tribune

Comment rembourser (en partie) la dette covid?

Premier directeur honoraire de la FSMA

Annuler la dette née de la crise est illusoire. Instaurer l'austérité serait contre-productif. Des pistes: travailler plus, mettre les migrants au travail et taxer le patrimoine.

Comment rembourser la dette covid? Pour l’instant, on reste discret sur la manière de supporter la facture finale, mais il est difficile de croire que les milliards dépensés pour contenir la pandémie ou atténuer ses effets, et qui ont été empruntés, ne devront pas, un jour, être remboursés par la communauté belge.

L’idée selon laquelle on pourra "annuler" cette dette (ou la rendre perpétuelle à taux nul, ce qui revient au même) pour que le problème soit "résolu" paraît peu plausible, car il paraît difficile de croire que le refinancement monétaire auprès de la banque centrale peut remplacer, par une sorte de création spontanée, les richesses dépensées durant la pandémie. Cela se saurait d’ailleurs si c’était si simple.

L’erreur serait de mettre en place des plans d’austérité.

Comment rembourser alors? L’erreur serait de mettre en place des plans d’austérité. C’est l’erreur qui a été commise après la crise financière de 2008 pour payer la dette du renflouement des banques. Cette austérité a plombé la relance et a créé un retard dans les investissements publics dont on commence seulement maintenant à voir les conséquences. Il faut donc chercher d’autres pistes, car outre le remboursement de la dette Covid, il faudra (entre autres) supporter le coût des inondations, rattraper le retard des investissements publics, faire face à la croissance inévitable du coût des soins de santé…

Travailler plus…

Une première piste serait d’augmenter le travail presté en Belgique. La Belgique n’a pas la réputation d’avoir un nombre très élevé de jours de travail effectivement prestés.

Georges Carton de Tournai. ©doc

Il n’est donc pas déraisonnable de penser qu’on pourrait travailler (un peu) plus. De plus, de nombreux jours de travail ont été perdus en raison du lockdown durant la première phase de la pandémie. Il serait logique de rattraper ces jours pour reconstituer la richesse perdue (le PIB a baissé de 6,3 % en 2020).

Une idée serait donc de supprimer quelques jours fériés légaux pour augmenter le nombre de jours de travail. Chaque jour de travail en plus accroît mécaniquement le PIB de 0,43 %, soit 2 milliards d’euros augmentant d’autant l’assiette des taxes et cotisations. Ces jours seraient évidemment payés puisque justement, l’objectif est d’augmenter l’assiette des cotisations fiscales et sociales. Dans le même esprit, les heures supplémentaires sont évidemment bienvenues, mais devraient logiquement être aussi soumises à ces cotisations.

Intégrer les migrants au marché du travail

La deuxième piste serait de mettre au travail les migrants qui se trouvent sur le sol belge. Quelles que soient les raisons qui font que ces migrants se trouvent en Belgique, il semble peu rationnel de les laisser végéter dans l’inactivité ou les petits boulots en noir, sans réelle perspective. Autant essayer de les faire participer, dans des conditions bien précises, à l’appareil de production belge, générant ainsi des revenus et des prélèvements (para)fiscaux. Dans de nombreux secteurs, on se plaint justement d’une pénurie de main-d’œuvre. Leur mise au travail supposerait évidemment que ces migrants soient formés.

Un impôt sur le capital

La troisième piste serait de créer un impôt sur le capital.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la valeur du capital augmente plus vite que la croissance de l’économie, entrainant de ce fait un effet "boule de neige" de croissance de la valeur du capital par rapport au travail.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, la valeur du capital augmente plus vite que la croissance de l’économie, entrainant de ce fait un effet ‘boule de neige’ de croissance de la valeur du capital par rapport au travail. Il serait logique d’essayer d’enrayer ce phénomène, sous peine d’évoluer insensiblement vers une société duale composée de très riches et de très pauvres.

Ajoutons à cela deux raisons conjoncturelles:

(i) en période de (post-)crise comme celle que nous vivons maintenant, il ne semble pas extravagant de solliciter les très grands patrimoines en fonction de leur capacité contributive quand on sait que les revenus du travail sont taxés à 50% dès qu’ils dépassent 41.060 euros;

(ii) la politique d’assouplissement quantitatif et de taux négatifs menée par les autorités monétaires a eu pour effet collatéral de booster sensiblement la valeur du capital et spécialement, celle des titres cotés en bourse. Il serait logique qu’une partie au moins de cet effet d’aubaine soit restituée à la communauté.

Certes, en Belgique, on connaît la taxe sur les comptes-titres (ancienne et nouvelle mouture), mais cette taxe semble manquer sa cible car elle ne vise que les patrimoines moyens-petits alors qu’il aurait fallu viser les très grands patrimoines (qu’au contraire, de façon surprenante, elle prend soin de ne pas viser).

Les patrimoines moyens-petits, qui correspondent souvent aux économies d’une vie de travail, ne devraient pas être soumis à un impôt sur le capital.

Comme l’a montré Thomas Piketty, la mauvaise répartition du capital ne concerne pas tellement les 10% les plus riches, mais 1%, voire 0,1%, des plus riches. Il semblerait donc logique qu’un impôt sur le capital vise les patrimoines se trouvant dans ce centile ou ce dixième de centile. Les patrimoines moyens-petits, qui correspondent souvent aux économies d’une vie de travail, ne devraient pas être soumis à un impôt sur le capital. Et il semble plus rationnel inclure dans l’assiette de cet impôt l’ensemble des éléments composant ces patrimoines, et pas seulement les comptes-titres.

Par Georges Carton de Tournai, premier directeur honoraire de la FSMA.

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