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"Collaborer avec l'UCLouvain, c'est plus facile qu'avec les unifs flamandes"

©Wouter Van Vooren

Les deux universités louvanistes ont définitivement tourné la page de la scission et multiplient les projets de collaboration, en matière d’enseignement comme en matière de recherche. Échanges d’étudiants, programmes en commun, offre internationale, doctorats conjoints, renforcent leur attractivité à l’international.

Vingt-cinq kilomètres et une frontière linguistique les séparent. Mais elles ont 543 années de vie commune. 50 ans après le "Walen Buiten", la KULeuven et l’UCLouvain ont tourné définitivement la page de la scission. En 2025, elles fêteront leurs 600 ans ensemble. C’est prévu. Leurs deux recteurs actuels, Vincent Blondel et Luc Sels, multiplient les contacts et ont donné un coup d’accélérateur à leurs collaborations.

À l’occasion de la rentrée universitaire, l’UCLouvain a dévoilé un nouveau logo qui enchante Luc Sels. Un logo qui arbore les mêmes couleurs que celles de son université. Le logo de la KULeuven dégrade deux tons de bleus dans un rectangle. Celui de l’UCLouvain fait pareil, dans un carré. "Ce logo, il symbolise notre riche histoire en commun, il distingue les deux identités de nos universités, mais il se réfère à une même mission partagée", dit Luc Sels.

À ses côtés, Vincent Blondel sourit. Ce vendredi matin, c’est lui qui a fait le pas de traverser la frontière linguistique pour retrouver son collègue au rectorat de la KULeuven. Un pas que l’un comme l’autre font très régulièrement depuis que Luc Sels est entré en fonction à la tête l’université louvaniste, il y a un an. "Une de mes premières réunions au démarrage de mon mandat de recteur, c’était à Louvain La Neuve, avec Vincent. Nous avons pris un certain nombre de décisions sur notre projet conjoint. Cette année est très importante pour nous. L’UCLouvain vient de remonter en seconde position des universités belges dans le ranking du Times Higher education, derrière la KULeuven qui est première. Les deux universités ensembles (57.000 et 36.000 étudiants) forment un pôle important en Belgique et dans le Benelux."

L’UCLouvain et la KULeuven ont déjà collaboré dans le passé. Mais pas de manière aussi intense. "Progressivement, des choses se sont mises en place qui n’étaient pas possible après la scission. Les événements ont été violents, ils ont créé un traumatisme dans la communauté. C’est passé maintenant. Nos prédécesseurs, Bernard Coulie et Marc Vervenne avaient déjà initié des choses. Les collaborations sont plus intenses et les opportunités sont nombreuses. Et cela a une portée symbolique forte, 50 ans après la scission", dit Blondel.

Visites conjointes à l’étranger

Ces opportunités, justement, quelles sont-elles? En mars dernier, les deux universités ont fait une visite conjointe au MIT de Boston et à Montréal, affichant pour la première fois depuis la scission un visage uni sur la scène internationale. Et elles comptent bien poursuivre le mouvement. "Il va y avoir une visite conjointe UCLouvain-KULeuven à Taïwan en juin", dit Luc Sels. Nous allons aussi mener des coopérations triangulaires avec Lille." Vincent Blondel ajoute: "Et le fait de se présenter ensemble, avec nos spécificités certes, mais en offrant la possibilité de mettre en place des choses conjointes, c’est une source d’attractivité à l’international. Or, l’international, c’est le premier défi actuellement pour les universités."

En s’associant, la KUleuven et l’UCLouvain vont permettre aux étudiants venus de l’Université de Montréal ou du MIT de venir étudier quelques mois dans chacune des deux universités en leur proposant un programme conjoint et la découverte des deux régions linguistiques.

Mais le rapprochement des deux universités est aussi fondamental pour le développement de la recherche. Une recherche qui coûte de plus en plus cher, et qui oblige aujourd’hui la plupart des institutions à nouer des collaborations, qu’elles soient belgo-belges ou internationales. Et, vu la concurrence forte existant entre les universités au sein de chacune des régions, les collaborations sont finalement plus facile à nouer au-delà de la frontière linguistique. "Quand on a un échange avec Leuven, c’est un peu comme si on avait un échange avec Paris. On n’est pas en train de se partager un même financement. Cela nous met dans une relation totalement différente de celle avec mes collègues en Communauté française", dit Blondel.

