"Charles Michel a clairement lancé une nouvelle génération au MR"

Charles Michel ©Photo News

Charles Michel et Didier Reynders quittent tous deux la politique belge ce 1er décembre. Quel héritage laissent-ils derrière eux?

Quinze ans environ qu’ils occupaient des fonctions de premier plan en Belgique. Alors forcément, leur départ, ce 1er décembre, ne laissera pas indifférent. Et ce, même si Charles Michel et Didier Reynders resteront actifs au sein du parti, mais en défendant leurs idéaux à l’Europe.

À droite, on vante un MR désormais "enraciné dans le fonctionnement de l’État" comme héritage, animé d’un "libéralisme de maturité", ajoute le ministre wallon du Budget Jean-Luc Crucke. Même dans les rangs de la N-VA, on ne se dit pas insensible à ce que les deux hommes laissent derrière eux, soulignant que "c’était quand même deux messieurs  certes l’un plus sur notre ligne, l’autre plus à gauche et idéologique. Une relation avait pu se construire. C’est dommage qu’ils s’en aillent aujourd’hui".

"Michel et Reynders ont été des hommes de pouvoir pour le pouvoir. Ils ont tout fait pour rester en place, ce qui fut d’ailleurs sanctionné aux dernières élections."
Didier Gosuin
Bourgmestre d’Auderghem

À gauche par contre, certains se frottent les mains face au cadeau qui a été fait. Car le choix du président en partance du MR, Charles Michel, de monter à bord d’un gouvernement avec la N-VA en 2014, coalition qualifiée de "suédoise" mais aussi de "kamikaze", a placé le parti libéral dans une configuration "très confortable pour les autres partis francophones et en particulier le PS", analyse le politologue Vincent Laborderie (UCLouvain).

Mâchant presque le boulot pour toute attaque de l’opposition au Fédéral durant la précédente législature – un héritage que le futur président du MR devra désormais s’efforcer soit de casser, soit d’embrasser, en fonction de sa ligne. Un son de cloche qui s’entend jusque chez DéFI, où le bourgmestre d’Auderghem Didier Gosuin, par exemple, n’y va pas de main morte.

"Michel et Reynders ont été des hommes de pouvoir pour le pouvoir. Ils ont tout fait pour rester en place, ce qui fut d’ailleurs sanctionné aux dernières électionsPour moi, ils incarnent la dernière image de la politique que plus personne ne veut." En particulier l’ex-Premier. "Didier Reynders en a fait les frais" – l’épisode "Renaissance", où le débutant a lancé l’offensive contre l’installé, a longtemps émaillé la vie du parti, avant de s’estomper ces dernières années.

Différents, sans indifférence

Bref, le moins que l’on puisse dire, c’est que peu sont frappés par l’indifférence quant à ce qui restera du passage des deux poids lourds libéraux. Et ce parce que l’"on a face à nous deux personnalités qui ont endossé, l’une si longtemps, l’autre si rapidement, des fonctions importantes", analyse la Première ministre Sophie Wilmès. Ce qui marque évidemment les esprits.

Tout comme des mesures phares qui leur colleront à la peau. Du côté de celui qui a fait ses premiers pas en politique à l’ère de Jean Gol, avant une ascension jusqu’au poste de ministre des Finances puis des Affaires Étrangères notamment, l’on retiendra l’instauration du Tax shelter, ce mécanisme fiscal – "astucieux, correspondant bien à sa philosophie d’alléger les charges, pour ceux qui en ont les moyens, au bénéfice de la collectivité", glisse Philippe Delusinne, CEO d’RTL Belgium et président à la Monnaie – visant à la promotion de la production cinématographique et audiovisuelle belge, lancé en 2003, puis étendu aux arts de la scène en 2017.

"En traçant son chemin, Charles Michel a fait apparaître de nouvelles têtes dans son sillage."
Sophie Wilmès
Première ministre

De même que les intérêts notionnels – qui n’ont pas autant fait l’unanimité –, imaginés par son chef de cabinet de l’époque, Bruno Colmant, mesure voulue stimulante, permettant à toutes les sociétés soumises à l’isoc belge de déduire de leur revenu imposable un intérêt fictif calculé sur leurs fonds propres (actif net). Quand, du côté de celui qui a suivi les traces de son père, en 2007, en devenant ministre de la Coopération au développement, puis, en 2014, qui a renoué avec l’histoire libérale francophone en devenant Premier ministre – ce qui n’était plus arrivé depuis 1937 –, nombre retiennent son fameux tax shift, une politique de relance par une baisse d’impôts.

Un "tax cut", selon Vincent Laborderie (UCL). Amené à voir naître les fameux "jobs, jobs, jobs". Et auquel certains attribuent les déficits qui se sont aujourd’hui creusés au Fédéral. Le ministre wallon de l’Économie Willy Borsus reconnaît, lui, pour les deux hommes, "une contribution à renforcer le rayonnement de la Belgique à l’étranger".

Du reste, en particulier, "Charles Michel a clairement lancé une nouvelle génération au MR, quand, pendant longtemps, les figures de proue sont restées les mêmes. En traçant son chemin, de nouvelles têtes sont apparues dans son sillage", conclut Sophie Wilmès.

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