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Arrêtés de démolition et expropriations risquent de se multiplier

A Pepinster, un arrêté de police pris en urgence vise la démolition d'une cinquantaine d'immeubles, dont une quarantaine d'habitations. ©Photo News

Pepinster a décidé de démolir une quarantaine d’habitations, qui ne pourront être reconstruites. Ailleurs, on pare au plus pressé. Mais la question des expropriations va se poser.

L’avis a été publié jeudi matin dans Le Soir et Sudpresse. Il énumère les adresses d’une cinquantaine d’immeubles, dont une quarantaine d’habitations, qui vont être démolies dans l'urgence suite à un arrêté de police du bourgmestre de Pepinster. Des ingénieurs en stabilité estiment en effet que ces bâtiments présentent des risques d’effondrement, l’intensité du courant ayant fragilisé leurs structures. Il y a donc danger pour la sécurité publique, dit la commune. Et comme la majorité des habitants ont dû évacuer et sont donc difficilement joignables, Pepinster a décidé de les avertir par voie de presse. "À une très large majorité, les propriétaires se montrent soulagés de ne pas devoir retourner sur ce lieu où ils ont vécu un traumatisme, et où les risques sont réels", affirme le bourgmestre Philippe Godin.

"À une très large majorité, les propriétaires se montrent soulagés de ne pas devoir retourner sur ces lieux."
Philippe Godin
Bourgmestre de Pepinster

À Chaudfontaine, le bourgmestre Daniel Bacquelaine a déjà ordonné la démolition de sept maisons pour lesquelles il y avait urgence, la sécurité publique étant menacée. "J’ai également pris des arrêtés d’inhabitabilité pour une trentaine de maisons, qui ne présentent de danger que pour leurs occupants et attendent qu’un ingénieur en stabilité donne son verdict. S’il faut les démolir, c’est la compagnie d’assurance qui le fera."

 À Olne, on attend le rapport des experts pour deux maisons très sinistrées, qui pourraient devoir être démolies. "Mais le problème est beaucoup plus vaste, souligne le bourgmestre Cédric Halin. Beaucoup de maisons vont devoir sécher durant des mois. Et il n’y a plus de gaz sur toute la vallée de la Vesdre. Si, comme l’annonce Resa, il faut attendre janvier pour que le réseau soit reconstruit et que les gens aient du chauffage, cela va impacter deux à trois fois plus de maisons que les maisons qui ont été inondées." Le bourgmestre a réussi à louer un container de douches, pour que les habitants puissent se laver à l’eau chaude. Mais pour le plus long terme, c’est l’inconnu. "On est encore en train de donner à manger aux gens", souligne Cédric Halin.

À Theux aussi, on est toujours dans l’urgence. "Je n’ai pas encore d’état des lieux général, et la commune ne regorge pas de personnel, souligne Didier Deru. Nous sommes déjà parvenus à reloger les gens, avec des garanties jusqu’au 31 août. Pour le plus long terme, nous verrons."

Exproprier, question épineuse

La question de savoir s’il ne faut pas exproprier certaines maisons plutôt que de reconstruire en zone dangereuse va inévitablement se poser. Une question épineuse, mais à laquelle il faudra répondre avant que les propriétaires n’entreprennent de lourds travaux. Le spécialiste du sujet à l’Union des villes et communes de Wallonie est assailli d’appels, au point qu’il n’a pas pu nous prendre au téléphone.

Il est d’ores et déjà clair pour Philippe Godin que les habitations démolies à Pepinster ne seront pas reconstruites, vu que les terrains se trouvent en zone inondable. "Nous verrons dans une deuxième phase quelle est la meilleure manière de les rétrocéder au domaine public."

Daniel Bacquelaine s’attend à ce que la Région wallonne prenne un certain nombre d’initiatives en la matière. "Il y a des endroits où la reconstruction ne devrait pas être envisagée. Et là où des rénovations très lourdes doivent être entreprises, il faut se demander s’il ne faut pas rendre certains espaces à la rivière, et envisager le rachat de certains immeubles. L’expropriation sera peut-être parfois indiquée, mais elle ne peut être la règle. Cela doit se faire en concertation avec la population, qui a déjà subi un choc important. Et les communes ne pourront pas faire cela toutes seules."

"Il faut se demander s'il ne faut pas rendre certains espaces à la rivière, et envisager le rachat de certains immeubles."
Daniel Bacquelaine
Bourgmestre de Chaudfontaine

Cédric Halin se montre dubitatif. "Qu’il vaudrait mieux ne pas reconstruire là où de nouvelles inondations menacent, on est bien d’accord. Mais toutes ces personnes, où va-t-on les reloger? Et avec quels moyens publics? Le mètre carré dans ma commune est à 130, 140 ou même 150 euros. Je vois mal comment je pourrais indemniser des habitants parce qu’ils doivent déménager. En outre, la situation n’est pas toujours claire. À Olne, très peu de maisons touchées sont en zone d’aléa d’inondation. C’est simplement la Vesdre qui a repris ses droits."

"Le mètre carré dans ma commune est à 130, 140 ou même 150 euros. je vois mal comment je pourrais indemniser des habitants."
Cédric Halin
Bourgmestre d'Olne

Autre difficulté: que faire vis-à-vis de ceux qui ont sciemment construit sur un terrain inondable ? "Il nous est arrivé de refuser un permis, qui était finalement accordé par la Région suite à un recours du propriétaire, poursuit Cédric Halin. Je ne vois pas pourquoi les pouvoirs publics devraient indemniser dans ce type de situation."

Le résumé

  • Pepinster a ordonné la démolition d'une cinquantaine d'immeubles, dont une quarantaine d'habitations, qui ne pourront pas être reconstruits.
  • À Chaudfontaine, 7 maisons ont déjà dû être démolies. On attend le verdict pour une trentaine d'autres.
  • À Olne, deux maisons sont très sinistrées et pourraient devoir être démolies.
  • La question de savoir s'il ne vaudrait pas mieux exproprier certaines maisons plutôt que de reconstruire en zone dangereuse va inévitablement se poser.
  • Mais cela pose d'épineuses questions: où va-t-on reloger tous ces gens? Et avec quels moyens publics?

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