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Comment remettre en selle les malades de longue durée?

Le nombre élevé d’incapacités de travail de longue durée en Belgique ne profite à personne. Le démarrage précoce d'un parcours de réintégration et un renvoi rapide auprès du médecin du travail favorisent une reprise plus rapide et plus fructueuse.

Le nombre élevé d’incapacités de travail de longue durée en Belgique a fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois. À l’heure actuelle, un travailleur belge sur dix est en incapacité de travail et cette proportion risque d’augmenter en raison des effets à long terme du covid et des problèmes de santé mentale liés à la crise sanitaire. Dans son dernier rapport, la Cour des comptes en souligne également les enjeux.

Lode Godderis.

L’incapacité de travail donne lieu à une situation qui ne profite à personne. En plus de la gêne occasionnée par la maladie elle-même et de ses conséquences financières, de nombreux travailleurs en incapacité sont aux prises avec un sentiment de déconnexion, d’inutilité et parfois même de honte.

Pour les collègues, leur absence constitue une charge de travail supplémentaire. L’employeur doit faire face à des soucis et à des coûts supplémentaires liés à l’adaptation des horaires, à l’engagement de main d’œuvre temporaire et/ou à une réduction de la productivité. À cela s’ajoute encore l’énorme pression sur notre sécurité sociale.

Pour éviter tout malentendu, le fait de mentionner les conséquences de l’incapacité ne signifie pas que vous blâmez les travailleurs concernés. Sans pour autant fermer les yeux sur les abus occasionnels du système, la grande majorité des personnes en incapacité préférerait largement retourner travailler. Et c’est possible, à condition qu’une politique de réintégration adéquate ait été mise en place. 

Plus la visite auprès du médecin du travail s’effectuera tôt, plus la réintégration du travailleur en incapacité sera efficace.

Stimuler et responsabiliser plutôt que contrôler

Selon une étude, la reprise du travail — également appelée réintégration par les spécialistes — a un réel impact positif sur le plan tant physique que mental, social et économique. À cet égard, l’accompagnement du médecin du travail contribue à une reprise du travail plus rapide et plus fructueuse. Plus la visite auprès de lui s’effectuera tôt, plus la réintégration du travailleur en incapacité sera efficace.

Concrètement, il convient de simplifier le système d’accompagnement, car la plupart des reprises peuvent très bien être encadrées par le médecin du travail et le médecin traitant.

La réintégration doit d’ailleurs faire partie du traitement et du rétablissement du travailleur et le renvoi rapide auprès du médecin du travail constitue un moment clé dans ce processus. Nous trouvons tout à fait normal qu’un médecin traitant renvoie ses patients vers un dermatologue pour leurs problèmes de peau. Le renvoi vers un spécialiste en médecine du travail devrait dès lors être tout aussi évident lorsqu’il est question d’une maladie causée par le travail et/ou qui peut poser problème lors de la reprise.

Il s’agit de faciliter la réintégration des travailleurs, de les stimuler et de les responsabiliser plutôt que de les contrôler.

Il s’agit donc de faciliter la réintégration des travailleurs, de les stimuler et de les responsabiliser plutôt que de les contrôler.

Changer les mentalités

Pour ce faire, un changement des mentalités est nécessaire à tous les niveaux. Les autorités vont devoir créer un cadre qui favorise et facilite cette réintégration. Ce sont toutefois les employeurs qui ont le plus de cartes en main : en élaborant une politique de reprise du travail en concertation avec les parties concernées, ils rendent un service considérable à leurs travailleurs et à eux-mêmes, en particulier s’ils accordent suffisamment d’attention à la transparence, à la flexibilité et à la planification par phases de la reprise.

Les travailleurs aussi sont loin d’être impuissants. Pourquoi une personne temporairement inapte au travail ne prendrait-elle pas elle-même l’initiative de réfléchir avec son employeur et avec l’aide du médecin du travail au moment opportun pour reprendre le travail et à la meilleure manière d’y arriver?

La clé de la réussite réside, en fait, dans la prise de conscience, l’initiative et le dialogue entre toutes les parties et spécialistes concernés.

Le covid de longue durée et la détérioration de la santé mentale mettent à l’épreuve l’ensemble de notre marché du travail dans le contexte actuel de pénurie de main-d’œuvre. C’est le moment de tirer profit de la situation pour réduire structurellement les conséquences des incapacités de travail de longue durée.

Lode Godderis
Professeur en médecine du travail à la KU Leuven
CEO d’IDEWE (service externe de prévention)

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