Cercle de Lorraine, la guerre est totale

©Photo News

Après s’être tu pendant une semaine, Baudouin Velge, l’ex (?)-président du Cercle de Lorraine, sort du bois en trois temps: action en référé, communiqué assassin et mail aux membres.

La guerre est déclarée au Cercle de Lorraine. Et elle est totale! Baudouin Velge, l’ex-président du Cercle, écarté lors d’une assemblée générale des membres effectifs de l’ASBL Cercle de Lorraine, a rompu le silence qu’il s’était imposé depuis une semaine.

Attaque en trois temps

La sortie de Baudouin Velge s’est faite en trois temps. Hier matin, il a lancé une action en référé devant le tribunal de première instance contre le Cercle de Lorraine. Il demande à la Justice d’annuler les effets de l’assemblée du 23 septembre qui l’avait poussé dehors. Dans la même action, il demande également l’annulation de la décision prise par le conseil d’administration du Cercle de licencier Olivier Boels, le directeur général du club d’affaires. En résumé, Baudouin Velge attaque le Cercle et vise à se faire réintégrer à son poste en compagnie de son directeur général. Les plaidoiries auront lieu le 4 novembre.

Dans le courant de l’après-midi, hier, Baudouin Velge, qui était en Chine toute la semaine, a envoyé un communiqué de presse plutôt assassin. Ce texte, intitulé "Pourquoi Stéphan Jourdain a fait un putsch sur le Cercle de Lorraine?" revient sur les événements des derniers mois.

À l’heure d’étudier les comptes, Baudouin Velge explique qu’une consolidation réalisée des diverses sociétés du Cercle (une ASBL et deux S.A.) a permis de voir que "la situation était bien pire que prévue". "Alors que le prospectus prévoyait un bénéfice (consolidé) de 3,4 millions d’euros de 2011 à 2013, le Cercle a effectivement perdu 2,7 millions, soit un écart de 6,1 millions d’euros! Si on ajoute le premier semestre 2014, l’écart grandit à 7,2 millions", dit encore Baudouin Velge dans son communiqué.

Il ajoute ensuite que le précompte mobilier sur les intérêts des obligations n’avait été ni déclaré ni payé. Lorsqu’il a repris la barre du Cercle, Baudouin Velge a communiqué cet état de fait au fisc. L’opération a coûté 385.000 euros, dont 40.000 euros d’amendes et d’intérêts de retard. "Le conseil n’avait jamais été prévenu par Stéphan Jourdain de ce fait grave", dit encore Baudouin Velge.

Et les accusations se poursuivent. L’ancien président explique que Stéphan Jourdain a lancé un appel de fonds en mai 2014 pour racheter 200.000 euros d’obligations dont voulait se défaire un obligataire. "Il récolte 640.000 euros, qu’il maquille en dette à court terme dans les comptes. Alors que la trésorerie apparente du Cercle était de 310.000 euros fin juin 2014, il s’avère qu’elle était donc négative de 515.000 euros!" lit-on encore dans le communiqué.

Le reste du communiqué est à l’avenant. Enfin, parallèlement à tout cela, Baudouin Velge a également envoyé un mail à son carnet d’adresses (plutôt bien fourni). Il suggère à ses contacts d’envoyer un mail aux deux administrateurs du Cercle, Dirk Gyselinck et Charles-Albert Peers, afin qu’ils révoquent Stéphan Jourdain et qu’ils réintègrent dans leurs fonctions Baudouin Velge et Olivier Boels. Dans le cas contraire, Baudouin Velge suggère à ses amis de dire qu’ils ne renouvelleront pas leur cotisation au Cercle de Lorraine.

