Publicité

Bruxelles ou l'impasse sanitaire

©Aude Vanlathem

Les mauvais résultats de la vaccination bruxelloise mettent en lumière un échec historique.

Il aura fallu attendre cette rentrée de septembre pour qu'à l'intérieur de la majorité régionale bruxelloise, on admette enfin que cette campagne de vaccination se solde par un cuisant échec. La porte ouverte cette semaine à l'extension du pass sanitaire venant jeter une lumière crue sur l'incapacité des autorités bruxelloises à convaincre en suffisance sa population de l'intérêt de la double piqûre. Et le petit jeu de la patate chaude de démarrer entre le PS et Ecolo, entre le ministre-président Rudi Vervoort et son ministre de la Santé Alain Maron. À mesure qu'augmente la pression – de la situation sanitaire inquiétante, de la population vaccinée qui continue de subir des restrictions après avoir joué le jeu des autorités, du monde économique et des forces d'opposition, le poids de la responsabilité politique de cet échec ira crescendo.

C'est un fait, en plus d'éléments culturels, le déclassement social va de pair avec une méfiance accrue envers les institutions, une déconnexion des canaux officiels d'information et une plus grande sensibilité aux discours fallacieux.

Au mois d'août, Rudi Vervoort était revenu de vacances avec un élément d'explication aussi pertinent que commode: la précarité d'une partie de sa population. C'est un fait, en plus d'éléments culturels, le déclassement social va de pair avec une méfiance accrue envers les institutions, une déconnexion des canaux officiels d'information et une plus grande sensibilité aux discours fallacieux qui pullulent autour de la réponse sanitaire à la pandémie.

Mais cette dernière illumine surtout un autre échec plus profond lié aux résultats insuffisants de la politique de lutte contre les inégalités sociales qui continuent de trancher la capitale le long du canal. Après des décennies de discours angéliques sur l'importance de la mixité sociale dans la politique régionale, la segmentation est toujours un mal bruxellois qui empêche aujourd'hui une Région pourtant créée de toute pièce pour répondre aux enjeux spécifiques de la capitale, de mener à bien une indispensable campagne de vaccination. Bruxelles est toujours une mosaïque de quartiers parfois repliés sur eux-mêmes. Si des moyens innovants et importants ont été mis en œuvre ces derniers mois, un peu plus d'anticipation n'aurait pas fait de mal. Dans nos colonnes ce week-end, Egbert Lachaert, président de l'Open Vld, membre de la majorité bruxelloise, en vient à exhorter le ministre Maron à mettre le turbo, tout en admettant qu'il est sans doute déjà trop tard.

Bruxelles est toujours une mosaïque de quartiers parfois repliés sur eux-mêmes.

La réponse avancée aujourd'hui, le pass sanitaire étendu, surtout soutenu dans les rangs socialistes, ne fait pas l'unanimité en termes d'efficacité. Outre un contrôle hypothétique, il risque de souffrir de cette même méfiance qui empêche la campagne de vaccination de donner des résultats satisfaisants. En sus, l'effet d'électrochoc que cette mesure aurait pu avoir parmi les sceptiques a été court-circuité cette semaine par le ministre Maron. En précisant le pass ne serait utilisé qu'en cas de dégradation des statistiques du covid, il déforce au moins en partie la mesure. En avançant que l'horeca pourrait en être dispensé, il alimente le doute. L'organisation d'un pass sanitaire pour les 20 km de Bruxelles à quelques jours à peine de l'événement pourtant annoncé depuis des semaines rajoute au sentiment de football panique.

L'organisation d'un pass sanitaire pour les 20 km de Bruxelles à quelques jours à peine de l'événement pourtant annoncé depuis des semaines rajoute au sentiment de football panique.

Et les autorités bruxelloises de se préparer au bashing auxquelles elles se sont finalement habituées.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés