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Big Bang en vue à la Banque nationale

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La polémique autour de la nomination de Steven Vanackere pourrait donner le coup d'envoi d'une vaste refonte de la BNB. Le problème dépasse la simple question de la représentation des femmes. C’est tout le fonctionnement de l’institution qui pourrait être remis en question.

Ce qui devait s’apparenter à une simple formalité risque bien d’être plus compliqué que prévu. La nomination de l’ancien vice-Premier ministre Steven Vanackere (CD&V) au comité de direction de la Banque nationale n’en finit pas de faire des vagues et pourrait même déboucher, à terme, sur une réforme en profondeur du fonctionnement de cette vénérable institution qu’est la Banque nationale.

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"Le CD&V n’a de leçons à recevoir de personne."
Wouter Beke
président du CD&V

C’est l’absence de femmes au sein de l’organe dirigeant de l’institution monétaire qui a mis le feu aux poudres. Dès l’annonce par le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) du nom de Steven Vanackere, la directrice sortante Marcia De Wachter (CD&V) a fait part de son insatisfaction

"Le gouvernement n’a manifestement pas été capable de dénicher une seule femme compétente", a-t-elle lâché sur Twitter. Marcia De Wachter a été rejointe par l’économiste Paul De Grauwe et le fiscaliste Michel Maus. Même l’influente organisation de femmes du CD&V, Vrouw en Maatschappij, n’a pas caché sa déception.

©Mediafin

 

Marche-arrière du ministre

Le président du CD&V, Wouter Beke, s’est défendu en précisant que Steven Vanackere était tout simplement le meilleur candidat. "Ce ne fut pas un choix entre un homme ou une femme, mais un choix pour les qualités de Vanackere." Une explication qui n’a pas convaincu le vice-Premier ministre Alexander De Croo (Open Vld), qui vient précisément de publier en septembre dernier un livre sur l’importance de l’égalité entre hommes et femmes. "L’absence de femmes (au comité de direction de la BNB) n’est pas une bonne chose. Cela n’a d’ailleurs pas été discuté au sein du gouvernement", a-t-il fait savoir sur Twitter. "C’est un pur choix du CD&V et du ministre des Finances", selon lui.

Piqué au vif, Wouter Beke a répondu que "le CD&V n’a de leçons à recevoir de personne", épinglant au passage le fait que l’Open Vld et la N-VA ont moins de femmes qui siègent au Parlement et au gouvernement que les chrétiens-démocrates.

De son côté, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt ne semblait plus totalement assumer son choix ce vendredi. La proportion hommes-femmes au sein de la Banque nationale "peut et doit être améliorée", a-t-il affirmé sur Twitter vendredi. Il est vrai que si la procédure prévoit que c’est le ministre des Finances qui propose formellement le candidat, la décision revient au parti, en l’occurence le CD&V.

Dans la foulée, Van Overveldt a promis de formuler auprès du gouvernement des propositions de réforme de l’institution, sans toutefois en préciser davantage.

C’est que la sous-représentation féminine ne touche pas uniquement le comité de direction de la Banque. Le Conseil de Régence, composé de 17 membres, ne comporte qu’une seule femme (Fabienne Bister). Parmi les 26 sous-directeurs (le plus haut niveau après les directeurs), deux sont des femmes. Et sur les 149 hauts cadres, on ne dénombre que 21% de femmes.

L’article 518bis du Code des sociétés stipule pourtant que dans les sociétés cotées, un tiers des postes de direction doivent être occupés par des femmes. La Banque se défend en précisant qu’elle n’a pas la même structure de direction que les sociétés cotées et que ce n’est pas elle qui nomme les directeurs mais le gouvernement et les partenaires sociaux.

Rémunération généreuse

D’autres aspects du fonctionnement de la Banque nationale posent également question. A commencer par celle des rémunérations. La Banque soigne plutôt bien ses cadres dirigeants. Le gouverneur Jan Smets touche un salaire annuel brut (489.179 euros en 2017) supérieur à celui du Premier ministre Charles Michel. Il est aussi le banquier central le mieux rémunéré de la zone euro. Les membres du comité de direction sont également fort bien payés (337.364 euros en 2017). Ces montants ont déjà été réduits de 13% en 2014 par le gouvernement Di Rupo compte tenu du contexte d’austérité budgétaire.

Une autre question a trait à la politisation de la BNB. Dans d’autres pays, c’est également le gouvernement qui nomme les membres de la direction, mais ceux-ci n’ont pas toujours une étiquette politique.

Une dernière critique a trait à la gestion du personnel. La Banque dégraisse en ce moment parmi ses ouvriers âgés en leur proposant des plans de départ anticipé. C’est le résultat de la fermeture des sièges régionaux (en 2018) et de l’imprimerie (en 2020). En attendant, cette politique contraste avec le message envoyé par la Banque invitant les Belges à travailler plus longtemps.

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