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Comment le RER vélo s'étend pour mettre les navetteurs en selle

Comme ici sur le boulevard de la Woluwe, à Zaventem, la Wallonie va aménager deux itinéraires vers Bruxelles depuis Wavre et Ottignies grâce à un financement européen de 13,74 millions d'euros. ©Kristof Vadino

En se lançant dans l'aménagement de corridors vélos entre le Brabant et Bruxelles, la Wallonie vient se greffer au projet de RER vélo lancé il y a neuf ans par la capitale et la Flandre. Un plan ambitieux, difficile à évaluer et qui a changé au fil des années. Tentons d'y voir clair.

Relier les principales villes du Brabant wallon à Bruxelles à vélo, sur des pistes agréables et séparées de la circulation automobile, avec le moins de croisements possible: c'est la promesse des corridors vélos. Deux itinéraires, depuis respectivement Wavre (12 km) et Ottignies (15 km), bénéficient d'un financement européen de 13,74 millions d'euros dans le cadre du plan de relance européen et devraient être opérationnels en 2024. D'autres suivront, à terme: l'un vers Waterloo et l'autre vers Braine-l'Alleud. Un axe transversal est également dans les cartons afin de traverser la province d'ouest en est en passant par Wavre et Louvain-la-Neuve. Avec, en toile de fond, un objectif: faire passer la part modale du vélo en Wallonie de 1 à 5% d'ici 2030.

"Entre les essais-erreurs pour trouver un chemin sécurisant lorsqu'on s'y met et la vitesse des grosses voitures au quotidien, je ne conseillerais pas à une personne peu à l'aise de se lancer à vélo sur ce genre trajet."
Simon Marcelis
Directeur chez IBA

De quoi réjouir Simon Marcelis, directeur chez IBA, qui parcourt quotidiennement les 30 km entre son domicile d'Auderghem et le siège néo-louvaniste de l'ancienne spin-off de l'UCLouvain sur un speed pedelec pouvant atteindre les 45 km/h – de quoi réaliser le trajet en 45 à 50 minutes au lieu d'1h30 sur un vélo sans assistance. "Pour l'instant, la Wallonie n'est pas très 'friendly' pour les vélos. Entre les essais-erreurs pour trouver un chemin sécurisant lorsqu'on s'y met et la vitesse des grosses voitures au quotidien, je ne conseillerais pas à une personne peu à l'aise de se lancer à vélo sur ce genre trajet", détaille-t-il. Un prérequis qui pourrait donc tomber dans les prochaines années.

Les corridors wallons viendront se connecter aux fietssnelwegen (autoroutes vélos) de la Région flamande pour emmener les navetteurs jusqu'à Bruxelles. Un projet mis en branle en 2012 par la ministre bruxelloise des Transports, Brigitte Grouwels (CD&V), et son homologue flamande, Hilde Crevits (CD&V), sous le nom de "RER vélo". Au programme, un réseau de près de 400 km de pistes cyclables qualitatives dans un rayon de 15 km dans et autour de Bruxelles pour décongestionner la capitale et sa périphérie. Le tout devant être réalisé pour 2025.

La Flandre en exemple

Près de neuf ans plus tard, où en est-on? C'est difficile à dire.

300
Millions d'euros
La Flandre va consacrer 300 millions d'euros à la réalisation de 115 km de pistes cyclables dans le cadre des travaux du Ring.

L'administration flamande n'a pas été en mesure de nous fournir une estimation de la part réalisée de ce RER vélo avant la publication de cet article: les chiffres sont difficiles à compiler, la réalisation des itinéraires étant confiée à différentes structures en fonction de la localisation (commune, province, administration flamande) et des gestionnaires des sites traversés (voies fluviales, voies ferrées, forêts…).

Pas de chiffres donc, mais un constat unanime lors des discussions avec nos interlocuteurs: les choses bougent côté flamand. "La Flandre dispose d'axes déjà bien avancés, comme l'itinéraire Bruxelles-Louvain qui longe la ligne TGV et qui est un exemple remarquable", estime Luc Goffinet, chargé de politique wallonne et fédérale pour l'association de cyclistes Gracq. "L'enjeu des corridors vélos est d'aller chercher les cyclistes plus loin pour les amener à vélo au travail. Cela vise essentiellement un public de navetteurs. Du côté des courtes distances, pour le reste du réseau cyclable wallon, ça se résume souvent à de la peinture sur les routes. Or, il faut des choses beaucoup plus sécurisées pour que tous les publics puissent se mettre au vélo, comme les enfants, les femmes, les seniors ou les allochtones", pose-t-il.

"Tout le monde comprend l'intérêt de ces projets. Quand on parle du Ring lui-même, c'est plus compliqué."
Marijn Struyf
Porte-parole de De Werkvennootschap

Au-delà de la route Bruxelles-Louvain, la Flandre avance en priorité sur les berges du canal, tant au nord qu'au sud de Bruxelles, ainsi que sur l'axe vers Asse. D'autres chantiers, comme celui de l'accès direct à Brussels Airport, sont également prévus dans le cadre de la rénovation multimodale du Ring de Bruxelles. "Ceci dit, comme pour l'aéroport, il y a souvent des itinéraires sécurisés qui existent déjà, même s'ils sont moins directs", pointe Marijn Struyf, porte-parole de la Werkvennootschap, l'agence flamande en charge du dossier. Au total, 300 millions d'euros sont destinés à réaliser 115 km de pistes cyclables dans le cadre des travaux du Ring lors de cette législature.