Les indépendants

Le fondateur du cabinet Stibbe, Herman Craeninckx, est récemment devenu membre effectif de l'ASBL Cercle de Lorraine ©Dieter Telemans

Rendons hommage à ceux de la mare aux crocodiles. Nous aurions à tous les coups pu les classer ici (et ce n’est pas cynique). Pour le dire vite et bien, les indépendants dans ce dossier se comptent sur les doigts d’une main. Et encore, pas sûr qu’on parle d’une main de cinq doigts! Matthieu Delamaire est de ceux-là. On sait peu de chose de lui, si ce n’est qu’il travaille dans le placement privé. Citons également les deux avocats montés récemment à bord de la barque des membres effectifs. Herman Craeninckx, une pointure. Fondateur du cabinet Stibbe aux côtés de Jean-Pierre Fierens, l’avocat est une sommité du droit social, actif dans de nombreuses restructurations (peut être utile au Cercle!). Et Alexis Ewbank, spécialisé dans la communication et la protection de la vie privée.

Les remerciés

Baudouin Velge, l'ex-président du Cercle ©Thierry du Bois

Dans un mail envoyé à ses membres, le Cercle de Lorraine "remercie Baudouin Velge et Olivier Boels pour les services rendus au Cercle". Tu parles, Charles! Ils ont été remerciés, ça oui. Baudouin Velge, patron de la boîte de communication Interel, est un peu une victime collatérale de cette affaire. "Baudouin, il a pris une balle perdue au passage", nous a-t-on dit. Pas faux. Il n’était pas visé. Mais pas soutenu non plus. La greffe avec Olivier Boels, le directeur général du Cercle, remercié aussi, n’a jamais vraiment pris. Comme le résume un obligataire. "Boels, il voulait installer un bar à champagne au sous-sol du Cercle, avec un tapis léopard! Au Cercle, vous imaginez?" Pour info, c’est dans le "salon africain" que Boels et Velge ont été "flingués". Tout ça pour un tapis léopard? Tout fout le camp.

Les administrateurs "jetables"

Pierre-Yves de Laminne ©IMAGEGLOBE

On s’excuse pour eux, mais on ne sait pas très bien où les cataloguer. Lors de la seconde assemblée générale du 23 septembre dernier, un des points portés à l’ordre du jour portait sur la nomination de trois nouveaux administrateurs: Frédéric Vanderoost, issu du monde des PME et actif dans le placement privé, Pierre-Yves de Laminne (photo), administrateur du holding Bois Sauvage, et Vincent Vroninks, un notaire ixellois. Ces trois-là représentaient la frange des détenteurs d’obligations mécontents. Des gens a priori bien sous tous rapports. Ils ont tenu une semaine. Un proche du dossier avait, à leur égard, utilisé cette image fort à propos: "Ils ont sauté dans une mare bourrée de crocodiles sans voir qu’il y avait des crocodiles." Cela semble assez juste. Frédéric Vanderoost était pressenti pour reprendre les commandes du Cercle et il avait accepté. Son seul défaut dans cette aventure? Avoir été trop naïf, certainement et ça, les crocodiles n’aiment pas trop!

Stéphan jourdain

©KNTV

Stéphan Jourdain ne laisse personne indifférent. Il faut dire que l’homme d’affaires, arrière-petits-fils de Louis Jourdain, le fondateur de "La Libre Belgique", a eu plusieurs vies. Il a notamment dirigé et revendu l’Office des propriétaires ou le journal satirique "Pan". On l’a connu jardinier du côté d’Annevoie (demandez aux fonctionnaires de l’urbanisme wallon ce qu’ils pensent de son coup de râteau!), ou lamineur du côté de Longtain. Lui-même a l’habitude de se présenter comme le pizzaïolo de la gargote de la place Poelaert. Il a fondé le Cercle de Lorraine en 1997. Celui-ci aurait dû ouvrir ses portes un an plus tard dans le château Viola Cornuta situé drève de Lorraine. Mais le castel partira en fumée trois semaines avant l’inauguration. Il installera son club au château Fond’Roy, à Uccle, une ancienne propriété de Mobutu. Il revient pour un mois aux fourneaux du Cercle, qui lui doit toujours deux millions d’euros.