"Pas en compétition"

L’UCLouvain et la KULeuven ont vite saisi ces opportunités. "Nous ne sommes pas en compétition. Collaborer avec l’UCLouvain, c’est plus facile qu’avec les autres universités flamandes", dit Luc Sels. Il y a deux raisons à cela: d’une part notre histoire conjointe, notre ADN très similaire. Quand je participe à la rentrée universitaire à Louvain-la Neuve par exemple, je le ressens très fort. Et puis nous avons tous les deux des campus à Bruxelles, ce qui mène à de nouvelles formes de collaborations."

"Nos chercheurs sont libres de nouer les liens qu’ils veulent. Sur l’enseignement, des accords structurels se nouent, mais la recherche, elle, est laissée à la libre appréciation du chercheur", dit de son côté Vincent Blondel.

Les deux recteurs constatent donc que les collaborations sont intenses entre les chercheurs de leurs deux institutions. "On compte une publication conjointe KULeuven-UCLouvain tous les deux jours, dans les magazines scientifiques, dit Luc Sels. C’est important pour nos partenaires internationaux." "Pour l’UCLouvain, excepté sur la physique, la KULeuven est en tête des partenaires de collaboration de nos chercheurs, poursuit Blondel. C’est un témoignage de la collaboration forte. Un autre dispositif qui en témoigne, ce sont les thèses de doctorats conjointes. Les co-tutelles de thèses sont difficiles à mettre en place, techniquement et administrativement, pourtant on en compte une vingtaine entre nos universités, c’est beaucoup."

L’UClouvain et la KULouvain ont donc l’intention de poursuivre dans cette voie, et renforcer encore davantage les collaborations en matière de recherche. "Pour cela, on va faciliter des co-tutelles via la simplification administrative et des incitants financiers", explique le recteur de l’UCLouvain. "Et à la KULeuven, on a créé un fonds pour financer des doctorats conjoints, et l’UCLouvain est le seul partenaire belge qui y participera", ajoute Luc Sels.

Des collaborations en médecine, droit, gestion,…

Dans quels domaines les universités collaborent-elles le plus? La médecine, les sciences biomédicales, mais aussi le droit ou la gestion. Les facultés d’ingénieur de Louvain-La-Neuve et Leuven réfléchissent actuellement à un programme de bachelier conjoint. En 3e année de droit, les étudiants peuvent diviser leur année entre Leuven et Louvain-La-Neuve. Il y a des programmes communs entre la LSM et la Faculté d’économie et de gestion de la KUL, des projets "tandem" entre étudiants de neolouvanistes et de la KULeuven qui permettent les échanges linguistiques. Cela a déjà concerné 2.000 étudiants sur les cinq dernières années.

"Ces expériences de collaborations entre étudiants ou entre chercheurs permettent aussi une meilleure compréhension de l’autre communauté. Dans notre pays c’est important", dit Vincent Blondel. "Pendant des années, Louvain-La-Neuve et Leuven ont été le symbole de la scission communautaire du pays. Aujourd’hui, on est le symbole du rapprochement", ajoute Luc Sels.

Un phénomène de rapprochement communautaire qui ne va pas à contre-courant de la tendance actuelle? "Ce n’est pas seulement un accord entre deux recteurs, c’est très bien perçu au sein du conseil académique", rétorque Luc Sels. Quand j’en parle avec Geert Bourgeois, il soutient ce rapprochement. Si cela peut renforcer les investissements et le tissu économique en Flandre, il n’est pas contre". "On a cette volonté d’avancer. On n’effacera pas l’histoire, mais dans ma communauté universitaire, je n’ai que du soutien", ajoute encore Blondel.

Les deux universités sont aussi partenaires au sein de la plateforme digitale edX (la plateforme des Moocs, les cours en ligne). "L’UCLouvain est leader dans ce domaine, nous suivons son exemple, cela permet de nouer plus de collaborations pour améliorer la qualité de l’enseignement", dit Luc Sels.

À l’inverse, dans quels domaines la KULeuven joue le rôle de modèle pour l’UCLouvain? "En offre de soins de santé par exemple, la qualité des soins au Gasthuisberg en fait un acteur mondial de référence. Nous collaborons avec eux dans le centre de protonthérapie. Son expertise se transcrit dans l’attractivité et le rayonnement de la KULeuven à travers le monde. Elle a un parcours remarquable", dit Vincent Blondel. Regarder comment elle travaille est toujours une source d’inspiration."

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