"La volonté politique est là. Ce qui prend du temps, ce sont les formalités pour l'obtention d'un permis, surtout lorsqu'il y a des expropriations de parties de jardins, par exemple. Mais dans le meilleur des cas, entre l'idée et la fin des travaux, il ne s'écoule parfois que 2,5 ans", détaille Marijn Struyf, en soulignant l'acceptation de ces chantiers. "Tout le monde comprend l'intérêt de ces projets. Quand on parle du Ring lui-même, c'est plus compliqué."

Se greffer aux chemins de fer n'est pas toujours possible

À ces délais d'obtention des permis et de réalisation s'ajoutent également des défis lorsque ces pistes longent les voies ferrées. Il faut dire qu'avec des trajectoires aussi plates et directes que possible, le domaine ferroviaire a des atouts pour abriter des itinéraires cyclables longue distance. La Région flamande aimerait par exemple faire passer la fietssnelweg F207 le long des voies entre Rhode-Saint-Genèse et Linkebeek, sur un itinéraire de 6 km. Objectif: 2033.

"On est très disposés à aider la multimodalité et on le fait quand on peut", note Frédéric Sacré, porte-parole d'Infrabel, le gestionnaire de l'infrastructure ferroviaire. "Ceci dit, cela ne doit pas mettre en péril des projets d'extension de la capacité du réseau. À Bruxelles, la jonction Nord-Midi est saturée, on étudie donc le passage à 3 ou 4 voies des contournements Est et Ouest qui sont amenés à monter en puissance à terme. On ne peut pas se tirer une balle dans le pied pour le futur."

"On est très disposés à aider la multimodalité et on le fait quand on peut, mais cela ne doit pas mettre en péril des projets d'extension de la capacité du réseau."
Frédéric Sacré
Porte-Parole d'Infrabel

Rejoindre Bruxelles, c'est bien, pouvoir terminer son trajet en ville, c'est mieux. C'est pourquoi, lors de la présentation du RER vélo en 2012, 167 km désignés comme prioritaires se trouvaient dans la Région-Capitale. Bruxelles a aujourd'hui troqué le RER vélo pour le réseau Vélo Plus, né en même temps que le Plan régional de mobilité 2020-2030 Good Move. L'appellation a changé, mais les itinéraires sont restés très majoritairement les mêmes. Ce réseau doit, entre autres, être direct, sûr, privilégier les aménagements séparés et limiter les conflits avec les autres usagers.

Bruxelles veut réaliser 100% du réseau Vélo Plus pour 2030

D'après les dernières estimations, un tiers du réseau Vélo Plus est aujourd'hui réalisé. L'ambition affichée dans Good Move est forte puisque 50% du réseau devra être mis aux normes d'ici quatre ans, et 100% en 2030. Là aussi, la Région va s'appuyer sur le Plan de relance européen, à hauteur de 34 millions d'euros. De quoi réaliser 20 km de pistes supplémentaires d'ici fin 2026. 

Beliris, l'organisme de coopération entre le Fédéral et la Région bruxelloise, réalisera dans le même temps 6,5 km le long de la ligne 28 de la SNCB, pour relier le Quartier Nord à Anderlecht via l'ouest de la ville. Deux autres itinéraires le long des voies de chemin de fer, vers Dilbeek et vers Louvain, sont également à l'étude.

33%
du réseau Vélo plus est réalisé
Bruxelles Mobilité estime que son réseau Vélo Plus, successeur du RER vélo dans la capitale, est réalisé au tiers.

"On estime que la Région dispose de 220 km d'infrastructures cyclables, sans compter les pistes corona", expose Camille Thiry, porte-parole de Bruxelles Mobilité. "Mais en ville, l'éventail de possibilités pour un aménagement est énorme: sens uniques limités, rues cyclables, pistes cyclables…", ajoute-t-elle. "Le vrai défi, c'est de trouver de l'espace dans un environnement limité. Il faut toucher au stationnement ou à des bandes de circulation auto, puisqu'on peut difficilement rogner sur les trottoirs qui ne sont souvent pas très larges."

En périphérie comme en ville, l'enjeu reste considérable. En 2018, 60,7% des déplacements vers Bruxelles provenaient des deux Brabants, d'après les chiffres de Good Move. Le réservoir de navetteurs est là. Reste à savoir si ces nouvelles infrastructures suffiront pour les convaincre de troquer la voiture pour le vélo.

Le résumé

  • Lancé en 2012 par Bruxelles et la Flandre, le RER vélo devait permettre aux navetteurs de rejoindre la capitale à vélo rapidement et en sécurité.
  • Le réseau devait compter près de 400 km de pistes cyclables et être achevé en 2025.
  • Aujourd'hui, la Wallonie se greffe à ce projet pour rattraper son retard.
  • Entre permis, expropriations et bâti existant, les défis ne manquent pas

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