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Comment expliquer l’augmentation de la richesse malgré la crise?

Economiste Banque Degroof Petercam

Ce paradoxe apparent s’explique par plusieurs facteurs, liés à la nature de la crise elle-même, mais également aux politiques monétaires et fiscales déployées.

Le dernier rapport sur la richesse mondiale de Crédit Suisse montre que celle-ci a augmenté de 7,4% en 2020, cela malgré la crise économique.

Durant la crise financière de 2008, la richesse mondiale avait connu une diminution importante. La richesse par personne avait également subi le même sort. Aux États-Unis, en 2006, la richesse moyenne par adulte dépassait 250.000 dollars, mais deux ans plus tard, la crise étant passée par là, elle avait chuté de 20%. Le krach boursier, accompagné d’une chute des prix de l’immobilier, et d’une vague de licenciements, explique cette chute importante de la richesse des Américains durant la grande récession. Un schéma qui s’est répété dans de nombreux pays.

Celine Boulenger. ©doc

Décalage entre richesse et croissance économique

Lors du krach boursier de mars 2020, qui a suivi le début de la pandémie du coronavirus, certains s’attendaient à ce que cette nouvelle crise ait des conséquences similaires à celle de 2008. Pourtant, le patrimoine des ménages a continué d’augmenter en 2020. On observe un réel décalage entre la richesse et la croissance économique.

Cela s’explique tout d’abord par la nature de la crise. Effectivement, la crise économique de 2020 est intrinsèquement différente des crises précédentes. Elle n’est pas survenue à cause de facteurs endogènes comme la plupart des crises économiques. Cette fois-ci, c’est un choc externe, un virus, qui est venu perturber une économie qui était, sur de nombreux points, en bonne santé. Pour sauver des vies, les gouvernements ont mis certains secteurs à l’arrêt, créant une diminution de l’offre, et ont forcé les ménages à rester chez eux, engendrant une diminution de la demande pour de nombreux biens et services. Alors que la crise financière de 2008 est survenue à cause de facteurs émanant du système économique lui-même, la crise de 2020 fut engendrée par un choc extérieur.

La crise économique de 2020 est intrinsèquement différente des crises précédentes.

Aides publiques plus que généreuses

De plus, les mesures de confinement strictes mises en place en 2020 ont forcé les ménages à diminuer leurs dépenses, ce qui leur a permis d’épargner plus que d’habitude.

Alors qu’en 2008, les gouvernements ont trop attendu pour déployer leurs armes fiscales, cette fois-ci, leurs capacités à dépenser dans l’économie semblaient inépuisables.

Cette augmentation de l’épargne est une des causes de l’augmentation de la richesse en 2020. Comment concilier crise économique et augmentation de l’épargne? D’une part, de nombreux emplois ont été perdus l’année dernière, ce qui aurait dû diminuer les revenus des ménages, engendrant plus d’endettement, et diminuant l’épargne. Mais, d’une autre part, les gouvernements, ayant appris de leurs erreurs commises lors de la crise financière de 2008, ont très vite réagi à l’augmentation du chômage en déployant des mécanismes d’aides plus que généreux, et ceux-ci ont limité les pertes de revenus. Les revenus des ménages sont donc restés relativement stables, alors que la consommation a baissé, permettant une augmentation de l’épargne. Alors qu’en 2008, les gouvernements ont trop attendu pour déployer leurs armes fiscales, cette fois-ci, leurs capacités à dépenser dans l’économie semblaient inépuisables.

Retour rapide de la confiance des investisseurs

Un autre facteur important est bien sûr le comportement des marchés financiers. Ils ont vite récupéré de leur krach de mars 2020, et le reste de l’année fut plutôt fructueux pour de nombreux secteurs, surtout ceux de la technologie et de la santé.

De nombreux ménages ont vu leur richesse augmenter par le biais des marchés financiers et/ou immobiliers.

La panique des marchés n’a pas duré, car les banques centrales ont directement lancé des politiques monétaires accommodantes agressives, et ont indiqué qu’elles continueraient à stimuler l’économie tant que cela était nécessaire. Cela a permis un retour assez rapide de la confiance des investisseurs. De plus, les baisses des taux d’intérêt, mais aussi l’augmentation de l’épargne, ont fait grimper la demande pour les biens immobiliers et donc leurs prix. De nombreux ménages ont vu leur richesse augmenter par le biais des marchés financiers et/ou immobiliers. D’ailleurs, le nombre de millionnaires dans le monde augmenté de 5,2 millions malgré la crise (en Belgique, ils sont 900 de plus qu’en 2019). En 2008, cependant, la tendance était inverse: aux États-Unis par exemple, le nombre de millionnaires avait baissé de 27%.

Toutefois, même si la richesse moyenne est à la hausse, la crise n’a pas épargné tout le monde. C’est principalement le cas pour les plus vulnérables, les ménages à petits revenus travaillant dans les secteurs touchés par la crise. C’est également le cas pour les jeunes qui ont dû faire face à un marché de l’emploi quasiment à l’arrêt. Les pays les plus pauvres font également partie des victimes de la crise, puisqu’ils dépendent énormément de la demande et des aides externes. Le taux de pauvreté extrême dans le monde a d’ailleurs augmenté pour la première fois en 20 ans.

Par Celine Boulenger, macroéconomiste chez Degroof Petercam.

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