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"Comment l'Espagne ose-t-elle punir un élu flamand?" (Ernest Maragall)

Le ministre catalan des Affaires étrangères, Ersnet Maragall ©EPA

Ernest Maragall, le ministre catalan des Affaires étrangères, conteste la sanction prise par le gouvernement espagnol contre la Flandre suite aux propos tenus par Jan Peumans, le président du parlement flamand. "C'est un manque de respect total du gouvernement espagnol envers les institutions démocratiques d'un autre pays", a-t-il dit à L'Echo.

Les tensions diplomatiques entre l'Espagne et la Flandre sont loin d'être retombées. Le ministre catalan des Affaires étrangères, Ernest Maragall, a évoqué cette question épineuse avec le ministre-président flamand, Geert Bourgeois (N-VA), lors d'une rencontre bilatérale ce vendredi à Bruxelles

Ernest Maragall (ERC, gauche républicaine) ne décolère pas. "Il y a un manque de respect total du gouvernement espagnol envers les institutions démocratiques d'un autre pays", nous a-t-il confié après sa rencontre avec Geert Bourgeois. "Comment le gouvernement espagnol peut-il punir un élu flamand, responsable du parlement d'un autre pays?".

"Incident diplomatique grave"

Mardi soir, le ministre espagnol des Affaires étrangères Josep Borrell (socialiste) annonçait la levée le statut diplomatique du délégué de la Flandre au sein de l'ambassade de Belgique. Cette sanction venait en représailles de déclarations du président du parlement flamand, Jan Peumans (N-VA) qui auraient offensé l'Espagne dans le conflit avec la Catalogne.

En cause, une lettre envoyée à l'ancienne présidente du parlement catalan, Carme Forcadell, en prison, dans laquelle Jan Peumans affirme que "le gouvernement central en Espagne ne remplit pas les critères d'une Union européenne démocratique et moderne" en raison de l'emprisonnement des indépendantistes catalans.

"Ceci est un incident diplomatique grave, avait réagi Geert Bourgeois. Mercredi, le ministre-président flamand demandait au ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) de rappeler à l'ordre l'ambassadeur d'Espagne en Belgique. "Il ne le fera pas" avait répliqué un porte-parole du ministre Reynders, expliquant que ce n'est pas son rôle de commenter les décisions du président d'une entité fédérée.

Le Premier ministre Charles Michel (MR) était intervenu lors de son arrivée au sommet européen pour nier "tout conflit diplomatique avec l'Espagne", estimant que "c'est d'abord à l'Espagne et à la Flandre de régler leur différend".

Jeudi, l'élu flamand Peter Luykx (N-VA) en a rajouté une couche. "Je trouve que l'Espagne n'est pas digne d'être un État membre de l'Union européenne", a-t-il déclaré à la Chambre.

Pour Madrid, la coupe est pleine. "C'est la troisième fois que Jan Peumans considère que l'Espagne ne peut faire partie de l'Union européenne, c'est une fois de trop", dit une source espagnole.

 

"Jan Peumans n'a rien fait"
Ernest Maragall
Ministre catalan des Affaires étrangères

"Jan Peumans n'a rien fait", conteste Ernest Maragall, "il dépend d'institutions flamandes. Où allons-nous si un gouvernement punit le président d'un parlement étranger?"

"Nous ne tomberons pas dans le piège"

"Où allons-nous si un gouvernement punit le président d'un parlement étranger?"
Ersnet Maragall
Ministre espagnol des Affaires étrangères

La Catalogne, l'une des régions les plus riches d'Espagne, ne compte pas suivre la décision du gouvernement espagnol. "Ils veulent que la Flandre cesse d'avoir de la sympathie pour la Catalogne", regrette-t-il.

"Je viens de rencontrer le président Bourgeois. Nous avons une relation très positive et nous avons décidé de travailler ensemble. Nous ne tomberons pas dans le piège tendu par le ministre espagnol des Affaires étrangères", affirme Ernest Maragall. Le ministre catalan et Geert Bourgeois ont prévu de mettre à jour l'accord de coopération existant entre la Catalogne et la Flandre. Une visite du ministre-président flamand dans la région espagnole serait aussi prévue.

La Catalogne, prise l'an dernier dans une fièvre indépendantiste, entretient de meilleures relations avec Madrid depuis l'arrivée du nouveau gouvernement espagnol dirigé par le socialiste Pedro Sanchez. Mais les vapeurs indépendantistes continuent à couver.

"Nous sommes entrés dans une nouvelle période, différente de celle que nous avons connue fin 2017. Nous cherchons la stabilité plutôt que de mener des actions directes. Mais d'importantes questions demeurent", dit le ministre catalan.  

Pour le gouvernement catalan, la question de la liberté d'expression n'est pas résolue.

"Le gouvernement espagnol ne respecte toujours pas la liberté d'expression", regrette Ernest Maragall. Les indépendantistes catalans se trouvent toujours à l'étroit dans le cadre institutionnel espagnol actuel. "Comment la Catalogne va-t-elle atteindre son expression démocratique?". Or le gouvernement espagnol a besoin du soutien de la Catalogne pour solutionner le problème de sa dette. 

"Nous n'y sommes pas encore. Ce n'est pas simple de soutenir le gouvernement espagnol sur la dette et le budget sans avoir des avancées au niveau de la liberté d'expression", dit-il. 

"On a un vrai problème de justice en Espagne"

Ernest Maragall dénonce aussi l'emprisonnement des indépendantistes et "les dérives de la justice espagnole".

"Le plus haut niveau de la justice espagnole est devenu un pouvoir politique. On a un vrai problème de justice en Espagne", dit-il, "la Cour suprême est devenue plus puissante que le gouvernement espagnol. C'est un vrai problème au regard des valeurs européennes. Comment l'Union européenne peut-elle accepter cela?".

Derrière ces critiques, le régime auquel les indépendantistes, arrêtés il y a un an au plus fort de la crise, sont soumis. "Ce sont des prisonniers politiques, toujours retenus aujourd'hui, c'est injuste et cruel", déplore-t-il.

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