Le conseil

Dirk Gyselinck ©Dries Luyten

Dirk Gyselinck (photo), membre du comité de direction de Belfius, a dû connaître quelques tempêtes au fil de sa carrière. Mais il a peu goûté la semaine qui vient de s’écouler. S’il est toujours administrateur, c’est que le bancassureur a mis plus de 500.000 euros dans l’aventure du Cercle. 300.000 pour passer l’été et plus de 200.000 pour devenir le sponsor du club. Autant vous le dire, Belfius se serait volontiers passé de cette affaire. Cela s’entend au ton de la (charmante) responsable de communication de Belfius quand on l’appelle le soir pour lui parler du Cercle. Elle est polie, très, elle ne vous le dira pas, mais vous dérangez, c’est évident. Charles-Albert Peers, patron d’Alcogroup, est l’autre rameur de la barque du conseil. Ces derniers jours, après avoir tempêté dans la presse de qualité, il a tenté de mettre tout le monde autour de la table. Les deux "comparses à l’insu de leur plein gré" devraient goûter la quiétude du week-end.

L’arrière-garde

©Thierry du Bois

À "L’écho", on aime les archives. On est allé un peu regarder qui était là au moment de l’émission de l’obligation par le Cercle en mars 2011. Il y avait un comité d’honneur censé attirer le chaland (les nouveaux membres). Son président était Luc Bertrand (AvH), secondé par Michèle Sioen (FEB) et Philippe Delusinne (RTL Belgique). À cette même époque, Baudouin Velge faisait partie du comité de ballottage chargé d’accepter (ou non) les nouveaux membres. L’assemblée des membres effectifs était composée de treize personnes. Plus de la moitié étaient proches ou très proches de Stéphan Jourdain. C’est cette assemblée qui est le faiseur de roi, qui nomme et révoque, le Monsieur météo du Cercle, qui fait la pluie et le beau temps. Et cette assemblée omnipotente, personne ne l’a vue arriver, personne ne l’a vue dégainer. Aujourd’hui, les équilibres ont été rétablis et les proches de Jourdain ne sont plus majoritaires. Mais inutile de vous préciser qu’en cuisine, le taulier veille au grain. Nom d’un Jourdain!

Family & friends

Charles-Albert Peers ©Sofie Van Hoof

Jourdain et le Cercle, c’est un peu une affaire de famille. Enfin, complètement en fait. Charles-Albert Peers (photo), par exemple, un des deux administrateurs restants, est le gendre d’Étienne (Stevie pour les intimes) Davignon. Il a épousé Axelle Davignon, fille de Stevie, elle-même cousine de Bertrand Mignot. Ce dernier est un des membres effectifs de l’ASBL Cercle de Lorraine. Janine de Potter d’Indoye est la tante de Stéphan Jourdain et de Bertrand Mignot. Ah oui, on a oublié de vous dire. Olivier Boels, le très remercié directeur général du Cercle, a un temps été le cousin germain de Stéphan Jourdain. Si, si… En premières noces, ils avaient épousé les cousines Sabine et Barbara Stinglhamber.

Vendredi après-midi, Stéphan Jourdain a répondu par communiqué au communiqué de Baudouin Velge. D’emblée, Stéphan Jourdain précise que les comptes du Cercle de Lorraine et de ses deux filiales sont régulièrement audités par un cabinet de révisorat d’entreprises de premier ordre et approuvés annuellement et à l’unanimité par l’assemblée générale (dont Baudouin Velge faisait partie, rappelle Stéphan Jourdain) et par le conseil d’administration présidé depuis quatre ans par Baudouin Velge.

"Baudouin Velge a l’air d’oublier qu’avant de me succéder à la gestion du Cercle il y a un an et demi, il en avait présidé le conseil d’administration depuis quatre ans et qu’il est donc solidaire de ma gestion passée", précise Stéphan Jourdain dans son communiqué. Le fondateur du Cercle indique ensuite qu’il a mandaté son avocat afin de porter plainte au pénal pour calomnie et diffamation contre Baudouin Velge "qui a le comportement d’une femme de ménage licenciée qui tente de se venger en tentant de salir la réputation de son ex-employeur". Pour Stéphan Jourdain, cette attitude risque de porter préjudice à la réputation du Cercle de Lorraine, "institution dont Baudouin Velge, aveuglé par sa colère, prétend par ailleurs défendre les intérêts".

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés