.

Les réseaux sociaux servent-ils la cause?

Nous vivons dans un monde où la culture de l’optimisme est devenue prédominante et la congratulation une nécessité. Pourtant l’optimisme permanent doit avoir ses limites. Albert Moukheiber, docteur en neurosciences et psychologue, l’expliquait avec clairvoyance dans une de ses allocutions récemment. L’optimisme a ses limites quand, exacerbé, il pousse à des actions dénuées de sens pour celui qui les exécute. Il donnait l’exemple du joueur invétéré de casino qui est un optimiste convaincu mais qui malheureusement dans le contexte ne pourra que l’amener vers la même issue stérile.

"Nous vivons dans un monde où la culture de l’optimisme est devenue prédominante et la congratulation une nécessité."
Georges Caron
Serial entrepreneur

Les réseaux sociaux se font miroir de cet optimisme éloquent. Combien de publications se félicitent d’avoir simplement lancé un e-commerce ou d’avoir commencé une mission de conseil à distance. On en perd l’essence même de son identité d'entrepreneur en s’enfermant dans une illusion qui ne nous appartient plus.

Qu’en est-il de la réelle résilience? Peut-être passe-t-elle par l’acceptation. L’acceptation que l’on ne peut pas avoir le contrôle sur tout et qu’une maladie comme le Covid-19 doit amener à une réflexion plus globale du type de société dans laquelle on souhaite évoluer demain. Tedros Adhanom Ghebreyesus, patron de l’OMS, condamnait l’engrenage "dangereusement myope” qui consiste à dépenser de l’argent sans compter lorsque flambe une épidémie, qui ne serait vraisemblablement pas la dernière, mais à ne rien faire pour se préparer à la prochaine.

Une perte de force vive est inévitable et l’engouement des premières heures fait place à la peur et aux angoisses de ses entrepreneurs. Qu’en est-il maintenant que le pragmatisme ainsi que la phase d’urgence et d’organisation sont passés?

Il serait utile de mettre à profit ce temps ralenti, une fois le ronron de la veille économique forcée installé, pour repenser le modèle des entreprises impactées pour qu’il soit davantage résilient et adapté à ce monde, cette économie turbulente, ces imprévus et ces incertitudes qui prennent des proportions bien plus importantes et sont assez peu maîtrisables.

En revanche, ce qui peut être maîtrisé, c’est la façon dont les entreprises peuvent faire face aux diverses crises qui peuvent être imaginées. Il est grand temps de vivre dans une société dans laquelle les entreprises peuvent anticiper de nouveaux modes de fonctionnement. Au lieu de vouloir faire pleuvoir des millions sur les gestions de crises, il est temps de travailler en amont sur une coordination bien plus large et plus impactante qui in fine, aidera ce restaurateur à se lever le matin et continuer simplement à se faire plaisir et plaisir aux autres.

Georges Caron
Serial entrepreneur

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés